Trudeau et l’Ouest : une vieille entrevue qui risque de le hanter longtemps

De toute évidence, personne dans le camp Trudeau ne l’avait venu venir. Jeudi, l’agence QMI a découvert une entrevue que M. Trudeau a accordée il y a deux ans aux Francs-tireurs, à Télé-Québec. La dépêche a rapidement fait le tour de la colline parlementaire et la joie des conservateurs. Voici pourquoi.

M. Trudeau explique dans cette entrevue comment il tente de convaincre les souverainistes de sa circonscription de travailler avec lui (un élément de contexte que QMI ne précise pas, ni à peu près aucun autre média). Ce qu’il affirme dire aux souverainistes est toutefois rapporté: «Le Canada fait dur maintenant parce que c’est des Albertains qui contrôlent notre agenda communautaire et socio-démocratique et ça marche pas».

Patrick Lagacé lui demande alors si le Canada est mieux servi quand davantage de Québécois sont au pouvoir que d’Albertains, il répond : « Je suis libéral, alors c’est sûr que je pense que oui. Certainement, quand on regarde les grands premiers ministres du 20e siècle, les seuls qui ont vraiment tenu le coup, c’était des députés du Québec. […] Ce pays, le Canada, est à nous.»

Renversez l’équation et imaginez un Albertain disant l’inverse, ce serait le tollé. Et bien, c’est le tollé dans l’Ouest en ce moment. Un feu de brousse que les conservateurs attisent avec un plaisir non dissimulé.

L’affaire ne pouvait survenir à un pire moment pour les libéraux. Des élections partielles ont lieu lundi, dont une dans Calgary-Centre où les libéraux avaient rétréci l’écart avec les conservateurs. De plus, les multiples gestes posés par Justin Trudeau pour charmer l’Ouest du pays commençaient à porter fruit. Son appui, lundi, à la prise de contrôle de Nexen par la société d’État chinoise CNOOC lui avait d’ailleurs valu bonne presse en Alberta et les éloges de plusieurs chroniqueurs, ce que je relevais dans mon billet précédent.

Cette unique entrevue réveille d’un seul coup les doutes que bien des gens dans l’Ouest, en particulier en Alberta, entretiennent depuis des décennies à l’égard des libéraux fédéraux. Que doivent-ils croire? Ce que disait Justin Trudeau il y a seulement deux ans ou ce qu’il affirme aujourd’hui alors qu’il sollicite leurs appuis pour accéder à la direction du Parti libéral du Canada?

Justin Trudeau s’est excusé aujourd’hui. Il a reconnu s’être mal exprimé, d’avoir pris un «raccourci», lui qui visait les conservateurs de Stephen Harper et non les Albertains. Il se défend aussi en disant que les conservateurs sont désespérés pour exploiter ainsi une citation vieille de deux ans.

Ce dernier argument fait sourire de la part d’un député dont le parti a consacré toute une journée d’opposition à dénoncer les projets de loi budgétaires fourre-tout en s’appuyant sur une citation de Stephen Harper datant de… 1994.

Si les libéraux font moins bien qu’espéré dans Calgary-Centre, plusieurs n’hésiteront pas à en attribuer la faute à Justin Trudeau et, dans une moindre mesure, à son collègue David McGuinty qui a aussi mis le parti dans l’embarras cette semaine. Il a affirmé que certains députés albertains défendaient avant tout les intérêts des pétrolières de leur province et qu’ils feraient mieux, par conséquent, de retourner en Alberta pour se présenter au provincial. Il a tenté de limiter les dommages en démissionnant mercredi de son poste de porte-parole en matière d’énergie et de ressources naturelles, mais les conservateurs refusent de lâcher le morceau.

La controverse entourant M. Trudeau est plus grave cependant car elle peut avoir davantage de conséquences. Sur sa campagne à la direction du parti d’abord car bien des libéraux vont, à la lumière de ces déclarations passées, s’interroger sur son jugement et se demander si d’autres fantômes du genre se cachent dans ses placards. On surveillera aussi sa façon de gérer cette première crise de sa campagne.

Cette histoire peut aussi hanter le parti lorsque viendra le temps d’aller aux urnes en 2015, que M. Trudeau soit élu chef ou non. Les conservateurs sont passés maîtres dans l’exploitation des faux-pas de leurs adversaires. Et ils ont la mémoire longue, sortant de leur besace encore aujourd’hui des déclarations faites il y a presque dix ans. Ils ne se priveront pas de rappeler celles-là à la mémoire des électeurs de l’Ouest.

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Si je me souviens bien, Justin déboulait l’escalier à la fin de l’entrevue. Vous voyez ca PM du Canada?

À jack2:
Son père a toujours fait des pitreries et personne ne peut nier qu’il a été un grand premier ministre.
J’aime cent fois mieux un gars qui sait faire le clown qu’un « pogné » comme Harper. Les personnes bien dans leur peau sont bien moins dangereuses.

Si un type peut devenir PM de ce pays après avoir dit une chose pareille, c’est le pays au grand complet qui fait dur.

C’est d’autant plus pitoyable que si ce n’était de la croissance en Alberta le Canada serait en récession quasi permanente.

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