Trudeau et Mulcair sortent perdants de la lutte contre le terrorisme

L’opposition est en retard d’une guerre. Nous ne sommes plus en 2003, au plus fort de l’opposition à l’intervention militaire en Irak. 

PolitiqueLe gouvernement Harper a récemment présenté en Chambre le projet de loi C-51 pour renforcer la lutte contre le terrorisme. Il compte le faire adopter rapidement.

Ottawa propose, entre autres, de donner plus de pouvoirs à la GRC et au Service canadien renseignement et de sécurité, notamment en ce qui a trait aux arrestations préventives et aux interdictions de voyager en avion. De plus, le gouvernement fédéral criminaliserait la préconisation ou l’incitation au terrorisme.

Certaines mesures du projet de loi ont suscité des critiques — par exemple, celles d’un groupe composé notamment d’anciens premiers ministres et de juges retraités de la Cour suprême. Ceux-ci estiment que de meilleurs mécanismes de contrôle doivent être mis en place pour contrebalancer les pouvoirs additionnels que le gouvernement veut octroyer aux forces de l’ordre. D’autres soulignent que celles-ci disposent déjà de larges pouvoirs, dont certains ne sont même pas utilisés.

Naturellement, l’opposition a critiqué le gouvernement. Le NPD juge que les libertés civiles sont menacées par le projet de loi, et il votera contre celui-ci. Les libéraux comptent appuyer le gouvernement, mais proposeront des amendements. Sauf que les rouges ont déjà indiqué qu’ils voteraient avec les conservateurs quoi qu’il advienne.

Minimalement, le gouvernement Harper devrait prendre son temps plutôt que d’avancer à toute vapeur, comme il le fait en ce moment. Il y a beaucoup de choses à soupeser, et les implications sont larges. Sans retarder indûment les choses, il ne faut pas non plus les précipiter.

Les conservateurs peuvent toutefois s’appuyer sur l’immense popularité de leur proposition pour justifier leur démarche. Selon un récent sondage, pas moins de 82 % des Canadiens y sont favorables. À l’approche des élections, les troupes de Stephen Harper ne se gênent pas — surtout que les libéraux et les néo-démocrates peinent toujours à asseoir leur crédibilité sur les questions de terrorisme et de sécurité nationale. Leurs prises de position dans les derniers mois ont été au mieux loufoques, au pire carrément irresponsables.

Pas plus tard que l’automne dernier, les deux principaux partis d’opposition à la Chambre des communes ont voté contre la participation du Canada à la mission militaire contre l’État islamique en Irak, laquelle mise essentiellement sur la force aérienne.

Pour le NPD, l’emploi de la force par le Canada aux côtés de ses alliés est à proscrire. Il faut miser sur l’aide humanitaire. D’où cette question : si l’emploi de la force n’est pas justifié devant l’État islamique — qui pratique le génocide et l’esclavage, en plus de décapiter et de brûler vivantes ses victimes tout en déclarant la guerre à l’Occident et en incitant ses sympathisants au terrorisme —, dans quelles conditions est-il alors justifiable de recourir aux armes ?

Les néo-démocrates me font ici penser aux pacifistes britanniques de l’entre-deux-guerres. Devant la montée du nazisme, ceux-ci prônaient le désarmement et dénonçaient les faibles dépenses militaires de leur pays. Leurs attaques ont mis le gouvernement conservateur sur la défensive, et cet aveuglement idéologique a contribué à la catastrophe que l’on sait.

Mais le plus surprenant a été la réaction des libéraux. Justin Trudeau, dont le parti avait jadis pris la décision de participer à la guerre en Afghanistan, a lui aussi proposé de recourir à l’aide humanitaire. Dénonçant les frappes aériennes, il y a vu une volonté perverse du premier ministre d’«exhiber nos CF-18 pour montrer à quel point ils sont gros».

Cette déclaration irréfléchie est révélatrice du manque de jugement de l’aspirant premier ministre. Elle est à mettre sur le même pied que sa réaction au moment des attentats de Boston, en 2013. Trudeau s’était alors lancé dans une longue interrogation sur les causes de cette attaque. Selon lui, tout cela était arrivé «parce qu’il y a quelqu’un, quelque part, qui se sent complètement exclu… en guerre avec des innocents… Notre attitude doit être : d’où ces tensions proviennent-elles ?»

Les partis d’opposition ont continué de dire n’importe quoi à la suite des attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa. Pour le NPD, ces gestes criminels ne constituaient pas du terrorisme. Selon toute vraisemblance, cette négation visait à faire en sorte qu’aucun parallèle ne puisse être établi entre l’islam et des attaques terroristes qui, apparemment, n’en étaient pas, de sorte que les dogmes du multiculturalisme canadien et de l’ouverture aux minorités soient préservés.

Justin Trudeau, quant à lui, a une fois de plus montré son absence de leadership. Il s’en est remis à la GRC pour reconnaître une évidence qu’il ne pouvait de lui-même discerner. La police montée ayant finalement vu ces attaques comme des cas de terrorisme, le chef libéral a fini par y voir la même chose.

La comédie d’erreurs dans les bancs de l’opposition s’est poursuivie il y a quelques semaines, lorsque deux escarmouches se sont produites entre les forces spéciales canadiennes et des militants de l’État islamique en Irak. Ces unités canadiennes sont déployées pour entraîner les forces irakiennes, mais le NPD a talonné le gouvernement dans cette affaire, l’accusant d’escalade militaire.

Sans aller aussi loin, les libéraux ont accusé les conservateurs d’avoir été malhonnêtes quant à la nature de l’engagement militaire du Canada. Justin Trudeau en a conclu que le premier ministre «doit répondre à de très sérieuses questions».

L’opposition est en retard d’une guerre. Nous ne sommes plus en 2003, au plus fort de l’opposition à l’intervention militaire en Irak. Douze ans plus tard, le danger vient de l’islamisme armé. Les Canadiens sont préoccupés par cette menace. Déjà majoritaire l’automne dernier, l’appui aux frappes aériennes en Irak a augmenté au cours des derniers mois. Selon un récent sondage Ipsos Reid, il s’élève désormais à 76 %, une hausse de 12 points depuis octobre dernier. Chose rarissime : même au Québec, l’appui est majoritaire (62 %), selon une enquête de Léger Marketing.

Les partis d’opposition ont jusqu’ici préféré ignorer l’inquiétude bien légitime de la population face au terrorisme. Aveuglés par une idéologie pacifiste selon laquelle il suffit de décréter unilatéralement que le Canada est en paix pour que celle-ci règne, les libéraux et le NPD refusent de reconnaître que nous avons des ennemis, fanatiques et dangereux.

La sécurité est la mère de tous les biens. Pour l’avoir trop longtemps oubliée, les libéraux et les néo-démocrates risquent d’en payer le prix au moment des prochaines élections.

* * *

À propos de Frédéric Bastien

Frédéric Bastien est professeur d’histoire au Collège Dawson et l’auteur de La Bataille de Londres : Dessous, secrets et coulisses du rapatriement constitutionnel. Il détient un doctorat en histoire et politique internationale de l’Institut des hautes études internationales de Genève.

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9 commentaires
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Oui, ces cadavres se sont révélés fort payants pour le PCC. Ils devaient s’en frotter les mains.

Plus on avance et plus on se rend compte que les valeurs québécoises profondes se rapprochent des valeurs conservatrices et s’éloignent du discours socialo-gauchiste que certains médias (Rad.-can. et autres) voudraient faire passer comme majoritaire au Québec.

Les Québécois veulent que les pédophiles, et les terroristes restent en prison. Comme les Conservateurs. Les Québécois en ont marre de voir des criminels sortir de prison au sixième de leur peine.

BRAVO à nos Conservateurs!

« Plus on avance et plus on se rend compte que les valeurs québécoises profondes se rapprochent des valeurs conservatrices et s’éloignent du discours socialo-gauchiste que certains médias (Rad.-can. et autres) voudraient faire passer comme majoritaire au Québec. »

Les Québécois sont, en général, nettement plus à gauche que vous voulez bien le croire, mais les Québécois sont aussi assez intelligents pour vouloir vivre dans un monde sécuritaire.

C’est surtout grâce aux maladresses répétées de Trudeau ainsi qu’a une absence cruelle d’une stratégie concertée de l’Opposition que le gouvernement Harper a aujourd’hui de fortes chances d’être réélu.
Si messieurs Trudeau et Mulcair ne font pas front commun contre le PC de Harper c’est lui qui remportera les élections grâce a la division des votes.

Trudeau et Mulcair ne sont vraiment pas prêts pour diriger ce pays. Je ne suis pas Conservateur non plus, mais force est d’admettre que Harper est probablement un moindre mal pour le Canada. D’autant plus que Justin est plutôt en faveur de la légalisation du cannabis. Comme si cela ne pouvait pas nuire à nos générations futures.

Guy V. «D’autant plus que Justin est plutôt en faveur de la légalisation du cannabis.»

C’est la façon dont il est en faveur qui n’est pas la bonne : à peine démarquée du « Bloc Pot ».

Venue, par contre, d’un horizon de go-gauche très différent du ‘Bloc Pot’, l’idée de légaliser la drogue a été défendue en Italie dans les années quatre-vingt-dix par une certaine gauche « tough on crime » (sic!), comme le réalisateur Francesco Rosi, qui en a d’ailleurs tiré un film, ‘OUBLIER PALERME’, en 1990. Il faut cependant comprendre que si M. Rosi et ses amis étaient certes de go-gauche, ils n’étaient nullement de la génération mai 68: car on parle plutôt, pour dire les choses un peu symboliquement, de gens qui ont eu 20 ans le 8 septembre 1943. Les gens de cette génération-là n’ont la plupart du temps jamais fumé un joint de leur vie: quand l’envie leur en prenait, il se tapaient plutôt une bonne cuite.

Bref, vous m’avez vu venir : légaliser la drogue, dans l’esprit de ces gens-là – qui se réclamaient parfois de certains de nos ennemis communistes tels le sénateur Girolamo Li Causi (vice-président de la Commission antimafia 1963-72), le juge Cesare Terranova (assassiné par la mafia en 1979), le député Pio La Torre (assassiné par la mafia en 1982), c’était essentiellement une opération antimafia. En légalisant la drogue, il s’agissait de couper l’herbe sous le pied de la mafia, de lui enlever son plus gros pactole, sa plus importante source de fric. C’est quelque chose qui ne s’improvise pas, mais au contraire qui se planifie en détail. C’est une vaste opération de police.

Le jour où on légalise la drogue, tout a été planifié dans le but de déclencher une guerre à la fois économique et policière contre la mafia. Légaliser la drogue ne peut avoir qu’un but: il s’agit d’éradiquer la mafia !

Mr. Bastien: Nous , canadiens, sortons tous perdants de cette campagne de peur menée avec détermination par ce parti conservateur qui ,de plus, flirte avec tout ce qui est lobby des armes à feu et et complexe militaro-industriel. Ce projet de loi 51 et son flou demeure la menace la plus dangereuse d’une dérive vers un autoritarisme gouvernemental dont la conséquence prévisible est une atteinte à nos droits et libertés. Et faire une espèce d’amalgame entre la montée du nazisme et quelques poignées de djihadistes(coupeurs de tête en ligne) financées en partie par les Saoudiens relève d’une révision de l’Histoire très créative. Même Harper n’oserait aller jusque là!!

Trudeau et Mulcair manquent le bateau cette fois-ci et s’ils ne corrigent pas le tir, ça pourrait leur coûter cher aux prochaines élections. Tous les pays occidentaux prennent de mesures face à la menace islamiste et le Canada doit en faire partie. Les temps des bonnes âmes généreuses, mais naïves est révolu.