Tony Accurso et le combat inachevé contre la corruption

Ni Hexagone ni l’Autorité des marchés financiers ne semblent en mesure de freiner l’entrepreneur québécois.

Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne

PolitiqueLa lutte contre la corruption est sur la bonne voie, affirmait lundi, au Devoir, le président de la Ligue d’action civique, Frédéric Lapointe.

Les histoires déterrées par les médias, la commission Charbonneau et l’Unité permanente anticorruption (UPAC) appartiennent à la période pré-2010. C’est vrai en partie. La plupart des témoins entendus à la commission Charbonneau ont avoué que la création de l’escouade Marteau, en 2010, avait refroidi les ardeurs de nos spécialistes de la collusion dans l’industrie de la construction et du génie conseil.

Du même souffle, M. Lapointe en appelait à une vigilance de tous les instants afin que la corruption ne revienne pas par la porte d’en arrière. La manchette du jour dans La Presse démontre que le combat est loin d’être gagné.

Citant des sources à l’UPAC, La Presse affirme que l’entrepreneur Tony Accurso, qui est accusé de fraude, aurait financé l’ancien directeur général du Parti libéral du Québec (PLQ), Joël Gauthier — soupçonné de fraude —, pour qu’il puisse faire l’acquisition d’une partie de ses actifs au sein du consortium Hexagone.

Lors du démantèlement de l’empire de Tony Accurso, M. Gauthier faisait partie d’un groupe de six actionnaires, incluant James et Marco Accurso (les enfants du capitaine du Touch) qui ont récupéré les précieux actifs.

M. Gauthier a toujours prétendu qu’il avait payé sa part avec son argent. L’enquête de l’UPAC n’est pas terminée. Les soupçons des policiers n’ont pas été testés en Cour, mais ils soulèvent de sérieuses questions, puisque l’Autorité des marchés financiers (AMF) a accordé un certificat d’habilitation sécuritaire à Hexagone.

En gros, une compagnie potentiellement soumise à l’influence indirecte de Tony Accurso peut bénéficier de contrats publics. Suffirait-il de changer les noms des administrateurs, de l’entreprise et la couleur de ses camions pour confondre l’AMF ?

Le groupe Hexagone n’était pas au courant de l’alliance présumée entre Joël Gauthier et Tony Accurso.

Joël Gauthier s’est retiré définitivement du groupe Hexagone quand les médias ont révélé qu’il était ciblé par l’enquête de l’UPAC sur le financement illégal du PLQ. Selon des documents judiciaires faisant état des soupçons des policiers, il aurait sollicité des dons illégaux des entreprises alors qu’il était le de p.-d.g. de l’Agence métropolitaine de transport (AMT).

Le groupe Hexagone n’en est pas à sa première controverse. Dans l’une de ses premières décisions d’affaires, le groupe a rétrocédé une usine de production d’enrobés bitumineux à Simard Beaudry, l’entreprise maintenant dirigée par Lisa Accurso (la fille de Tony Accurso).

Or, Simard Beaudry reste sous le contrôle de Gestion Accuvest, dont le président est… Tony Accurso. Le tour de passe-passe du groupe Hexagone a ainsi permis à Tony Accurso de remettre les pieds dans les marchés publics. En août 2013, la Ville de Montréal n’avait eu d’autre choix que d’accorder un contrat de 2,2 millions à Simard Beaudry.

Ni Hexagone ni l’AMF ne semblent en mesure de freiner Tony Accurso. Il faut espérer que l’UPAC arrive à des résultats tangibles… et vite.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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12 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Avec un libéral corrompu comme Robert Lafrenière à la tête de l’UPAC, les corrupteurs et collusionnaires de ce monde peuvent dormir tranquille sur leurs deux oreilles.

Voyons un peu ce que M. Lafrenière dissimule du regard public dans ses placards : http://bit.ly/1uceOwZ

Le SEUL remède contre la corruption? La compétition, comme dans le privé.

Même Le Devoir comprend ça, C’est tout dire:

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/414132/commission-charbonneau-la-concurrence-un-remede-a-la-corruption

C’est bien votre genre, confondre le contenu avec le contenant. Je ne crois pas que les journalistes du Devoir, parmi eux l’auteur de ce blogue, appartiennent à la Ligue d’action civique qui a remis un mémoire à la commission Charbonneau dont le Devoir a obtenu une copie. C’est votre habitude de lire que les titres de journaux, car vous seriez bien mal pris de nous expliquer en quoi consiste le darwiniste social mentionné dans l’article.

Quant au contenu de l’article du Devoir, les auteurs sont des rêveurs.

Comme les compagnies d’ingénieries, les architectes, les maîtres d’oeuvres et exécutants, les avocats qui acceptent, signent et exécutent des contrats pour les gouvernements ne sont-ils pas tous du privé? Tout comme le docteur Porter d’ailleurs!
Ce n’est pas déjà ce que l’ont fait François 1: utiliser le privé?

Dans le cas qui nous préoccupe, le privé est totalement dépendant des monopoles étatiques. TOTALEMENT!

Ce qu’il faut, c’est qu’une saine compétition, incluant des sociétés d’ailleurs au Canada et dans le monde (USA!!!), se dresse contre la corruption endémique propre au Québec.

Plus de compétition = meilleurs prix, meilleur service et tout le tralala.

Idem pour Hydro-Québec, la SAAQ, la SAQ, Loto-Québec et al.

» la corruption endémique propre au Québec. »
cette affirmation indique une naïveté ou une ignorance rare, ou encore une malhonnêteté sans gêne.
Personne à part des lucides ne peut croire à ça!
Inutile de perdre mon temps à écrire plus.
Le faire serait comme d’utiliser les touches de mon clavier comme le plus abrasif ds papiers à sabler!

Je ne peux pas croire que vous soyez sincère dans vos propos depuis que je vos lis, mais pas autre chose qu’un troll du web!

Parlons-en du « tralala »

– Le népotisme et la corruption dans les relations commerciales privées sont deux problèmes qui nécessitent un examen beaucoup plus minutieux.

(…) les hauts dirigeants citent plus fréquemment la corruption au sein du secteur privé comme un obstacle à leurs activités commerciales que les questions d’infrastructure ou le fonctionnement du système judiciaire.

– La corruption dans l’entreprise est un danger répandu qui menace des résultats et une responsabilité durables.

Non seulement la corruption affecte les relations commerciales, mais elle présente un risque considérable au sein de l’entreprise. Ce rapport documente de nombreux cas d’abus de pouvoir, de la part de responsables, d’actionnaires majoritaires et d’autres acteurs du monde de l’entreprise, à des fins de gain personnel et aux dépens des propriétaires, des investisseurs, des salariés et de la société dans son ensemble.

– La corruption au sein du marché fragilise le principe de concurrence équitable, de juste prix et d’efficacité à l’échelle mondiale.

Les ententes illicites sur les prix et autres arrangements collusoires peuvent avoir de graves conséquences sur les consommateurs, les marchés et l’économie mondiale. Le Rapport mondial sur la corruption 2009 présente la preuve incontestable du développement, depuis les années 80, d’une nouvelle et puissante vague d’activités de cartel à l’échelle mondiale, impliquant souvent des marques célèbres et affectant tout particulièrement les pays en développement.

Les principaux secteurs commerciaux à travers le monde ont été corrompus, depuis le secteur alimentaire jusqu’aux projets d’infrastructure, en passant par les médicaments contre la malaria ou les secteurs plus sophistiqués des produits de haute technologie et des services aux consommateurs. (…)

Toutefois, un point crucial semble déjà émerger, comme en témoigne un certain nombre de contributions apportées au Rapport mondial sur la corruption 2009 : parmi les conditions ayant favorisé la crise, nombreuses sont celles qui sont étroitement liées aux risques de corruption dans le secteur privé. On relève notamment d’importantes lacunes dans les systèmes d’intégrité des entreprises, comme les conflits d’intérêt affectant les principaux contrôleurs d’accès ; une insuffisance en termes de transparence et de responsabilité de la part des principaux marchés, acteurs du marché et mécanismes de surveillance ; et de graves manquements de la part des entreprises en matière de contrôle préalable, de gouvernance et d’intégrité.

RAPPORT MONDIAL SUR LA CORRUPTION 2009, La corruption et le secteur privé.Transparency International

Rien n’arrêtera le monsieur capitaliste ! Ses tentacules s’étendent en Ontario, précisément dans la région d’Hawkesbury et de Champlain. Avant longtemps, une cimenterie sera construite près de la rivière des Outaouais et polluera davantage ce cours d’eau qui devrait faire partie du patrimoine mondial de l’Unesco. Pourquoi combattre la corruption, quand on sait qu’elle est galopante et très humaine ? Réveillez-vous ! Quand je pense que le gouvernement Harper tente de combattre, lui, la prostitution…

Pour Hexagone, dit-on six côtés ou six faces. Avec la présente de Mario Bertrand qui fut chef de cabinet de monsieur Bourassa, son parcours fut plus que houleux. A la présidence de Steinberg, il l’a conduite directement à la faillite tout comme Miracle Mart par la suite, à la présidence de TVA il fut remercié avant qu’elle ne subisse le même sort et lorsqu’il fut sur le conseil d’administration d’Hydro Québec il y eut magouillage avec un investissement de 10,000$ dans une entreprise qui tourna rapidement en un million de dollars après qu’Hydro ait adjugé un contrat à cette entreprise etc. Son grand ami de toujours, le grand argentier Frigon faisant partie de cette corporation multi-facette assisté de Benoit Begin, ancien v.p. grands travaux chez Simard Beaudry, Sylvain Gadoury ancien de Construction Gastier aussi sur les planches de la Commission Charboneau et pourquoi pas George Lever, un spécialiste des réorganisation qui n’a pas fini de faire jouer tout ce beau monde à la chaise musicale. L’UPAC pourra au moins économiser un peu car ils sont maintenant tous sous le même toit. Le problème est que Hexagone multiplie depuis six mois le nombre de subsédiaires et son organigramme commence à ressembler à un puzzle dont personne n’a commencé à assembler. Bonne chance.

Il est urgent que l’UPAC arrive à des résultats, dites-vous. Mais lesquels? Des emprisonnements, des dissolutions d’entreprises? Et, puis, après? La Ligue d’action civique, que vous citez, a pourtant donné une réponse claire: la concurrence! Quand l’on cessera de se congratuler sur la beauté de nos entreprises locales ou de se faire des salamalecs dans les salons des Chambres de commerce, et que l’on invitera à notre table des New-Yorkais, des Ontariens, des Européens, l’on verra de quel bois se chauffent les Accurso de ce monde. Un beau yacht tout neuf ne suffira pas.
Le nationalisme ethnique conduit tout droit à la corruption, tout le monde sait cela depuis longtemps, alors que l’on cesse de jouer à l’autruche. L’esprit de clocher municipal, régional ajoute d’ailleurs du piquant à la sauce nationale.

Pourquoi pas la multinationale Alstom?
Celle qui a connu de nombreuses controverses juridiques et qui a été condamné combien de fois en France, en Suisse et dans d’autres pays d’Europe pour manquements à de multiples lois, y compris sur la corruption et la concurrence?
Celle à qui nous avons donné des commandes pour des wagons de métro pour Montréal, en les enlevant à Bombarbier, compagnie nationale qui avait pourtant obtenu légalement les contrats!!!

Ben oui, ailleurs c’est mieux qu’ici!
Vous m’en direz tant!
Ne dit-on pas: peut mentir qui vient de loin?
Par contre ne serait-ce qu’avec le web, il semblerait que cette maxime qui a de la barbe très longue et très grise, semble malheureusement encore vraie.

Malheureusement quoi que vous en disiez jacques saint-cyr, à répétition, la simplicité est à rechercher en tout temps, mais il faut se garder d’être trop simpliste pour autant!

La mondialisation, l’internationalisation non seulement ne règle pas tout, mais ne règle rien dans la réalité.
L’humain devra toujours…combattre…l’humain…dans ce qu’il y a de pire et à tout les niveaux!