Tony Accurso nous sert du réchauffé

La procureure en chef de la commission Charbonneau lui rend la vie facile. Après deux jours de témoignage, Accurso n’a pas été forcé de révéler de grands secrets.

Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne
Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne

PolitiqueTony Accurso dit avoir beaucoup appris de ses fréquentations sur le Touch avec les principaux leaders de la FTQ, avant de tomber en disgrâce en raison des enquêtes à son sujet. «Et franchement, je m’ennuie», a-t-il dit à la commission Charbonneau. Nous aussi, mais pas pour les mêmes raisons.

L’entrepreneur, annoncé comme le plat de résistance des travaux, nous sert du réchauffé. Qu’il paraît bien, ce charmeur polyglotte. Il est en parfait contrôle de ses émotions, si ce n’est de cette mine renfrognée qu’il affiche parfois. Il se permet même de remettre à sa place la procureure en chef de la commission, Sonia LeBel, en la tutoyant et en lui reprochant, tout sourire, de formuler des questions qui relèvent autant du commentaire.

S’il s’en sort aussi bien, c’est que Me LeBel lui rend la vie tellement facile. Après deux jours de témoignage, Tony Accurso n’a pas été forcé de révéler de grands secrets. Il est confronté à de vieilles écoutes électroniques de l’opération Diligence, déjà mises en preuve, dans lesquelles les principaux acteurs des magouilles à la FTQ-C parlent de lui… en mal.

La révélation la plus spectaculaire est sans doute le fait qu’il comptait dans son carnet d’adresses deux «petits contacts» de rien du tout : Vito Rizzuto et son fils, Nicolo Rizzuto, deux mafieux aujourd’hui décédés.

Des petits contacts au sommet de la mafia montréalaise, ce n’est pas rien, d’autant plus que Tony Accurso a toujours nié ses liens avec le crime organisé. Pourtant, Me LeBel ne l’a pas interrogé plus à fond à ce sujet. Comme si c’était une anecdote de bas de page, alors que l’infiltration du crime organisé dans l’industrie de la construction est au cœur du mandat de la commission.

Le temps file, le temps presse. Je veux bien qu’il faille éviter d’aborder les dossiers de nature criminelle avec Tony Accurso. Mais à quoi bon le faire témoigner si c’est pour confirmer des faits largement documentés sur son influence à la FTQ ? C’est bien beau d’entendre Tony Accurso dire qu’il n’utilisait pas le Touch comme outil de développement des affaires, qu’il ne contrôlait pas le patron de la FTQ-C, Jean Lavallée, et qu’il ne bénéficiait pas d’un traitement de faveur au Fonds de solidarité.

Ça ne fait pas très sérieux, mais c’est sa version des faits. À moins d’un revirement majeur de situation, l’entrepreneur pourrait bien sortir indemne — pour ne pas dire grandi — de son témoignage. Vivement des faits nouveaux.

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À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Je crois malheureusement que la Commission a fait son lit et que nous n’entendrons plus rien de “piquant” sur quelque sujet que se soit. Bien entendu la communauté juridique s’en sort indemne. Les véritables révélations parviendront des nombreux procès des deux prochaines années qui crouleront sous un effet de domino et pourront constater les ramifications sur tous les aspects mais surtout les tentacules économiques telles que les fournisseurs de service et de biens en copinage pour notamment fixer les prix entre eux ou avec un petit “nami”. Il y a aussi les répercussions des enquêtes sur des bâtiments et terrains pour les super hôpitaux de la province qui passeront dans le tordeur. A suivre…

«Il se permet même de remettre à sa place la procureure en chef de la commission, Sonia LeBel, en la tutoyant»

Parle avec un Italien (un Anglo, un Juif anglophone, un Grec) de l’âge d’Accurso et 9 fois sur 10, naturellement c’est le « tu » qu’il utilisera mais dans sa tête il n’y a pas de différence d’avec le « vous ». Pour vouvoyer il doit réfléchir à qui il parle, et s’ajuster mentalement à la situation. La conversation devient moins naturelle.

Faut pas prêter à Accurso une non-éducation. Tout son témoignage prouve le contraire. C’est un homme éduqué.

C’est dommage que la Commission ne puisse remonter avant 1995.. Car Accurso est d’abord et avant tout une créature du PQ/FTQ/Fonds de solidarité.. Accurso était associé à Marcel Melançon, leveur der fonds du PQ à cette époque… au même titre que Marc Bibeau pour le PLQ..

Mais aussitôt que le nom de Marcel Melançon est prononcé, l’avocate du PQ s’objecte.

Québec inc. le nationalisme économique qui crée des monopoles, tue la concurrence et fait qu’au Québec tout coûte plus cher aux citoyens..
Qui plus est ce protectionnisme et interventionnisme incitent à la collusion et à la corruption, l’humain étant ce qu’il est.

Et s’il fallait que le PQ prenne le pouvoir avec comme chef une autre créature du Québec inc. et le contrôle qu’il exerce sur le monde médiatico artistique sportif!!……

Une commission est aussi bonne que les preuves qu’elle a en main. C’est surtout pas parce que le grand inquisiteur Alain Gravel le dit que c’est vrai.

Une commission à $50,000,000.00 avec des résultats semblable, On est à se demandé qui sont les vrais profiteurs de système.