Travailleurs étrangers temporaires : un gâchis conservateur

Le vrai problème avec le programme des travailleurs étrangers temporaires (TET), c’est qu’il a pris une dimension démesurée qui ne respecte plus son objectif initial, explique Manon Cornellier.

PolitiqueLe gouvernement conservateur a décidé de resserrer les règles du programme des travailleurs étrangers temporaires (TET). Un ménage s’imposait, en effet, mais parce que les conservateurs eux-mêmes ont apporté des assouplissements trop généreux à ce programme, année après année.

Depuis mardi, le premier ministre Stephen Harper et son ministre de l’Emploi, Jason Kenney, tentent de donner l’impression qu’ils ont veillé au grain. M. Harper ne cesse de répéter que, depuis, 2011, son gouvernement a apporté des changements pour limiter les abus et que grâce à lui, le nombre de demandes pour des travailleurs étrangers temporaires a diminué de 30 % au cours de la dernière année.

Il demeure qu’il y en a encore beaucoup plus qu’en 2005, dernière année avant l’arrivée au pouvoir des conservateurs. En fait, leur nombre a explosé. Voyez par vous-même :

Au 1er décembre 2005, il y avait 140 653 TET au Canada. Au 1er décembre 2012 — dernière année pour laquelle on a des données complètes —, on en comptait 338 221. Plus du double.

Il y a maintenant des travailleurs étrangers temporaires (TET) dans tous les secteurs : des banques aux géants des télécommunications, en passant par des universités et des entreprises du secteur de l’alimentation. Selon des documents obtenus l’an dernier par le quotidien The Globe and Mail, quelque 33 000 entreprises auraient fait une demande de permis pour faire venir des TET entre juin 2010 et juin 2012.

Ce bond n’est pas le fruit du hasard. Dès leur arrivée au pouvoir, les conservateurs ont ignoré les avertissements des syndicats et de plusieurs spécialistes du marché du travail, et ils ont rendu permanent un projet pilote établi par les libéraux en 2002 afin de permettre l’embauche de travailleurs temporaires étrangers non qualifiés.

Le premier ministre et le ministre Kenney ont d’ailleurs invoqué la décision de 2002 pour blâmer les libéraux d’une partie des problèmes actuels. Ils ont même rappelé que ce sont les libéraux qui avaient créé le programme en 1973.

À noter, cependant, qu’au 1er décembre 2003, il n’y avait que 109 667 TET au pays, soit 31 000 de moins qu’en 2005. Ce n’est donc pas le projet pilote qui a provoqué la flambée survenue par la suite. Et si ce programme déplaisait aux conservateurs, ils n’avaient qu’à le faire disparaître. Ils ne se sont pas gênés pour le faire avec d’autres.

En fait, les conservateurs aimaient ce programme. Ils ne se sont donc pas contentés d’étendre le projet pilote : ils ont multiplié les mesures d’assouplissement pour accommoder surtout les provinces de l’Ouest et leur boum pétrolier.

En 2007, ils ont créé une liste de métiers et professions et de secteurs donnant droit à l’émission rapide de permis. La période d’affichage public d’un poste au Canada a été réduite, passant de six semaines à sept jours. Puis, la durée maximale des visas est passée de 12 à 24 mois.

Un rapport très critique de la vérificatrice générale Sheila Fraser, en 2009, a amené le gouvernement à resserrer les contrôles. Mais au printemps 2012, il permettait que le salaire versé aux travailleurs étrangers temporaires (sauf ceux du secteur agricole) soit, dans certaines conditions, inférieur au salaire moyen versé aux Canadiens effectuant le même travail dans la même région.

Il aura fallu un tollé, l’an dernier, pour que le gouvernement bouge. Tout a commencé avec la révélation qu’une entreprise minière chinoise active en Colombie-Britannique refusait des travailleurs canadiens au profit de travailleurs chinois parlant mandarin. La décision de la Banque Royale de mettre à pied des employés pour confier leur travail à un sous-traitant qui, lui, faisait appel à des TET, a ravivé le débat.

Sous la pression, le gouvernement a reculé sur le salaire inférieur pouvant être payé aux TET. Il a entre autres rallongé la période de recrutement pour des travailleurs canadiens et suspendu le traitement accéléré des demandes des employeurs, en plus d’imposer des frais de traitement de ces mêmes demandes.

La pression a recommencé à monter cet hiver, quand les médias ont révélé des cas d’abus dans le secteur de la restauration rapide, où des employés canadiens auraient été remplacés par des TET. Le ministre Kenney a rapidement réagi. Il a suspendu le droit de certains employeurs d’avoir recours au programme et a carrément imposé un moratoire pour tout le secteur de la restauration rapide. Il a promis une surveillance plus étroite des entreprises. En fait, tout le programme pourrait être soumis à examen.

Questionnés sans relâche aux Communes, MM. Harper et Kenney disent que l’opposition s’est dressée contre ces changements apportés au programme alors qu’ils savent très bien que libéraux et néo-démocrates se sont plutôt opposés à leurs budgets omnibus dans lesquels s’inséraient ses changements.

Ils insistent aussi sur le fait que des députés de l’opposition continuent à aider leurs commettants à faire des demandes de TET. Tous les députés, y compris conservateurs, ont le devoir d’aider leurs électeurs à bénéficier des programmes existants, qu’ils les aiment ou non.

Le vrai problème est que ce programme a pris une dimension démesurée qui ne respecte plus son objectif initial, soit résoudre rapidement (et à court terme) des pénuries urgentes de main-d’œuvre. En ouvrant les vannes, le gouvernement a préparé le chemin pour une distorsion du marché de l’emploi, et ce, au détriment de bien des Canadiens.

Le C.D. Howe Institute a publié une étude la semaine dernière qui montre que cela aurait même contribué, en Alberta et en Colombie-Britannique, à garder le taux de chômage à un niveau plus élevé qu’il ne l’aurait été autrement.

Les conservateurs sentent la soupe chaude et veulent corriger le tir. C’est bien, mais ce gâchis est le leur, et de personne d’autre. Quand on est au pouvoir depuis huit ans, on ne peut plus s’en laver les mains aussi facilement.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Il y a eu un reportage à la télé cet automne, je crois, sur les conditions déplorables de ces travailleurs. Ils devaient accepter n’importe quoi sous menace de se voir retourner dans leur pays et sans espoir de revenir travailler….

Cela devenait de l’exploitation ressemblant à de l’esclavage payer au salaire moinimum !!!! La loi du silence et aucune protection.

Même dans une région aussi éloignée que l’Abitibi, le Mcdo, engagent de ces gens étrangers tout en laissant nos jeunes étudiants (qui veulent travailler) sur le carreau. Des clients en sont fâchés. Cette situation se vit à Amos, Val d’Or, LaSarre. C’est une politique connue des restaurants McDo de la région. Merci de votre attention.

Je ne savais pas que ce programme était si étendu, ayant vu des cueilleurs mexicains sur l’Île d’Orléans. D’apprendre que de grandes institutions engageaient des TETs pour remplacer nos gens m’a laissé pantois.
Merci pour votre recherche, madame.

Hier on rapportait justement que ce programme est en train de détruire les possibilités d’embauche des pilotes d’hélicoptère canadiens, surtout ceux qui ont besoin de faire des heures de vol car les pilotes étrangers coûtent moins cher et ce sont eux que les sociétés aériennes canadiennes recherchent, laissant les pilotes canadiens sans emplois.

La réalité c’est que les conservateurs de Harper obéissent aux compagnies et sont à leur service et le programme est soutenu par les corporations car dans la plupart des cas il permet de réduire les coûts de main d’oeuvre, contrairement à ce qu’ils prétendent publiquement, améliorant les profits de ceux qui prennent avantage du programme. L’exception qui confirme la règle c’est justement la restauration rapide où les étrangers gagnent souvent plus que les Canadiens (qui sont souvent des étudiants) car ils travaillent plus d’heures par semaine et ils restent plus longtemps dans cet emploi, réduisant les besoins de formation des nouveaux employés.

Au début, on parlait d’un programme pour travailleurs non qualifiés, comme par exemple pour aider dans le secteur agricole, ce qui pouvait se justifier mais les conservateurs ont ouvert le programme à tous les secteurs (un pilote d’hélicoptère est certes un travailleur qualifié!) d’où la dérive actuelle. C’est ce qui arrive quand l’idéologie supplante l’intérêt public.

Au même moment que nous acceptons plus de 300,000 étrangers qui viennent travailler à moins cher au Canada, nous avons 1 millions 325 milles chômeurs (mars 2014) et plusieurs centaines de milliers de bénéficiares d’aides sociales. Ce sont des décisions politiques mais aussi celui de compagnies qui sont très négatives économiquement et destructrices pour le tissus sociale du Canada. Les libéraux sont aussi responsables de ce laisser aller.

Enocre une foie les conservateurs blament les autres. Il est très TRANSPARENT notre gouvernement conservateur. Se n’est jamais leur responsabilites et se n’est jamais de leurs fautes. Les conservateurs on double l’embauchage des TET et fois que les TET ont promotion de travail ils peuvent applique comme pour obtenir leur citoyenneté. Alors, les Canadian?

Un autre gâchis du gouvernement Harper. Des élections pour sortir ce gouvernement en déroute qui s’enlise
dans la bêtise dans tous les domaines: Cour Suprême, Ukraine, TET et j’en passe. Assez c’est assez. Il faut trouver
un moyen pour l’évacuer, c’est urgent…

Je ne suis pas étonné de ces chiffres, il serait intéressant de voir l’évolution des TET au Québec. Ce qui est plus inquiétante c’est le manque de coordination inter-ministérielle. Le Ministre canadien de l’immigration, Chris Alexander, annonçait de son côté des mesures accélérées et simplifiées pour immigrants qui seraient dans les emplois dits en pénurie.
http://www.newswire.ca/fr/story/1335851/l-entree-express-offerte-aux-immigrants-economiques-qualifies-recrutement-actif-de-nouveaux-arrivants-talentueux-au-profit-de-l-economie-canadienne?utm_source=linkedin&utm_medium=social&utm_content=4786984
D’un côté on dit diminuer les TET et de l’autre on augmente les entrées sur certains emplois. Selon la liste publiée en février 2014 des emplois comme comptable, ingénieur civil, estimateur en construction, designeur graphique, spécialiste de ventes et autres sont admissibles au traitement simplifié.
certains recruteurs disent avoir de la difficulté à trouvé des soudeurs, des travailleurs dans le secteur minier, des pâtissier?? A mon avis il y a un problème dans le processus de recrutement, de la répartition des chercheurs d’emploi vers les régions en pénurie, de l’attraction des personnes vers les filières en pénurie et de la planification des formations DEP, DEC et universitaire en lien avec le marché du travail.
un gâchis tout court qui nous coûte cher…Jos

Il faut reconnaitre oui que certain employeurs ont abuser du programme, mais l’analyse à faire de ce problème est que si on en est là c’est les textes même du programme qui sont en cause. Je suis travailleur étranger en ce moment, quand on regarde bien les textes oblige les employeurs à donner du temps plein au employés étranger, ce qui faut voir dans cette situation vu qu’il y a pas vraiment de % d »employés permis par employeur, quand je prends particulièrement le domaine de la restauration, c’est pas à tout les jours que ça roule assez bien, des jours tu te retrouve avec une abondance de client puis des jours non, alors lorsqu’on se retrouve dans la situation ou pas de client, l’employeur pour faire des profit va couper du personnel et garder un minimum sur son plancher, alors quoi faire, couper des immigrants pour qu’ils aient moins d’heures que le programme leur oblige de donner ou couper des canadiens, dans un cas ou l’autre un problème existe.
Il y a aussi que dans le domaine de la restauration les emploies restent vraiment pas de premier choix pour beaucoup de gens, alors toujours des démissions et pas toujours de postulant, encore plus grave dans les régions et villes minières. Montréal ou autres grandes villes ont tellement d’étudiant qui vont là le temps des études que jamais vraiment un manque de personnel ne peut y survenir.
Lorsqu’on parle de promotion aux postes élevés je pense pas que je mettrais une personne à un poste si la personne ne répond pas au exigences du poste, donner un poste à une personne parce qu’il est canadien réfléchissez la dessus.

Moi j’ai ete chauffeurs de camion pendant 25 ans et a cause de ce programme moi et plusieurs autres travailleurs Quebecois d’age mure ce sont vu completement pousser hors du marcher du travaille, meme au Mc Do ils ne veulent plus engager les personnes qui sont d’une certaine ages.
C’est trop facile pour les compagnies de faire venir des travailleurs d’autre pays et de les payer moin cher j’espere que ce programme va etre aboli pour que les traivailleur d’age mure et les etudiants puisse se trouver du travaille.

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