Trudeau en Aladdin : un geste raciste?

Est-on devant un geste raciste qui remonte à 2001 ou s’agit-il plutôt d’un manque de jugement de la part du chef libéral? Notre chef de bureau politique Alec Castonguay se pose la question.

Photo : Daphnée Caron

C’est l’une des règles de base en politique lorsqu’une controverse qu’on ne peut pas gagner éclate : on s’excuse rapidement, on fait acte de contrition et on espère que la tempête passe. En politique, exprimer des regrets, c’est l’équivalent de fermer les écoutilles d’un sous-marin en espérant que le temps sera plus clément au moment de remonter à la surface.

Justin Trudeau manœuvre selon ce principe depuis hier soir, en s’excusant de s’être déguisé en Aladdin il y a près de 20 ans, en 2001, dans une fête avec des collègues alors qu’il était un professeur de 29 ans dans une école secondaire en Colombie-Britannique.

La photo, dévoilée par le magazine américain Time, montre un Justin Trudeau souriant, déguisé avec un turban et une tunique, le visage et les bras maquillés en brun ou noir (la photo est en noir et blanc, alors difficile de trancher). L’accusation raciste de blackface a immédiatement monopolisé l’attention — même s’il est loin d’être évident que c’est un véritable cas de blackface. J’y reviendrai.

Photo : La Presse canadienne

En politique, la perception est reine, et les faits secondaires. Si un politicien essaie de s’expliquer et d’amener des arguments pour s’extirper d’une controverse, il est mort, surtout en campagne électorale, où le temps est compté. Il ne fait alors qu’alimenter la tempête.

Est-ce que la photo de Justin Trudeau est un moment décisif de la campagne électorale? Je n’en ai aucune idée. Je vais vous faire une confidence : les journalistes ne sont pas les meilleurs juges de ce qu’on nomme en anglais un «game changer», un retournement de situation important. Nous avons le nez collé sur la vitrine. Nous suivons de près les moindres soubresauts d’une campagne, alors tout nous semble important. Nous manquons parfois de distance pour décoder ce qui remue vraiment les électeurs et peut les amener à changer d’opinion. On le comprend une fois la poussière retombée.

Le temps nous dira si Justin Trudeau peut se remettre de cette histoire.

À gauche, on crie au racisme. À droite, à l’hypocrisie d’un homme qui a bâti sa carrière sur son ouverture à la diversité canadienne.

Et si ce n’était ni l’un ni l’autre?

***

J’ai passé une partie de la nuit à lire sur le phénomène blackface, ce grimage en noir de la part des Blancs. En arrivant fripé au bureau ce matin, j’ai sauté sur le téléphone pour parler avec des spécialistes de l’histoire des Noirs au Canada et aux États-Unis. J’ai discuté avec des penseurs des relations interculturelles.

Premier constat : le blackface est indubitablement raciste. Le terme fait référence aux Blancs qui se déguisent grossièrement en Noirs, en se maquillant le visage pour se moquer des traits afro-américains, que ce soit leur apparence ou leur accent. Il y a un mépris évident et volontaire. Les acteurs du début du siècle précédent qui s’adonnaient à ce vaudeville théâtral à travers les États-Unis (mais aussi au Canada) souhaitaient exhiber la stupidité, la naïveté et l’infériorité de la communauté noire.

Aux États-Unis, ce phénomène est le symbole par excellence de la ségrégation et du dédain de la majorité blanche envers la minorité noire. Il est très associé à l’esclavage. Il n’est donc pas étonnant que le réflexe d’un magazine américain comme Time soit d’y faire référence dès qu’apparaît un homme blanc peinturé en noir. Time projette les difficultés américaines et leur relation historique (et parfois toxique) entre les Blancs et les Noirs de ce pays, même si ces tensions raciales, bien que présentes, ne sont d’aucune commune mesure avec celles qu’on connait au Canada.

Outre cette volonté de ridiculiser les noirs, le blackface contemporain est aussi associé à l’enrichissement des blancs sur le dos des noirs. On profite d’une certaine vulnérabilité pour faire de l’argent. On préfère embaucher des blancs pour personnifier des noirs, comme s’ils étaient incapables de jouer leurs propres rôles. La controverse du Bye Bye 2013, lorsque Joël Legendre s’est déguisé en Gregory Charles, entre dans cette lignée. C’était la première fois, au Québec, que la réalité blackface était portée à l’attention du grand public.

Deuxième constat : le déguisement d’Aladdin de Justin Trudeau en 2001 ne correspond pas à ces deux critères.

Il est dans une soirée costumée privée avec des amis et collègues, il n’est pas dans une pièce de théâtre ou un film en train de prendre la place d’un noir ou d’un arabe. Il ne prive personne d’un rôle ou d’un revenu.

Ensuite, il ne personnifie pas un noir pour rire de lui ou se moquer de son apparence ou de sa situation. Il incarne un personnage fictif de Disney, Aladdin, puisque la soirée avait pour thème les «Mille et une nuits». Le contexte a une importance.

(J’exclus volontairement la vidéo anonyme tournée au début des années 90 et rendue publique par le Parti conservateur, alors que Justin Trudeau était à l’école secondaire, dans un contexte de jeunesse où le phénomène du blackface pour un adolescent québécois de l’époque était certainement assez abstrait.)

« Justin Trudeau n’a pas posé un geste raciste », affirme Rachida Azdouz, psychologue et spécialiste des relations interculturelles à l’Université de Montréal, qui est l’auteure de nombreux livres sur le vivre ensemble. « On ne doit pas crier au racisme à tout vent, parce que ça minimise le vrai racisme. » Il faut également se garder de juger avec nos yeux de 2019 un geste posé en 2001, où la sensibilité à ces questions (avant le 11 septembre 2001 et l’affaire du Bye Bye en 2013) n’était pas aussi présente.

Les penseurs et professeurs à qui j’ai parlé sont du même avis que Rachida Azdouz. Le phénomène est amplifié par une grille d’analyse très américaine, particulièrement au Canada anglais, où l’on baigne dans la culture de nos voisins du sud.

La Ligue des noirs du Québec s’est d’ailleurs portée à la défense de Justin Trudeau. « La Ligue des Noirs du Québec invite le premier ministre à ne plus répondre aux questions, car, pour nous, il ne devrait pas faire des excuses. Moi-même, je me suis déguisé pour jouer le rôle de Jules César dans la pièce de Shakespeare. Pour nous, ce débat est une tempête dans un verre d’eau », peut-on lire dans un communiqué transmis aux médias par le président de la Ligue, Dan Philip.

Le chef libéral n’a pas tenté de minimiser l’importance de son erreur, soulignant qu’elle a certainement « blessé des gens qui pensaient que j’étais un allié, et j’espère qu’ils me considèrent encore comme un allié contre la discrimination », a-t-il dit aujourd’hui.

Justin Trudeau s’est excusé, c’était la bonne chose à faire. Mais à qui exactement? La réponse n’est pas évidente, ce qui illustre la complexité du cas. Aux musulmans? « Il n’y a aucune preuve qu’Aladdin était musulman. Dans l’histoire, il est arabe, perse ou indien, mais on n’en sait guère plus sur sa confession religieuse », dit Rachida Azdouz. On ne sait même pas s’il était noir, en réalité. « Il vient des quartiers populaires de la ville fictive d’Agrabah, qui pourrait être à Bagdad en Irak ou Agra en Inde. Il est possible que sa peau soit très foncée, mais probablement pas autant que Justin Trudeau sur sa photo. »

La spécialiste soutient qu’il y a d’ailleurs une approximation dans le costume de Trudeau : Aladdin étant pauvre avant la découverte de la lampe merveilleuse, il ne portait peut-être pas de turban richement orné comme Justin Trudeau l’a représenté. « Il n’était finalement pas très ressemblant! »

Est-ce à dire que Justin Trudeau n’a commis aucune faute en 2001? Rachida Azdouz ne l’exonère pas complètement pour autant.

Justin Trudeau est le fils de Pierre Elliott Trudeau, le père du multiculturalisme canadien. « Il a grandi dans un environnement familial où la connaissance de l’autre est importante. Il a voyagé avec son père, il est censé avoir une compréhension plus fine de ces questions de diversité, une sensibilité plus grande pour éviter les stéréotypes. Son habillement lors de cette fête témoigne d’une superficialité, d’une ignorance et d’un manque de maturité à l’époque, dans un contexte scolaire, qui me surprend », dit-elle.

C’est là que le bât blesse.

Personne ne va sérieusement croire que Justin Trudeau est un raciste caché dans un placard depuis des années et qui serait aujourd’hui révélé au grand jour. Tout pointe dans la direction inverse : son conseil des ministres très diversifié, son discours de tolérance qui frôle la moralisation, les investissements de son gouvernement pour aider les communautés culturelles, son combat contre l’islamophobie (quelqu’un a dit « motion M-103 » dans la salle?), ses nombreuses visites de lieux de culte, la stratégie nationale contre le racisme et l’intolérance, les 25 millions de dollars dédiés aux jeunes de la communauté noire… Son bilan, en ce sens, est presque exemplaire. Trop, même, aux yeux de certains électeurs et commentateurs bien campés à droite.

Justin Trudeau est toutefois vulnérable sur son jugement. Son voyage en Inde. Son séjour sur l’île de l’Aga Khan. Sa gestion de l’affaire SNC-Lavalin, où il a mal pris la température de l’eau, a tardé à faire acte de contrition et où il aurait dû expulser plus rapidement ses deux députées en révolte.

Un professeur de 29 ans qui se rend à une fête, même privée, avec un tel déguisement entre dans cette catégorie, même s’il était plus jeune et n’était pas une personnalité publique qui doit donner l’exemple. « C’était une terrible idée. Je n’ai pas été à la hauteur de ce que j’attends de moi-même », a soutenu Justin Trudeau en point de presse aujourd’hui, ajoutant que c’est « embarrassant ».

Il ne faut évidemment pas que les erreurs de Trudeau, même si ce n’est pas du racisme dans le contexte de cette photo, banalise ce type de déguisement tendancieux, maintenant qu’on est davantage conscient du symbole qu’il porte.

Jagmeet Singh et Andrew Scheer devraient délaisser leurs attaques sur le racisme et se concentrer sur le jugement de Trudeau. (D’ailleurs, le chef conservateur estime qu’une personne qui s’excuse est pardonnée, si on se fie à ses commentaires concernant ses candidats aux propos passés désobligeants, ce qui veut dire que cette logique devrait s’appliquer aussi à Justin Trudeau, non?) Lorsque le chef du NPD affirme, comme ce matin, qu’il ne sait pas s’il voudra serrer la main à Justin Trudeau avant le débat des chefs en raison de cette photo, c’est du gros n’importe quoi.

C’est Yves-François Blanchet qui a eu la bonne réaction en disant que Trudeau n’est pas raciste — sa taloche sur sa compétence me semblait toutefois inutile; s’en abstenir lui aurait donné plus de hauteur, ce que les électeurs apprécient.

La capacité d’une caravane électorale à réagir aux imprévus et à se sortir du pétrin peut faire la différence entre une victoire et une défaite. C’est un élément essentiel d’un marathon électoral. François Legault a survécu à une campagne difficile en 2018 parce qu’il a su rebondir. Le test s’applique maintenant à Justin Trudeau.

Le chef libéral mise beaucoup sur son image depuis qu’il est en politique. Elle est une fois de plus égratignée. Va-t-il périr par la même arme que celle qui l’a porté au pouvoir? Une chose me semble claire : les costumes, c’est bel et bien terminé pour Justin Trudeau.

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19 commentaires
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Tout ce qui est sorti sur Justin Trudeau….vient sûrement des Conservateurs… je dirais plus, vient de Andrew Scheer. Ce dernier s’empressera sûrement de demander la démission de Justiin Trudeau afin de lui laisser la place comme Premier Ministre du Canada….dont il rêve depuis son entrée en politique.

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Monsieur Castonguay, très bon article. Par contre, comme journaliste, j’aurais la curiosité d’aller voir mes amis Américain au TIME pour savoir si la photo vient du Canada ou bien s’il y a des attachés politiques Américains qui aurait transmis cette photo au TIME, parce que si les Américains au pouvoir veulent jouer ce jeu, ce serait bon de le savoir pour ne pas se retrouver comme eux en 2016 avec un gouvernement étranger qui vient se mêler et interférer dans notre campagne électorale.

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Excellent commentaire Mme Trudel votre interrogation est très pertinente…allez
les journalistes fouillez et trouvez la réponse.
Aussi je me demande qui sont les conseillers de M.Trudeau qui l’emmènent à faire des excuses pour tout et pour rien et a lui donner une image de braillard.
Est ce que Trump avait raison en le qualifiant de faible ?
Un chef qui a une « colonne vertébrale « s’explique clairement,assume,et passe à autres sujets très importants pour le Canada

Ce qui pour moi est une source d’interrogation, ce n’est pas la couleur de la peau de monsieur Trudeau lors d’une fête costumée, c’est plutôt son goût assez prononcé pour les déguisements. Il n’est rien d’illégal ou de « contre-nature » dans tout cela et rien qui disqualifie la personne pour occuper le poste de premier magistrat.

Cependant, ceci jette une impression — lorsque conjuguée avec d’autres affaires -, que monsieur Trudeau manque quelquefois de bon jugement. Le manque de bon jugement ne disqualifie pas non plus la personne pour la charge qu’elle doit supporter.

Néanmoins cela fait porter une ombre sur le personnage, ce qui devrait inciter les électeurs et électrices à éprouver un doute sur la politique qu’il entend mener pour les 4 prochaines années. Cela devrait pousser les citoyennes et citoyens à lire plus attentivement les propositions faites par l’ensemble des partis et s’assurer que tout ce qui peut paraître un peu trop beau relève un peu trop souvent de quelque forme de travestissement. L’histoire d’Alladin et de sa lanterne magique nous rappelle curieusement tout cela.

— J’aimerais ajouter ceci :

Alec Castonguay écrit : « Justin Trudeau s’est excusé, c’était la bonne chose à faire. Mais à qui exactement? La réponse n’est pas évidente, ce qui illustre la complexité du cas. Aux musulmans? « Il n’y a aucune preuve qu’Aladdin était musulman. »

Ce qui requière par notre lanterne d’apporter quelqu’éclaircissement.

Si l’on se réfère aux « Mille et une nuit », Aladdin qui s’est emparé d’une lampe contenant un génie — ce qui lui confère une grande puissance -, il fait demander par ses parents la main de la princesse Badroulboudour qui est la fille du Sultan.

L’histoire prend place officiellement dans la capitale d’un royaume de Chine. Concrètement c’est de l’empire mongol dont il est question.

Si nous nous référons aux faits historiques, le terme de Sultan est directement issu de l’empire ottoman, c’est le nom qui est donné aux monarques musulmans depuis l’an mille de notre ère. À cet effet Aladdin est sujet d’un royaume musulman.

Nonobstant, les origines de l’œuvre et ainsi d’Aladdin sont assez complexes à définir en effet, la probabilité est qu’il serait plutôt qu’arabe d’origine asiatique ou indo-européenne. Force est de noter que l’islam a largement franchi les frontières de l’Arabie. Cela était déjà vrai aux 12ième et 13ième siècle de notre ère.

La question est de savoir si l’histoire des Mille et une nuits telle qu’elle nous est arrivée, est l’histoire originale écrite en arabe par des copistes Syriens du 14ième siècle ou une transposition d’une histoire plus ancienne qui pourrait remonter d’aussi loin que le 3ième siècle, racontée par les Persans puis retransmise par les Macédoniens sous l’empire d’Alexandre le Grand ?

Le choix d’un costume est souvent révélateur de la psyché de celui qui le porte. C’est par la rétention d’un pouvoir qui le dépasse qu’Aladdin parvient à ses fins.

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*** Erratum :
Une erreur s’est glissée dans mes propos. J’attribue une hypothétique transmission de ces contes arabes aux descendants de l’empire d’Alexandre le Grand. Étant donné que son empire remontait au 4ième siècle avant JC, il est assez improbable que ces contes placés par les auteurs des Mille et une nuits dans le 3ième siècle après JC aient été transmis (sauf peut-être par quelque magie) par les Grecs ou les Macédoniens environ 7 siècles plus tôt.

Pour cette erreur, je présente mes excuses à toute la population….

Cher Monsieur Drouginsky,

Vos excuses « à toute la population » m’ont bien faire rire!

Merci

Mais que se passe-t-il donc dans l’Eden du plusmeilleurpays pour qu’on se mette soudain à fouiller dans la boîte à composte du jardin?

Moi, ce qui me met en colère, ce n’est pas les comportements « adulescents » de notre prêcheur de la foi multiculturaliste, c’est le mimétisme américain qui s’est emparé des classes politique et culturelle au Québec et au Canada: blackface, brownface, appropriation culturelle…

La gogauche montréalaise ne se tartine plus qu’avec la marmelade des universités et plateaux de tournage américains. Plus un commentateur québécois n’est capable de parler de nous ici sans tomber dans le « comme on dit en anglais » . C’est le passeport américaino-culturel indispensable pour commenter à Radio-Canada, maintenant le haut-parleur de l’idéologie ambiante.. Pas possible de faire sentir sa pensée si on ne pète pas sa petite citation dans la langue des autres.

On s’en ta… de cet édoniste postnational adepte des plaisirs exotiques de riche. Ce qui devrait nous déranger, c’est notre propre propension à banaliser sa superficialité et son incapacité à nous ressembler un peu. Juste un peu. Lui, ce Montréalais, ce french canadian, le fils de.

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Au lieu de me parler des déguisements de Trudeau d’il y a 20 ou 30 ans, je préfèrerais que l’es Chefs me présentent les problèmes actuels au Canada et les solutions qu’ils envisagent mettre en place.Un vrai Chef ne dénigre pas ses adversaires avec des évènements antérieurs qui à cette époque n’était même pas douteux. SVP parlez-moi de l’avenir, le passé je m’en fou. Surtout parlez-moi intelligement.

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C’est très bien de penser et de parler de l’avenir, mais si on se fout du passé, on risque fort de rater l’avenir, car le passé en est garant. Celui qui oublie son histoire, risque de répéter les mêmes erreurs et ainsi être dans un perpétuel recommencement. On appelle ça ¨la sagesse¨.

Tout un drame pour un déguisement de soirée ou de théâtre . Nous avons tous vécu cela se déguiser à l’Halloween, où une soirée entre amis. Ce n’est pas se moquer d’une autre nationalité. Nous aimons parfois changer notre personnage, nous imaginer que nous sommes quelqu’un d’autre. La société est devenue très critique…

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Je ne dirais pas que la société est devenue critique, mais plutôt qu’elle est devenue profondément malade. Vous avez mille fois raison en disant que nous nous sommes tous déguisés en quoique ce soit, noir, chinois, indien, nommez les. Et tout ça sans aucune méchanceté.
Ne mangez plus de miel, ne buvez plus de lait, vous volez de pauvres animaux innocents.
Ne mangez plus de viande, vous tuez des animaux; ne coupez plus de bois pour vous chauffer, vous déforestez la terre ; ne respirez plus, vous dégagez du CO2. Ne vivez plus, vous détraquez la planète.
Et après, on se demande pourquoi le monde est de plus en plus cinique !

Le plus triste dans cette histoire c’est qu’on banalise le mot racisme et on le lance à toutes les sauces. Or, le racisme c’est sérieux et ça mène souvent à des abus et des crimes extrêmement graves. Dans le passé cela a mené aux pogroms et à la Shoah, alors faudrait se garder une petite gêne et tourner sa langue 7 fois avant d’utiliser ce mot. Malheureusement, les journalistes sont souvent complices des politiciens qui font des discours à l’emporte-pièce, lançant des accusations gratuites, voire fausses, dans le but de discréditer l’adversaire – c’est plus facile que d’essayer de vendre leur salade. Certains journalistes se font les truchements de ces politiciens sans réfléchir au fait qu’ils colportent souvent des faussetés ou des médisances.

Le passé étant garant de l’avenir, il n’y a rien de mal à parler d’incidents marquants mais encore faut-il le faire en contexte. Le Canada de 2001 n’était pas aussi inféodé à la politique américaine ni à son histoire qu’il ne l’est aujourd’hui, surtout au Canada anglais. Il fait peu de doutes que les conservateurs sont étroitement liés aux républicains américains et qu’ils apprennent à faire de la politique avec leurs maîtres ! Il faudrait peut-être regarder le dossier complet du candidat Trudeau pour juger, pas sur la base d’un ou deux incidents. M. Trudeau a un dossier beaucoup plus positif en matière de rapports avec les communautés culturelles – c’est son jugement qui devrait être remis en question quand on considère les promesses brisées (la proportionnelle etc.) et les erreurs flagrantes de jugement dans les affaires Aga Khan et SNC Lavalin. Ensuite on pourra comparer avec les dossiers des autres chefs de partis et se faire une idée sur qui est le plus qualifié pour diriger le pays, compte tenu des plateformes des partis.

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D’abord, différence entre ce qu’on A pu faire ou dire à 20, 30 ans, et ce qu’on est, (a) dit ou fait à partir de 40 ans, tout récemment ou en ce moment même… Il n’y aurait jamais d’amendement ou de réintégration sociale possibles, s’il fallait faire prévaloir un plus ou moins lointain passé sur l’ensemble d’un cheminement, plus large ou, surtout, plus récent, se rapprochant davantage de l’aujourd’hui. (Ceci dit, sous toutes réserves bien sûr de cas où, soudainement, apparaissent de sordides crimes commis il y a longtemps, jusqu’alors ignorés, pour lesquels celui les ayant commis n’a jamais «payé» et à cause desquels d’autres personnes, elles, ont souffert).

Puis, cette question d’auto-accusation-auto-flagellation-et-contrition-repentance-à-l’américaine/[‘puritaine’]-grand-public. Bien, on n’est pas obligé, vraiment pas, de s’adonner à ce ‘genre’. Qui fait cinéma. Pauvre, piètre, faux. Pourquoi ne pas en visionner sous peu plutôt du bon, du riche, du vrai, tel l’Antigone de Sophie Déraspe? Ne serait-ce pas là un bien plus sensé et fécond « investissement »?

Le député de Papineau n’a/n’est sans doute pas « la tête à Papineau » et n’a pas la profondeur du ‘Père’. Mais côté coeur? Côté attitude vis-à-vis l’Autre?

Il y a quatre ans, il disait vouloir favoriser une croissance non plus du haut vers le bas, mais dorénavant « from the heart outwards ». Or, « les grandes pensées viennent du coeur »…

Il y a 11 ans, il avait dit qu’advenant l’existence d’E. T. et son arrivée en terre canadienne, « la Charte […] s’appliquerait à [lui], comme elle le fait pour tous les Canadiens, sans aucune considération à l’égard de […] [l’]origine ».

Peut-il y avoir moins raciste!? Car ne peut-on reconnaître ou évaluer l’attitude et l’aptitude d’accueil ainsi que le traitement adéquat ou pas de l’autre ou de l’altérité, à la façon de représenter, d’appréhender, de configurer ou de projeter le plus Autre possible imaginable, même virtuel?

Eh bien, comme quoi ce Trudeau en « dépasse » peut-être bien d’autres à ce titre, deux ans après cet énoncé sien «pro-E.T.», aura été suggéré par un invité spécial, lors d’une grand-messe dominicale (TLMEP/2010/10/10)*, d’abattre l’E. T. qui se présenterait inopinément chez soi, («le tuer» [sic]), sitôt aperçu le cas échéant. Inéditissime «suggestion» eu égard à laquelle il s’en sera trouvé infiniment peu pour répondre qu’il pourrait ne pas être trop trop approprié ou bienséant de faire ça. Comme ça.

Le « vrai » Trudeau? Bien, psychanalyse exclue, l’actuel-«actual» Trudeau serait-il l’extrêmement dangereux personnage décrit et décrié véhémentement par une dame à ‘Fabi la nuit’ (semaine passée), parce qu’il aurait fait et continuerait de faire entrer en masse au pays toutes sortes de monde; ou un étourdi s’étant adonné et s’adonnant parfois encore à des gamineries (telles se peinturlurer ou débouler des escaliers)?

Non. Ce semble invraisemblable. Le Trudeau, profond, devenu, le plus plausible, le plus «probable», doit bien être plutôt celui qu’on «obtient» en apposant celui qui se disait prêt à non seulement accueillir l’éventuel tout/très Autre d’ailleurs, mais à lui accorder en sus les mêmes droits qu’aux «‘nôtres’ – d’ici»; à celui qui, depuis qu’il est PM, manifeste in concreto vouloir en accueillir et en non-discriminer le plus possible d’autre monde. Différent. Et pas pour en rire.

* À cette séance était présent, entre autres, notamment un ex-éminent collaborateur en chroniques aussi fines et exhaustives qu’étoffées et nombreuses de lactualite.com, J.-F. Lisée.

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Un éditorialiste titrait récemment qu’ils/elles l’avaient bien cherché. On peut dire la même chose eu égard au Trudeau new Way. N’est-ce pas ce qu’on veut: de la politique spectacle-divertissement? Ne trouve-t-on pas ça ‘lourd’ («heavy») ou oiseux des enjeux ou débats studieux-sérieux, complexes?

Harper reconnaissait avec un sourire, il y a une quinzaine d’années, que la belle Belinda Stronach avait suscité plus de «glamour» que lui n’eût jamais pu le faire. Eh bien, maintenant on y est. En politique, ce doit être lisse et ‘facile’ («easy»). Voire drôle ou sexy. Et préférablement l’un et l’autre. Ludique.

Or, n’est-ce pas là justement le style Trudeau? N’évoque-t-il pas la chanson, celle canadienne comme celle américaine: « The best thing about being a woman is the prerogative to have a little fun » & « Girls just want to have fun » ?

La politique, le politique, aujourd’hui, doivent être, autant que possible, tout ça: easy, funny, sexy, glamour.

Ce n’est pas psychologique, c’est sociologique. Pas convaincu.e.s?

Eh bien, en vérité, on est passé de la « nation canadienne » du Père à l’ère post-nationale du Fils.
On est passé d’un temps où la Charte avait vie belle et forte à un aujourd’hui où celui à qui incombe le plus de la promouvoir se fait dire que ce n’est pas de ses affaires. Pour qu[o]i donc, alors, s’évertuerait-il à être sérieux et conséquent, si ce pourquoi il est là, le national, l’international et l’interne-national, il lui faudrait prendre bien garde de s’en (pré)occuper le moindrement, sinon malheur!?

Ah, on ne veut pas que ce soit « plate » la politique, le politique? Pourtant, sociologiquement, c’est exactement là où on en est rendu. À son, à leur aplatissement. Mur à mur. Il n’y a plus ni profondeur ni altitude. Plus de différenciation. Tout devient horizontal. On veut une classe politique « à ‘portée », ‘proche’ et semblable à soi? On l’a. On prise l’immédiateté, on chérit l’instantanéité? On les a. Sauf que…

Ce n’est pas ainsi que se conçoivent, s’élaborent et se mettent en oeuvre des politiques valables et durables.

Comme disait l’autre, on l’a bien cherché. On l’a.

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Puis, en fin compte, est-ce « un bon p’tit gars », ce Justin, comme dit ma mère; ou serait-ce plutôt un fourbe hypocrite manipulateur à la limite de l’escroc? La question de pose, à la fin, puisque tout indique que ce sera bel et bien là « la question de l’urne »: peut-on avoir confiance en ce Trudeau second ou ne se voue-t-on pas à se faire avoir ce faisant?

Peut-être éminemment moins bon que beau gars? Hum… Rien ne servirait de le nier, son apparence, son ‘look’ est probablement ce qui aura été le plus déterminant pour le ré-avènement au pouvoir du PLC il y a quatre ans. Et si le 21 prochain ce n’est plus cela qui l’est, une modalité du même phénomène n’en serait pas moins encore en cause. Et peut-être décisivement, encore. Soit l’aptitude à séduire ou charmer, à plaire et se faire aimer. Indépendamment de qui l’on est, de ce que l’on fait, de ce dont on a l’air ou de ce que « le monde » en pense… Considérez seulement le « phénomène » Trump d’l’aut’bord. A-ce rapport à la raison? À l’amour de la vérité?… Ou à quelque ‘amour’ tout court? Il y en a qui, saint ou voyou, « pognent », qu’on aime quand même. Point. C’est tout.

Les spécialistes de la chose l’affirment, ce qu’a fait Trudeau n’était pas raciste. Et les gens le connaissant ou l’ayant observé au cours des dernières années ou décennies sont formels: lui-même ne serait pas raciste. Alors, de quoi se plaint-on donc?…

De son immaturité, surtout, de son manque de jugement, souvent, de sa superficialité, son manque de profondeur. Tout vrai. « Normalement », qqn de la sorte n’aurait jamais dû accéder à la fonction de PM d’un si grand pays. Mais on n’est pas dans une « passe » « ‘normale’ », justement. Notre monde pense et vit irrationnellement. Va au gré d’émotions et de ‘feelings’ à la p’tite semaine ayant peu à voir avec la sagesse. C’est comme ça. « Que voulez-vous? », comme répétait un ex-PM.

Se répète également actuellement un phénomène bien connu. Au Québec, on n’appréhende ou ne perçoit pas la chose comme au… Canada. Il en serait de la différence séculaire entre ces deux entités comme de celle entre hommes et femmes, au chapitre des perceptions, Justin alléguant que celles-ci différeraient suivant les sexes? Dans les deux cas, c’est vrai.

Si au Québec on « comprend » ou voit la chose différemment, ce n’est pas ‘nécessairement’ parce qu’on y serait plus dévoyé.e.s ou de ‘petite vertu’; ni parce qu’on y serait plus « avancé.e.s » ou plus… « arriéré.e.s ». Différent seulement.

Enfin, n’est-il pas fascinant de constater à quel point l’observation nietzschéenne stipulant que le plus grand mal soit nécessaire pour le plus grand bien semble avérée? Voyez, par exemple, ce Père Trudeau. Auteur et du bill omnibus, de l’État qui n’a pas d’affaire dans les chambres à coucher, d’une libéralisation vis-à-vis l’avortement et l’homosexualité, de l’abolition de la peine de mort; et de… la proclamation de la loi sur les mesures de guerre. Personnage si complexe et divers qu’auront émané à sa mort d’un même parti (PQ) des commentaires diamétralement opposés à son sujet. C. Charron en disant qu’il aura probablement été le plus grand PM canadien du XXe siècle; C. Morin répondant que ceux énonçant semblables opinions participaient au « carnaval des hypocrites ».

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@ Denis Beaulé,

Lorsque vous écrivez ceci : « Enfin, n’est-il pas fascinant de constater à quel point l’observation nietzschéenne stipulant que le plus grand mal soit nécessaire pour le plus grand bien semble avérée? »

Vous faites référence à la phrase suivant expurgée de « Ainsi parlait Zarathoustra (1885) » qui est la suivante : « Le plus grand mal appartient au plus grand bien : car c’est lui qui est créateur. »

Pour bien comprendre ce qu’écrit Nietzche, il faut bien sûr replacer cela dans le contexte de l’ouvrage mais encore d’œuvres antérieures comme « La généalogie de la morale » ou postérieures : « Par-delà le Bien et le Mal ».

Ainsi Nietzche excelle-t-il en l’art des aphorismes. En sorte que ce qu’il faut regarder, ce n’est ni le bien, ni le bien ni le mal mais le créateur. En la sorte Nietzsche ne stipule-t-il rien du tout, il soumet à l’intelligence humaine la profondeur de sa pensée et de ses réflexions.

L’histoire factuelle nous a démontré que la compréhension de l’œuvre de Friedrich Nietzche fut loin d’avoir toujours été comprise et interprétée de la bonne façon.

Est-il possible que comme dans la tragédie grecque, le maquillage soit un masque sous lequel se trouve la souffrance d’un véritable être humain ? Est-il un mal plus grand que la condition humaine (animal supérieur) qui ne dispose finalement que d’un contrôle extrêmement limité sur sa destinée et son temps ?

C’est du chapitre « Le convalescent » d’« Ainsi parlait Zarathoustra » qu’est tirée ma citation :
« le plus grand mal est nécessaire pour le plus grand bien de l’homme » […] le plus grand mal est la meilleure force de l’homme […]; il faut que l’homme devienne meilleure et plus méchant » (traduction de Maurice Betz)

En la traduction ultérieure de Goldschmidt*, ça se lisait plutôt comme suit:
« ce qu’il y a de pire en l’homme est nécessaire pour [qu’advienne] ce qu’il y a en lui de meilleur, […] ce qu’il y a de pire en lui est sa force [en italiques] la meilleure
[…] l’homme doit devenir et meilleur et [en italiques] pire.

* Il y a eu un numéro spécial / hors série très intéressant du Point consacré à Nietzsche, il y a une demi-douzaine d’années, en lequel Goldschmidt était interviewé par François Gauvin.

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