Tout indique que le Québec « continuera »

En cette fin de campagne, la CAQ trône toujours seule au sommet. Mais pour les quatre autres partis, tout est encore possible. 

montage : L’actualité

Même si le parcours du dernier mois a été sinueux, il semble bien que cette campagne se terminera tout près d’où elle a commencé… enfin, pour trois des cinq partis en lice.

Le sondage final de la maison Léger publié dimanche dans les médias de Québecor accorde à la Coalition avenir Québec de François Legault 38 % d’appui au niveau national, un score résolument plus bas (en moyenne) que ceux mesurés au cours du dernier mandat, mais qui place tout de même la CAQ confortablement en territoire majoritaire avec une avance de 21 points sur le Parti libéral du Québec.

De son côté, le PLQ s’enligne pour obtenir le pire score de son histoire avec 17 %, selon Léger. À égalité statistique juste derrière se trouvent Québec solidaire (15 %), le Parti québécois (15 %) et le Parti conservateur (14 %).

C’est lorsque nous comparons le premier et le dernier sondage Léger de cette campagne que l’on observe à quel point l’opinion publique est demeurée figée pour trois des cinq partis de cette course. Le PLQ, QS et le PCQ terminent tous la course là où ils l’ont commencée.

Si aucun des partis d’opposition n’a réussi à percer l’armure de la CAQ, le Parti québécois sera toutefois parvenu à l’égratigner. En effet, fort d’une campagne où ses adversaires lui ont souvent laissé le champ libre, Paul St-Pierre Plamondon sera sans doute perçu comme l’homme qui aura évité le scénario catastrophe au PQ — même si, soulignons-le, la formation souverainiste risque d’essuyer des pertes importantes par rapport à son résultat déjà anémique de 2018.

Évidemment, les sondeurs ne sont pas tous en accord les uns avec les autres. Au total, six maisons de sondages ont publié des chiffres nationaux dans la deuxième moitié de cette campagne. Voici leurs intentions de vote finales (vous trouverez la liste complète des sondages sur cette page) :

Avec de tels écarts dans les chiffres, nous constaterons au soir de l’élection que certains sondeurs ont visé dans le mille, et que d’autres ont raté la cible.

Si EKOS et Angus Reid semblent plus loin du peloton avec la CAQ à 35 % et 34 %, c’est peut-être leurs chiffres pour QS (21 % chez EKOS) et le PCQ (19 % chez Angus Reid) qui détonnent le plus. En effet, si le PCQ devait réellement récolter 19 % lundi soir (comme l’indique Angus Reid), non seulement Éric Duhaime aurait de bonnes chances d’entrer à l’Assemblée nationale, mais il ne serait probablement pas le seul élu dans le caucus conservateur. De l’autre côté, si QS devait grimper jusqu’à 21 % des suffrages seul en deuxième place (comme le suggère EKOS), Gabriel Nadeau-Dubois deviendrait assurément le chef de l’Opposition officielle à Québec.

Mais ces scénarios plus « extrêmes » ne sont pas les plus probables si l’on considère l’ensemble des chiffres disponibles. Voici la projection du vote Qc125, ainsi que les intervalles de confiance de 95 %, calculée principalement avec une moyenne pondérée des sondages :

Sans surprise, la CAQ trône seule au sommet et les quatre autres partis sont à égalité statistique loin derrière. Pour ce qui est de la projection de sièges, la CAQ se trouve confortablement en territoire majoritaire avec 92 sièges en moyenne, trente sièges (!) de plus que le seuil pour une majorité à l’Assemblée nationale.

À moins que le taux de participation du vote libéral ne s’effondre lundi, le PLQ devrait former l’opposition officielle. Si elle remporte son comté de Saint-Henri–Sainte-Anne, Dominique Anglade serait donc la cheffe de l’opposition avec un caucus potentiellement réduit du tiers par rapport à l’élection de 2018.

L’incertitude de la projection pour Québec solidaire est élevée, principalement à cause de la divergence des sondages sur les appuis à QS. La formation de gauche est projetée favorite dans ses six circonscriptions montréalaises de Gouin, Mercier, Sainte-Marie–Saint-Jacques, Laurier-Dorion, Hochelaga-Maisonneuve et Rosemont, ainsi qu’à Québec dans Taschereau et Jean-Lesage. Nous mettons un bémol sur Jean-Lesage cependant, car ce comté est projeté comme un pivot. De plus, QS est projeté à égalité statistique dans Verdun, Maurice-Richard, Sherbrooke et Hull. Par ailleurs, si le vote de QS devait être sous-estimé dans les sondages, la circonscription estrienne de Saint-François pourrait s’ajouter à la récolte de QS.

Les données indiquent clairement que le Parti québécois est la seule formation ayant progressé dans les intentions de vote depuis l’été. Cependant, il est aussi vrai que le PQ revenait de loin. Entre mars et août 2022, le PQ n’a oscillé qu’entre 7 % et 10 % au niveau national et tout indiquait que Pascal Bérubé dans Matane-Matapédia serait le dernier péquiste à l’Assemblée nationale. En fin de campagne toutefois, ce scénario — quoique toujours possible — n’est plus le plus probable. Nous surveillerons de près la circonscription du chef péquiste, Camille-Laurin, afin de voir si le retrait de la candidate solidaire aidera St-Pierre Plamondon à entrer à l’Assemblée nationale. Le PQ sera certainement compétitif dans Bonaventure, en Gaspésie, et aux Îles-de-la-Madeleine, où sont projetées des courses serrées avec la CAQ. Avec une bonne sortie de vote, le PQ pourrait aussi surprendre dans Joliette et, sait-on jamais, dans Labelle (dans les Hautes Laurentides).

Finalement, du côté du Parti conservateur, le chef Éric Duhaime a mené une campagne qui a certainement énergisé sa base, mais il ne semble pas avoir été en mesure de l’agrandir de façon significative. À noter : un écart de trois points sépare le PCQ chez Léger (14 %) et chez Mainstreet (17 %). Si les chiffres de Léger s’avèrent, c’est que le PCQ aura été en perte de vitesse dans la dernière ligne droite de campagne, ce qui ne produira vraisemblablement aucun siège pour le PCQ. En revanche, avec 17 % comme le suggère Mainstreet, Éric Duhaime pourrait terminer deuxième aux suffrages… mais en termes de sièges ? Nous surveillons de près les résultats dans Chauveau et dans les deux comtés de la Beauce.

Au total, avec la domination de la CAQ dans les intentions de vote, nous estimons que seulement 25 circonscriptions, environ, sont réellement en jeu lundi soir. Si le gagnant de l’élection semble être une évidence à la veille du vote, la composition de l’opposition pour les quatre prochaines années est encore hautement incertaine. La différence entre un seul siège ou cinq pour le PQ mène à un résultat dramatiquement différent pour le mouvement souverainiste. Si QS devait atteindre le seuil de la reconnaissance officielle de 12 sièges ou s’il se faisait rabrouer aux limites de l’île de Montréal, les conséquences seraient importantes pour l’élection de 2026. Et le PCQ ? Si Éric Duhaime siège en chambre et asticote le gouvernement au salon bleu, il aura bien plus d’influence dans le discours public que s’il est forcé de retourner dans la bulle de Radio-X pour vendre son conservatisme libertarien.

En conclusion : à ceux et celles qui m’ont écrit sur les réseaux sociaux pour me dire que cette élection ne sert à rien parce la CAQ est loin devant, je vous réponds que la démocratie ne se fait pas par sondages. La CAQ est légitimement au pouvoir depuis 2018 parce qu’elle a récolté 1,5 million de votes en 2018, pas parce qu’elle performe bien dans les sondages. Les électeurs doivent s’exprimer au bureau de vote si notre système veut continuer de jouir de cette légitimité. En juin dernier, moins de la moitié des électeurs ontariens ont rempli leur bulletin de vote, un creux historique. Résultats : 15 millions d’Ontariens sont maintenant représentés à Queen’s Park par un parti qui a remporté une écrasante majorité en ne récoltant que… 1,9 million de votes.

Tout indique que le Québec « continuera » avec la CAQ, mais l’opposition fait aussi partie de la législature. Nous avons donc le pouvoir de choisir qui nous représentera au cours du prochain mandat. Ne tenons pas ce droit pour acquis. Allons voter.

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Pour consulter les chiffres de cette projection québécoise, visitez la page de Qc125. Pour la liste complète des 125 circonscriptions, consultez cette page ou visitez la carte complète de la projection ici.

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La seule raison pour laquelle j’irai voter c’est pour permettre au parti que j’ai choisi de récolter $1.71 et faire plus de pression pour changer le mode de scrutin. Dans ma circonscription. la CAQ frôle le 50% dans les sondages. Notre système est brisé et n’encourage pas la participation.

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il est grand temps que ayons un mode de scrutin proportionnel. Avec sensiblement le même pourcentage d’appui, le PLQ devrait avoir environ 20 comtés, QS à peu près 10, le PQ peut-être 5 et le PCQ fort possiblement 0.

Il y a certainement quelque chose qui cloche !

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