Thomas Mulcair: le NPD rejette la greffe

Coincé entre la gauche plus radicale qui ne l’a jamais beaucoup aimé et les pragmatiques qui rêvent au pouvoir depuis quelques années et qui estiment qu’il n’a pas livré la marchandise, Mulcair a été évincé.

Photo: Jason Franson/La Presse Canadienne
Photo: Jason Franson/La Presse Canadienne

La politique est le sport le plus violent où il n’y a pas de sang, m’a déjà dit un organisateur conservateur. Le congrès du NPD qui vient de prendre fin à Edmonton n’a pas fait mentir cette réalité.

L’appui de 48 % à Thomas Mulcair a quelque chose de cruel qui a laissé beaucoup de délégués pantois sur le plancher du congrès, même ceux qui ont voté pour le mettre à la porte. Les militants néodémocrates ont préféré un saut dans le vide à un chef aguerri. Aucun chef n’a été humilié de la sorte par ses propres troupes sur la scène fédérale, tous partis confondus.

Le dernier événement semblable remonte à 1966, dans les rangs du Parti conservateur, lorsqu’une révolte menée par le président du parti, Dalton Camp, a forcé une course au leadership pour déloger John Diefenbaker. Ce dernier avait toutefois été au pouvoir dans le passé (1957-1963) et avait mené ses troupes à deux défaites électorales consécutives avant d’être contesté de l’intérieur. Il a participé à la course à sa propre succession en 1967 et a terminé cinquième. Robert Stanfield l’a emporté. Diefenbaker n’a toutefois pas subi les foudres de ses membres lors d’un vote de confiance comme celui de cette fin de semaine pour Thomas Mulcair, alors qu’aucun candidat potentiel ne travaillait en coulisse pour le déloger et que personne, de prime abord, ne semble prêt à chausser ses souliers.

Il y a une raison pour laquelle ce type de déconvenue est si rare: les chefs ne font pas face à leurs membres s’ils savent que la défaite est inscrite dans le ciel. Ils démissionnent avant de subir l’opprobre. En 2001, le chef allianciste Stockwell Day avait préféré quitter la direction plutôt que de se faire montrer la sortie.

Que Thomas Mulcair n’ait pas senti le vent est surprenant, mais également troublant. Son parti n’a pas été en mesure de lui envoyer les signaux nécessaires afin de lui éviter un tel départ. Le blâme est partagé.

Jusqu’à la mi-mars, cinq mois après les élections d’octobre dernier, le consensus au NPD, de la tête jusqu’aux organisateurs de circonscriptions, était à l’effet que le chef obtiendrait la confiance des membres. Personne n’osait parier sur le résultat, le degré d’enthousiasme étant faible, mais à part quelques cas isolés, aucun mouvement de contestation n’avait pris forme, et aucune figure importante n’avait réclamé son départ, au caucus ou à l’extérieur. Et pourtant, le résultat de dimanche est sans appel.

Cela en dit long sur la déconnexion entre la direction, son chef et le parti.

Le déroulement du congrès en a offert une preuve en condensé. Les observateurs présents ont remarqué à quel point Thomas Mulcair semblait errer au milieu des délégués, sans que personne ne se précipite pour lui serrer la main ou se faire prendre en photo avec lui. Les macarons «Mulcair» n’ont pas trouvé preneur lors des inscriptions, jeudi et vendredi. Le chef a écumé les plateaux de télévision et donné des entrevues aux journaux nationaux, mais s’est fait discret dans la bulle du congrès. Lors de son discours, le plus important de sa carrière politique, avait-il annoncé, il a dû entrer sur la scène par les coulisses, plutôt que de fendre une foule enthousiaste au son d’une musique rythmée, comme c’est généralement le cas dans ce type de congrès.

Même sur l’affrontement idéologique de l’heure au parti, le pétrole et les pipelines, il a refusé de prendre position, se contentant de dire qu’il respecterait la volonté des membres. Le camp des pro-ressources naturelles, mené par la première ministre Rachel Notley, n’a pas apprécié, alors que le camp des anti-pipelines, mené par l’activiste Avi Lewis et sa femme, Naomi Klein, l’a trouvé trop tiède. Il flottait entre deux eaux.

L’impression d’un corps étranger dans son propre parti.

Et les membres semblent avoir décidé de rejeter ce corps étranger. De mettre fin à la greffe de 2012.


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À l’époque, l’establishment du parti n’était pas derrière Mulcair pour succéder à Jack Layton. Ils avaient appuyé l’homme de l’ombre et ami de Layton, Brian Topp (qui a terminé deuxième). L’ancien chef et figure importante du parti, Ed Broadbent, avait tenté de déstabiliser Mulcair quelques semaines avant le vote en voyant sa montée. Mulcair avait beau avoir fait un choix courageux en 2007 en joignant le NPD même s’il n’avait aucune chance au Québec, disait-on à l’époque, ils étaient nombreux au parti à craindre que ce libéral provincial ne dénature leur formation.

Malgré la méfiance, les militants ont voté pour Mulcair afin de poursuivre le virage pragmatique de Layton, et pour protéger la récente vague orange au Québec, nouvelle route vers le pouvoir. Un choix de raison, pas de coeur.

Dans les mois suivants, tout le monde au parti — Ed Broadbent le premier — a été soufflé par la forte performance de Thomas Mulcair aux Communes, que ce soit sur les dépenses au Sénat, le camouflage au bureau du premier ministre, C-51, la réforme électorale, etc. Brian Mulroney a dit de lui qu’il était le meilleur chef de l’opposition depuis Diefenbaker. Le caucus s’est soudé autour de lui, et les militants ont suivi. Lors du déclenchement des élections en août, pour la première fois de l’histoire du parti, le NPD était en mesure de gagner. Puis ont suivi les erreurs tactiques que l’ont connait.

Il a tout de même offert la deuxième meilleure performance de l’histoire du parti, avec 44 députés. Le caucus régional du Québec, avec 16 élus, est encore le plus nombreux au NPD. Malgré tout, Mulcair n’a jamais inspiré ses troupes. La passion n’était pas au rendez-vous. Quand les délégués se disaient indécis avant le vote de confiance de dimanche, et qu’ils affirmaient attendre son discours pour se décider, plusieurs souhaitaient voir si la fameuse étincelle se produirait. Si leur chef allait délaisser la raison et leur envoyer une flèche au coeur. Rien ne s’est produit.

Coincé entre la gauche plus radicale qui ne l’a jamais beaucoup aimé et les pragmatiques qui rêvent au pouvoir depuis quelques années et qui estiment qu’il n’a pas livré la marchandise, Mulcair a été évincé.

Les néodémocrates devront maintenant se choisir un nouveau chef d’ici deux ans. Les noms de Nathan Cullen, Peter Julian, Megan Leslie, Niki Ashton, Avi Lewis et Alexandre Boulerice circulent.

Mais dénicher un leader bilingue, qui comprend le Québec, capable de briller aux Communes, de livrer des discours plus inspirants tout en préparant le parti aux prochaines élections, ne sera pas simple. Faire connaître un chef sur la scène fédérale prend du temps.

Le chef devra en plus concilier la profonde division sur le pétrole apparue en fin de semaine, alors que la campagne électorale des néodémocrates en Alberta approchera.

Mettre à la porte Mulcair pourrait s’avérer beaucoup plus facile que de lui trouver un successeur qui fera progresser le NPD.

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« Humilié » est un bien grand mot !

Ce qui importe de comprendre ici est qu’aux cours des années Layton-Mulcair, le NPD s’est approché du centre et que si ça s’est fait sans l’opposition des militants, c’est parce qu’on invoquait le pragmatisme nécessaire pour prendre le pouvoir lors d’une élection. Et bien devinez quoi ? Les libéraux l’ont emporté haut la main avec une plate-forme et une image dont bon nombre d’éléments (plate-forme) et d’aspects (image) auraient justement fait saliver ces militants. Bien sur, il y a eu les erreurs dites tactiques ainsi que de la malchance (comment se fait-il que le NPD perdent des plumes au Qc à cause de la position qu’il a en ce qui concerne la cérémonie de citoyenneté et pas les libéraux qui ont la même position ?) mais il n’en reste pas moins que le NPD, alors qu’il se « recentrait », a été battu par un parti à sa gauche. À sa gauche ? N’est-ce pas un peu surréaliste ?

Qu’est-ce qu’un ou une militante du NPD doit penser de cela. Toutes ces années à penser que cette modification des principes du NPD était pour l’atteinte de l’objectif ultime qui permettra enfin d’appliquer, si pas tous, au moins quelque uns de ces principes. Et ce ÇA se produit ? Ben, le mieux qu’il ou elle puisse penser est que sans cette expérimentation démarrée par Monsieur Layton, il ou elle n’aurait jamais su qu’elle (l’expérimentation) puisse être à ce point inutile. Mais maintenant, il ou elle le sait et passe à autre chose : un re-virage à gauche. Et pour faire cette manoeuvre, Monsieur Mulcair, autant doué et sur-doué puisse-t-il être, n’est pas la personne qu’il faut.

Monsieur Mulcair aura quand même été un important personnage du NPD ; l’article mentionne des faits d’armes significatifs. En plus, il aura « légué » aux militants de son parti cette réalisation que le NPD puisse gagner et les importantes leçons à tirer des erreurs +/- tactiques sans oublier les malchances survenues au cours de la dernière élection. Merci pour tout Monsieur Mulcair mais ultimement, l’expérimentation consistant à rendre le NPD plus « attrayant » est, dans le meilleur des cas, pas concluante.

Monsieur Mulcair a connu beaucoup de succès en politique. Il y a passé quoi, 20 ans ? Et au cours de ces quelques vingt années, il aura été un personnage de premier plan. Qu’il connaisse un premier revers important n’a rien d’extraordinaire. Alors, qualifier ce revers d’humiliation parce que le frou-frou accompagnant ce genre d’événement n’y est pas ? Come on, c’est pas du show-biz. Ou plutôt, parce qu’il semblait « étranger » aux autres militants qui avaient bien d’autres enjeux en tête plus importants que d’envoyer un message dont, pour bien des gens, ils n’en connaissaient pas encore le contenu ? Come on, en quoi ne pas dire à quelqu’un une chose qu’on ne sait pas est-il une tentative d’humilier ? Enfin, en quoi est-ce humiliant de ne pas suivre une tradition sortie de nulle par ? Come on, c’est de politique dont il est question, pas de décorum.

Je ne perçois pas moi non plus ce vote comme une « humiliation », pas plus que je ne crois que le NPD ait choisi de faire un saut dans le vide. Je suis conscient que monsieur Mulcair éprouve de la tristesse, de la peine, de la déception ; si ce n’est que le choix des délégués du NPD, ce dimanche dernier est représentatif des conclusions d’une part non négligeable de la population.

Il est même heureux de voir que ces conclusions sont les mêmes partout au Canada. Ce qui démontre qu’il existe bien une conscience canadienne et non plusieurs solitudes irréconciliables comme certains commentateurs politiques se plaisent à nous persuader années après années. Après tout, bien des préoccupations des personnes de Fort McMurray sont les mêmes que celles des habitants de Sept-Îles ou de Corner Brook.

Contrairement à d’autres cas, comme celui de Diefenbaker, il ne s’agit pas d’un « coup d’état » au sein des démocrates. Il s’agirait plutôt d’une maturation qui devrait permettre au NPD de reprendre l’initiative au chapitre des propositions progressistes ; des entrées qui soient susceptibles de rallier des électeurs plus jeunes qui usuellement s’intéressent à la politique quand on s’intéresse à eux.

Chose qu’a parfaitement comprise notre PM Justin Trudeau, faisant perdre par le fait même une partie d’un électorat qui pourtant devrait majoritairement être naturellement gagné aux idées nouvelles que devrait relayer le NPD.

Il est temps que ce parti se positionne sur les vrais enjeux de société. Ces enjeux sont énergétiques, ils relèvent du monde du travail, d’un accès plus simple et facilité à toutes les professions partout au pays. Des défis qui poussent toute la population à prendre leur destin en main et à produire le bien commun et la richesse de demain.

Le NPD ne peut pas éternellement faire la sourde oreille à une voix qui s’étend partout sur le Canada, laquelle touche peu ou prou toutes les générations. Je ne vois pas ce vote de dimanche comme un vote sanction. Monsieur Mulcair a sa place au sein du NPD, il ferait un très bon sage et un excellent mentor dans cette formation.

Même s’il n’avait pas ce charisme de Jack, il aurait pu passer mais aussi, c’était à lui d’être clair sur le niqab. Il n’en serait pas là aujourd’hui.

N’empêche, l’homme n’était pas à sa place hier au Parlement. Pas humiliant, vous dites! C’est très bien l’analyse de la situation, ça reste une situation. Et l’humain dans tout ça, pas humilié non pas humilié mais pas à son pupitre non plus.

Le suicide n’est jamais une bonne solution, même pas pour un parti politique… Les contradictions vécues au sein de ce parti, au sujet du sort des hydrocarbures, en ce pays, et qui ont éclaté en fin de semaine, en Alberta, ne sont pas propres au NPD, bien évidemment… Mais, au fait, pourquoi donc ces gens ont-ils choisi précisément de se réunir « en pleine Alberta »? Voilà probablement LA plus grande erreur stratégique dont un parti comme le leur pouvait croire « pensable » de se payer le luxe ! Le « problème », apparemment insoluble, dans un avenir prévisible, de démêler l’imbroglio entre les « salut » économique de l’Alberta et l’écoulement du curieux produit des investissements faramineux investis sans relâche dans l’exploitation des ressources énergétiques de son sous-sol… ce dilemme n’affecte certes pas uniquement ce parti fédéral… Les autres, sans compter les partis politiques de plusieurs provinces du Canada, sinon de toutes, y voient assurément aussi une sorte de « noeud gordien », sinon une « patate chaude »… dont il vaut mieux ne pas trop parler directement : prudence stratégique oblige !

En tout cas, ce qui s’est produit en fin de semaine, lors de ce congrès, rappelle certes des souvenirs plus que douloureux à bon nombre d’électeurs Québécois, sans doute pas mal rêveurs, qui ont décidé, il y a 2 élections fédérales, de « se lancer dans le vide », eux aussi (corps et biens) dans une nouvelle édition du « beau risque » canadian, pour honorer ce « bon Jack », cet homme si sympathique, à l’émission « Tout le monde en parle », et qui semblait agréablement « si différent » de la masse des penseurs du ROC… si favorable à leurs préoccupations de Québécois « tannés d’attendre » quelque chose qui ne vient pas… et qui ne viendra sans doute jamais, dans la « conscience politique » pan-canadian de ces « autres habitants de ce curieux pays… sans bon sens », comme le disait le grand cinéaste….

Ce qui s’est produit dimanche — et qui était devenu à peu près inévitable, semble-t-il — ne fera rien pour aider à sortir le NPD de sa position de tiers-parti, sur la scène canadienne, et surtout pas en comptant sur une improbable progression de ses idéaux en terre du Québec… Car rien n’est réglé, concernant le dénouement de ce dossier des hydrocarbures, et le dossier n’a absolument pas progressé non plus… Pas davantage chez eux que chez les autres partis, d’ailleurs…. Mais eux, ils n’ont pas eu le masochisme de mettre le focus de leurs discussions sur cet enjeu précis. Pourquoi donc l’avoir fait? à ce moment-ci? Voilà un mystère qui me dépasse… mais je n’ai rien à voir avec le NPD… puisque, malgré une certaine « parenté d’esprit » entre leurs préoccupations sociales et les miennes… Leurs objectifs globaux ne rencontrent pas mes attentes. Et pendant ce temps-là, je ne puis que constater l’effrayant manque de sérieux de tant de citoyens de « ce » pays, incapables de faire les plus petits liens entre les différents « morceaux du puzzle ». Oh, qu’il est mignon, ce petit rejeton de « l’autre PET », avec ses selfies et tout le tapage médiatique d’ici et d’ailleurs… Comme c’est lui, le sauveur, qui nous délivrera bientôt de tous nos problèmes. Alleluia, Amen !

….l’ouest contre l’Est……le pétrole sale contre l’énergie propre…..des idées de dynonaures contre celles du 22e siècle…déjà amorcé……..comme dirait l’autre….SALUT….SALUT

Le NPD à fait un grand saut dans le vide comme vous dites si bien M. Castonguay ! Avec le lynchage du chef , on n’ a pas de plan B ! Comme le vieil adage : Chasser le naturel et il revient au galop ! Les NPDistes de la gauche ont repris les guides à tout jamais. Moi si j’ étais un député du Québec NPD ( 36.6% de la députation nationale) je commencerais à me placer les pids pour 2019 !

Oui,oui car la vague orange est passée et s’ est amenuisée dans la marre politique canadienne! Oublié cela , il n’ y aura plus de vague tant et aussi longtemps que les progressistes de la gogoche seront au pouvoir dans ce parti fédéral car par conscience ils préfèrent être dans les derniers bancs du parlement fédéral!!!