Tir groupé sur la dette nette : le Québec, cigale ou fourmi ?

Je ne comptais pas revenir sur le sujet de sitôt mais, comme Michael Corleone dans le Parrain III : they pull me back in…  They ? Les économistes et spécialistes intéressés à donner l’heure juste sur l’endettement réel du Québec et qui sont, comme moi, outrés par la propension de notre gouvernement à noircir un tableau qui est déjà, en soi, préoccupant. Je présente ici leurs principaux résultats.

Vous connaissez la rengaine: le Québec a une dette brute (votre hypothèque) préoccupante et qui, si elle n’est pas contenue, va peser de plus en plus sur nos finances, surtout lorsque les taux d’intérêt vont — ce qui est inévitable — remonter.

Sommes-nous donc parmi les plus irresponsables des peuples industrialisés ? C’est ce qu’on essaie de nous faire croire. Or, trois récents calculs de la dette nette (votre hypothèque moins vos épargnes et investissements) offrent un portrait tout autre.  Le Québec/cigale frivole de la dette brute se transforme en Québec/fourmi industrieuse.

Tous les calculs se fondent sur le calcul comparatif de l’OCDE, mais chacun utilise des subtilités différentes, propres aux entités sous-nationales, comme le Québec. Prenons-les par ordre chronologique de résultats.

1) 2006/2007, Marcelin Joanis

D’abord Marcelin Joanis, économiste de l’Université de Sherbrooke lié au CIRANO, me signale qu’il a procédé à un calcul de la dette (brute et nette) pour son chapitre du livre Le Québec économique 2009. Ses chiffres datent de 2006.

Farr: Fonds d’amortissement des régimes de retraite du Québec, qu'on peut ajouter ou retrancher, selon les théories
Farr: Fonds d’amortissement des régimes de retraite du Québec, qu'on peut ajouter ou retrancher, selon les théories

Donc, en 2006, la dette nette québécoise en relation avec son PIB était, au moins, de 3,6 points de moins que la moyenne de l’OCDE.

Depuis la publication de ce billet, M. Joanis m’a fait parvenir une mise à jour de 2007:

Donc, en 2007, la dette nette du Québec avait augmenté son écart positif par rapport à la moyenne de l’OCDE: de 3,6 à 4,3 points.

Commentaire général de Joanis:

Le résumé de ma position sur la question: le Québec (comme d’autres provinces canadiennes) fait partie du groupe des juridictions les plus endettées de l’OCDE, mais le Québec (comme les provinces canadiennes en général) dispose d’actifs élevés selon les standards internationaux qui compensent en partie son imposant passif. Le Québec a donc, selon moi, un problème d’endettement auquel il doit s’attaquer. Mais ce problème est, heureusement, un problème gérable, ce qui me permet de penser que des mesures énergiques mais raisonnables peuvent être adoptées.

2 ) 2008/2009, Louis Gill

Dans un texte publié le 10 avril dernier, l’économiste de l’UQAM Louis Gill s’amuse d’abord en appliquant à l’Ontario le catastrophisme ambiant servi au Québec :

Si on compare cet endettement brut [de l’Ontario] de 80 % du PIB en date du 31 mars 2009 avec celui des pays membres de l’OCDE pour l’année 2008, comme le fait le ministère des Finances, on constate que l’Ontario se situe au 7e rang des entités économiques les plus endettées du monde, derrière le Japon, l’Italie, l’Islande, la Grèce, le Québec et la Belgique, et au-dessus de la moyenne de l’OCDE de 78,4 %. Cela devrait calmer les élans des prophètes de malheur qui vouent le Québec aux gémonies pour la place qu’il occuperait au sommet du palmarès de la dette excessive.

Gill a raffiné son calcul de la dette nette pour l’Ontario et le Québec. Voici son résultat :

Donc, selon Gill, en 2009, l’écart de la gravité de la dette nette par rapport à la moyenne de l’OCDE est de 9,7 points au profit du Québec.

3) 2010, Jacques Léonard et Stéphane Gobeil

Finalement, l’ex président du Conseil du Trésor Jacques Léonard et l’ex-membre du cabinet Duceppe Stéphane Gobeil ont présenté leur propre mise à jour le 15 avril dernier. Ils portent leur regard sur les prévisions existantes pour l’année en cours, 2010.

Ici, selon Léonard et Gobeil, l’écart entre le Québec et la moyenne de l’OCDE est de 8,1 points au profit du Québec.

Le résultat est assez net : au palmarès de la dette nette, celle du Québec est inférieure à celles de tous les pays du G7, sauf le Canada.

Résumons-nous :

1. En matière de dette, le Québec n’est pas la Grèce. C’est déjà bon à savoir par les temps qui courent.

2. En matière de dette, l’Ontario est presque le Québec. Au moins, on a de la compagnie près de chez soi.

3. En matière de dette, la situation de la plupart des pays industrialisés se détériore plus rapidement que la nôtre. Cela ne réduit pas les paiements que l’on doit faire, mais relativise le procès qu’on nous fait.

4. Notre dette est trop lourde et il faut s’y attaquer, intelligemment.

Les commentaires sont fermés.

Plutôt édifiant!
La dette du Québec replacée dans son contexte m’éclaire un peu mieux sur la suite à donner à nos orientations budgétaires.
Merci!

Quelqu’un peut envoyer ce lien à Maxime Bernier. Je suis un peu exaspéré de l’entendre clamer l’irresponsabilité du Québec sur toutes les tribunes. Ça, et les impôts aux entreprises. Ils sont déjà extraordinairement bas les impôts aux entreprises. Et, additionné au prix préférentiel sur l’électricité, ca en est gênant.

Il est dans l’intérêt de la mafia légale économique de faire croire que le Québec est affreusement endetté. Ça permet d’exiger plus de taxes et d’impôts, surtout si on oublie que le fédéral ne paie pas ce qu’il nous doit. Ainsi, le Québec peut payer moins en services sans que les chemises ne se déchirent. On oublie de dire que la crise actuelle fut une fraude monumentale à l’échelle mondiale pour permterre aux financiers d’empocher encore davantage. La prochaine est prévue pour 2013… Les libéraux ne pensent qu’à l’argent, car ils ont bien des dons pour lesquels ils doivent rendre l’ascenceur.

Si je comprends bien, la dette nette des pays comme la Grèce et l’Italie sont hautes parce que leur dette brute est dû à du luxe envers les riches alors que la dette nette du Québec est basse parce que la dette brute est dû grâce à des nécessités de société.

Quelque soit le montant réel de dette du Québec,
on le doit .il faut le payer tot ou tard.Commen-
çons par les dettes aux plus hauts taux d’intérêts
et ainsi de suite.en finissant par la dette a court terme.Faisons comme le japon dont la dette
est presque toute a 0%,ça coute pas cher a financer une telle dette.

Il faut susciter un inconfort pour encourager un changement. Le gouvernement actuel (malgré ce que je peux en penser en ce qui a trait à l’éthique) est responsable lorsqu’il parle de l’importance ce s’attaquer à la dette. Et ce n’est pas en minimisant l’importance ce celle-ci que les gens vont accepter de faire des sacrifices. Il n’y a pas le feu à la maison, mais il FAUT bouger.

Mais le Québec confie bêtement 50% de ses avoir à Ottawa donc au Canada .
Donc il faut harmoniser non seulement nos deux dettes mais aussi nos deux fonds patrimoinaux .

Ben oui on connait la tactique de ces prophètes de malheur. Dresser un tableau le plus sombre possible de la dette pour pouvoir réduire le rôle de l’état et convier leurs ti-namis du privé,fiers donateurs à la caisse électorale du Parti Libéral du Québec,au plus grand accès possible à l’argent public.

Ces économistes ,comptables,banquiers et finançiers de tout acabit qui gravitent tels une bande de chacals autour des gouvernements sont passés maître dans la manipulation des chiffres.

Pendant qu’ils reprochaient aux états de vivre au-dessus de leurs moyens, ils prètaient aux particuliers sur les valeurs futures de leurs biens et se revendaient entre eux les créances toxiques ainsi générées,créant eux-mêmes la crise financière.

Notre bon PM Charest et son ministre des finances de l’époque changeaient les règles de gouvernance à la Caisse de dépot et de placements ouvrant ainsi son coffre-fort aux spéculateurs de Toronto qui lui ont vendus leurs papiers commerciaux.
La CDEP a ainsi perdu 40 milliards mais on en parle même plus.
Qui sont les responsables ? Quand ont-il agis? Comment et de qui ont-ils achetés ces titres Pourquoi ont-ils continué à en acheter alors que less voyants étaient au rouge dans le monde finançier ?
Toutes ces questions n’ont eu aucune réponse et on est passé à autre chose.

Il faudrait être bien naif pour croire encore aujourd’hui que ces gens veulent notre bien. C’est plutôt nos biens qu’ils veulent!

Je veux bien croire qu’en ce qui concerne la dette nette le Québec se compare favorablement à d’autres pays de l’OCDE. J’imagine que c’est grâce à des actifs comme Hydro-Québec si on s’en tire si bien. Par contre, ce que l’on doit rembourser c’est la dette brute, pas la nette.

J’ai beaucoup de difficulté à imaginer un premier ministre qui déciderait de mettre Hydro-Québec en vente pour nous sortir du trou. J’entends le tollé. Alors, qu’on cesse de nous dorer la pilule avec la dette nette, les 15 ou 16 milliards consacrés actuellement à la gestion de la dette ne diminueront que si on s’attaque au déficit. Oubliez la vente d’actifs.

J’aimerais bien savoir ce que représenterait la valeur actualisée du cadeau que le Bas-Canada (le Québec) a été obligé de donner au Haut-Canada (l’Ontario) quand on a imposé au premier de payer une partie importante de la dette du second lors de l’Acte d’Union qui était le résultat de l’insurrection des Patriotes et du rapport Durham. Y a-t-il un économiste dans la salle ? 😉

Merci pour cet éclairage et ce débat,malheureusement trop absents de nos médias traditionnels; continuez; pourquoi pasun colloque très ouvert organisé par le CERIUM ou l’INM?
Sur le fond de la question, le problème n’en est pas moins préoccupant car , en effet,on la doit la maudite dette, l’argent qui paie les intérêts ne sert pas à autre chose et les choix collectifs (entre endettement et services publics) sont soit mal éclairés, soit idéologiques, c’est à dire motivés par d’autres facteurs que le bien commun (par ailleurs de plus en plus difficile à définir et à reconnaître).

Deux commentaires ;
1)Ces analyses économiques regardent et comparent le passé et les actifs mais pas du tout le futur et la démographie qui influencera à la fois les besoins et les capacités futures de payer la dette;
2)Pour illustrer vos propos, vous assimilez la dette à une hypothèque, mais quelle est la part de cette dette qui devrait être associée à «la carte de crédit» ?

C;est en penssant comme ca que les USA ont connues la recession. Y a rien la je te prete 500,000 puisque ta maison vaut 520,000 sur papier.

@ France Lessard

Vous dîtes: « vous assimilez la dette à une hypothèque, mais quelle est la part de cette dette qui devrait être associée à «la carte de crédit» ? »

Pour vous rassurer, une bonne partie de cette dette a servi à financer des immobilisations (Louis Gill l’a bien démontré dans un article du Devoir), ce qui est intelligent. Il aurait été stupide, de payer comptant des immobilisations (ex.: routes, écoles, hôpitaux ou barrages)qui servent à plusieurs générations de contribuables. C’est comme si je voulais payer ma maison comptant et n’avoir jamais d’hypothèque! Si vous pensez qu’il faut tout payer comptant, alors demandez au gouvernement Charest de payer comptant tous les investissements effectués en 2010 et exigez de lui que ce soit vos impôts de cette année qui paient ces investissements. Vous direz sûrement que c’est économiquement idiot lorsque vous verrez ce que cela signifie. L’autre solution, si vous refusez l’endettement pour investir est de ne pas investir. Ça signifie: au diable, les infratructures.

Au fond, ce que je veux dire, c’est qu’une dette c’est bon, c’est bien et c’est juste… quand ça sert à payer des immobilisations.

Pour revenir à votre question de départ de carte de crédit, ça ne change rien aux chiffres présentés. Expliquez-moi en quoi les % présentés sur ce blogues seraient différents? Mais si vous voulez vous conforter dans votre frayeur vous pouvez prendre l’hypothèse pessimiste et fausse: toute la dette a servi à payer des dépenses courantes. Mais même avec cette hypothèse fantaisiste le % de la dette nette sur le PIB en 2010 sera encore une fois de 49% . Vous pouvez dire ce que vous voulez, ce % ne changera pas. Mais je parie que plusieurs personnes auront toujours aussi peur. Que voulez vous la peur et la rationnalité ne font pas bon ménage et surtout, il est très rassurant et de bon ton de penser que nous, québécois, sommes des cancres. C’est ce qu’on nous sert depuis 250 ans car bien des gens ont compris que la meilleure arme des dominants est le cerveau des dominés.

Finalement, tout le monde est d’accord pour payer la dette, c’est sur le moyen que l’on ne s’entend pas!

Les alarmistes veulent couper dans les mesures sociales et les modérés veulent une plus juste répartition des impôts et des taxes.

Personnellement, couper dans les mesures sociales revient à combler le vide par le privé, donc augmentation des coûts et accélération de l’écart entre la classe moyenne et les biens nantis.

Par contre, dans la période des 30 glorieuses où les biens nantis (et les entreprises) étaient imposés pratiquement à 90% aux USA, le PIB augmentait de 8% par année!
Maintenant que les biens nantis (et les entreprises) sont imposés à 38%, le PIB augmente de 4%!!!

Comme quoi, imposer là où est l’argent ne veut pas nécessairement dire que la productivité va tomber!!!
Croire en cela, c’est comme un acheteur à la merci d’un vendeur!
On comprends alors que le vendeur soit un ardant défenseur du libre marché!!!

En plus d’être les plus endettés, les plus taxés, les plus interventionistes et les plus syndiqués en Amérique, voici maintenant que le Québec est l’endroit le moins libre économiquement en Amérique!!!

J’imagine que les sentencieux gauchistes ne verront aucun lien entre ces causes…

http://www.freetheworld.com/efna.html

Economic Freedom of North America 2008
Institut Fraser

« Selon une nouvelle étude de l’Institut Fraser, un organisme de recherche « »indépendant » », le Québec possède un des niveaux de liberté économique les plus bas en Amérique du Nord. Seule l’Île-du-Prince-Édouard affiche un plus mauvais score. »

En 2008!!!

L’on voir où cela a conduit les États-Unies cette liberté économique en cette fin d’année 2008!

La différence entre les USA et le Québec, c’est que les Québec intervient auprès des citoyens pour plus d’équité et les USA interviennent dans l’économie… pour contrer les abus de cette liberté économique!

Évidemment, comme l’article provient en partie de Madame Nathalie Elgrably-Lévy qui ne reçoit aucun fond public mais que des fonds des corporations, ce qui fait d’elle une personne « crédible » et « indépendante »!!!

Un principe de base:
Dis-moi qui signe ton chèque de paie et je te dirais pour qui tu travailles!

@ Benton:

Si l’interventionisme étatique actuellement en place au Québec était la solution miracle aux problèmes, le Québec, ayant pratiqué ce système depuis près de 50 ans, serait la société la plus riche en Amérique du Nord non?

Or, ô horreur, le Québec est l’un des endroits le plus pauvre et le plus endetté (et le plus taxé!) en Amérique du Nord!!!

Z’avez des explications à ce mystère?

M.Lisee, vous tentez de faire comme Goldman Sacks en Grece En deguisant des dettes. Votre proposition de prendre en consideration des actifs comme valeur monetaire est ridicule car, le calcul du pib ne prend pas en consideration les actifs d’un pays mais uniquement les flux monetaires. Allez donc suivre des cours d’economies.