Trudeau, l’avortement et la liberté de conscience

Le libéral Justin Trudeau a décrété que peu importe leur position personnelle sur l’avortement, tous ses futurs députés devront appuyer la liberté de choix des femmes en la matière. Depuis, on s’indigne dans la presse. Mais pour quelle raison ?

Le chef libéral Justin Trudeau a décrété que peu importe leur position personnelle sur l’avortement, tous ses futurs députés devront appuyer la liberté de choix des femmes en la matière.

Depuis, on s’indigne dans la presse pour cette atteinte à la liberté de conscience des députés. Des leaders religieux réprimandent M. Trudeau. Des militants s’interrogent sur leur place dans le parti.

PolitiqueMais de quoi s’indigne-t-on exactement ? D’une atteinte à la liberté de choix des députés ? Mais ils peuvent choisir ce qu’ils veulent.

Ce que M. Trudeau leur refuse, c’est le pouvoir d’imposer leur morale aux autres.

Depuis trop longtemps, on réduit l’opposition entre les groupes pro-vie et pro-choix à une opposition entre opposants et partisans de l’avortement. Mais c’est une simplification du débat qui permet de le détourner du vrai enjeu : la liberté de conscience des femmes.

Le libre choix signifie respecter ce droit et, par conséquent, la liberté des femmes de faire un choix en accord avec leur conscience lorsqu’elles sont confrontées à une grossesse non désirée.

Ce que les groupes anti-avortement revendiquent n’est pas le droit de dénoncer l’interruption de grossesse, puisqu’ils l’ont, ce droit, et l’exercent. Ce qu’ils veulent, c’est de refuser aux femmes l’exercice de leur liberté de conscience en la matière en cherchant à limiter ou, même, interdire l’accès à l’avortement.

C’est sur ce terrain — la défense de la liberté de conscience — que M. Trudeau amène son parti quand il dit que les libéraux peuvent avoir les convictions qu’ils veulent et les exprimer, mais qu’ils ne peuvent pas limiter le libre choix des femmes. C’est d’ailleurs parce qu’il a compris la distinction que le député libéral Kevin Lamoureux, qui est opposé à l’avortement, dit ne pas avoir de problème avec la position de son chef.

Il faudrait demander à ceux qui dénoncent M. Trudeau ce qui les dérange vraiment dans tout cela.

Est-ce le fait qu’il refuse aux députés le pouvoir d’invoquer leur propre liberté de conscience pour tenter de brimer celle des autres ? Parce que c’est ce que cherchent à faire les motions et les projets de loi qu’on voit atterrir aux Communes.

On ne demande pas simplement aux députés de se prononcer pour ou contre l’avortement. Toutes ces propositions visent la mise en branle d’un processus destiné à en limiter ou interdire l’accès, donc à refuser aux femmes la liberté de choisir en accord avec leur conscience.

La liberté de conscience des députés, exercée au moment d’un vote, devient un outil de pouvoir sur la liberté individuelle des autres.

M. Trudeau ne fait que réaffirmer, de façon malhabile, une liberté fondamentale et une politique officielle de son parti depuis le congrès de 2012.

Sa prise de position sert aussi à contrer les velléités des groupes anti-avortement. Lors de leur dernier grand rassemblement sur la colline parlementaire, ils ont fait savoir qu’ils se préparaient à prendre le contrôle d’associations locales pour ensuite imposer leurs candidats lors des prochaines élections.

Comme M. Trudeau a renoncé au pouvoir du chef de nommer les candidats, il devait tracer la ligne quelque part pour éviter de se retrouver otage d’un mouvement qui conteste la liberté de conscience des femmes dans ce dossier.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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« Les groupes anti-avortement qui se préparent à prendre le contrôle d’associations locales pour ensuite imposer leurs candidats lors de prochaines élections »
Nous devons être vigilant afin que le fanatisme qu’il soit religieux, morale ou de tout autre ordre ne brime pas le droit à la liberté des hommes et des femmes .

Il faudra un jour tracer avec lucidité la ligne sur la question de l’avortement. Le vide juridique n’est pas la meilleure solution.

Tôt ou tard, il y aura une modification du vide juridique.

À partir de quand on parle d’un être humain ? 25 semaines ? 12 semaines ? À la conception ? Ce sont des questions légitimes.

M. Morgentaler qui est décédé avait des problèmes avec sa conscience sur le nombre de semaines pour un avortement…

http://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/item/288/index.do

La seule question légitime pour le législateur fédéral est: est-ce qu’on doit accuser d’un crime selon le Code criminel et qu’on emprisonnera les personnes qui pratiquent ou qui reçoivent un avortement?

Le reste demeure de la gestion médicale, donc du ressort des provinces.

À mon avis, une femme a toujours le choix avant de devenir enceinte de faire ce qu’il faut pour ne pas que ça lui arrive…

Et celles qui se font violer, est-ce qu’elles ont le choix? Je trouve intéressant l’approche de Justin Trudeau: la liberté de conscience…

What percentage of abortions are for a pregnancy resulting from rape? This behaviour by Trudeau is worse than Harper. Liberals are henceforth to be trained seals – at best.

What percentage of abortions are conducted after 20 weeks of gestation – 0.04% – and at that point for what reason(s)? Would you force death on a woman so that she can give birth or would you give her the choice over her body? Harper Conservatives have long been trained puppies.

Bien sûr! Quelles inconscientes de ne pas y avoir pensé!
Sérieusement, croyez-vous que la plupart des femmes qui se font avorter le font dans la joie? Vous croyez qu’aucune d’entres elles n’utilise un moyen de contraception?
Il y a de nombreuses raisons de garder son bébé et il y en a tout autant pour choisir de se faire avorter.
Vous croyez que je suis contre la vie? J’ai 3 fils et 7 petits-enfants. Je ne me serais jamais fait avorter. Mais ç’aurait mon choix. Par contre, je respecte celui des autres femmes, quel qu’il soit…

L’homme aussi a toujours le choix de ne pas répandre son sperme sans penser aux consequences. Si l’on pense pouvoir emprisonner des femmes qui avortent, pourquoi ne pas en faire autant avec le géniteur? Les choses ont sans doute changées, mais ça prend une femme et un homme pour concevoir un foetus.

En effet, Violetta!
Il y a également ces hommes qui abandonnent leur conjointe et l’enfant – à venir ou déjà né – ne voulant pas faire face à leur paternité…

La question qui se pose alors c’est : est-ce que la « liberté de conscience des femmes » et leur « liberté de choisir » doit trôner au-dessus de la vie d’un enfant ?
Ça revient à accorder une préséance absolue de la « liberté de conscience » des femmes sur le droit à la vie de l’enfant.
Quand d’autre part, nous restreignons la « liberté de conscience et d’action » d’un quelconque autre meurtrier, est-ce qu’on se dit qu’on ne devrait pas le faire pour « ne pas imposer sa morale aux autres » ?
C’est toujours la question des droits du foetus qui est touchée, et qui n’est jamais réglée, car il semble y avoir consensus sur le fait qu’un foetus n’a aucuns droits, et surtout ne devra jamais en avoir.
Personnellement, c’est avec cet accord tacite sous-jacent que je ne suis pas à l’aise.

On ne parle pas d’enfant mais de foetus.
Àquel moment doit-on parler d’être humain, à la conception, plus tard, à la naissance? L’oeuf est-il une poule?
Bien difficile de répondre.
Mais au-delà de cette recherche, il y a une femme bien vivante qui aura une tragique décision à prendre.
Doit-on mépriser sa liberté de choisir?
Imposer sa morale aux autres n’est pas la solution et ne le sera jamais.Imposer implique qu’on n’a pas d’argument assez fort pour convaincre.

Entièrement d’accord avec vous M.Trudeau un grand démocrate comme son père. »La liberté de conscience des députés, exercée au moment d’un vote, devient un outil de pouvoir sur la liberté individuelle des autres »(dénier aux autres une majorité simple pour l’indépendance d’une province). C’est un bon départ M.Trudeau avec l’avortement.

Désolant de voir que ce débat est toujours aussi virulent en 2014.

Étant athée je vide la question de l’âme, à quel moment est ce un enfant de dieu…
Un feotus reste une simple possibilité, que la femme peut choisir d’enfanter ou non et cela à tout moment sans relation à ce que ça pourrait devenir. C’est une décision toujours pénible pour chaque femme que j’ai connu qui a eu à la prendre, mais qui en toute connaissance de cause est réfléchie pour le meilleur de tous.

Le fanatisme religieux n’est que ça, du fanatisme, toujours aveugle et dangereux.

À quand enfin un monde éclairé et sans aucune religion.

M. Trudeau a raison. De plus, une femme a toujours le droit de ne pas se faire avorter.

Vous avez parfaitement raison: il s’agit d’imposer une morale religieuse à tous, tout comme les religions l’ont fait dans le passé (on se souvient du « crois ou meurs ») et le font encore aujourd’hui dans une moindre mesure. Les néo-conservateurs ne sont pas étrangers non plus à cette imposition de leur morale religieuse à tous les gens et même à l’étranger par le biais de l’aide internationale. Ici, on parle de criminalisation de l’avortement, faisant des femmes qui voudraient recourir à ce moyen et de ceux qui pourraient les y aider, des criminels. Le droit pénal (criminel) n’est pas un outil approprié pour imposer une morale religieuse, ni pour traiter d’un problème de santé publique.

Donc, rien n’empêche ceux et celles qui sont contre l’avortement pour des motifs moraux ou religieux de ne pas voter pour le parti de M. Trudeau. Il y a toujours le parti de M. Harper qui penche de ce côté mais qui n’ose pas légiférer (pour le moment) craignant la réaction de la majorité des Canadiens… Il y a des fois où la démocratie et la religion ne font pas très bon ménage!

A quoi sert une liberté de conscience si une loi ou une ligne de parti t’empêche de l’exprimer? Bien des points ne sont pas clairs dans cette loi sur l’avortement. Qu’est-ce qu’un fœtus ? Qu’est-ce qu’un être humain ? Qu’est-ce qu’un appendice ? Bizarre comme dernière question, mais combien appropriée dans le cas présent ! Le mouvement féministe des années 70-80 a réussi à nous faire gober que l’ovule fécondé était ni plus ni moins qu’une intrusion dans le corps de la femme et qu’elle pouvait en disposer au même titre que l’appendice ou qu’une excroissance indésirable ou une verrue. Je ne débattrai pas ici de ce qu’est le fruit d’une fécondation ni du « prétendu droit » de choisir de la femme quant à l’avortement, mais plutôt du « comment et du pourquoi ». Comment se fait-il qu’après plus de vingt ans de cette pratique, l’avortement est-il devenu un moyen de contraception courant effectué environ 25000 fois par année ici au Québec seulement? Que se passe-t-il avec tous les autres moyens de contraception mécaniques, chimiques et autres ? Que se passe-t-il avec l’éducation, la sensibilisation ? On met tout ça de côté pour pratiquer l’avortement qui laisse des traces souvent indélébiles et lourdes à porter ? On met sur le dos de la population entière la responsabilité et les frais de plus en plus élevés de l’irresponsabilité des jeunes femmes et jeunes hommes ? Est-ce à vous, à moi de payer pour le plaisir des autres sans pouvoir y participer ? Car, entendons nous bien, sur les 25000 avortements par année ici au Québec, ce ne sont pas 25000 viols… sinon, notre société serait irrécupérablement malade.
La situation actuelle sur l’avortement crée chez moi une crainte profonde quant à la future loi sur le « Mourir dans la dignité ». Si on a réussi à faire de l’avortement un « choix personnel » de la femme et que personne ne peut plus rien y faire, alors, qu’est-ce qui empêchera à la loi sur le « Mourir dans la dignité » de devenir une solution économique à l’atteinte du déficit « Zéro » ?

Je souhaiterais que l’article de Manon Cournellier soit partie intégrante de la politique de Justin Trudeau à ce sujet. Que tout le monde soit libre de choisir selon sa conscience quelle est sa position par rapport à l’avortement mais que chacun laisse aux autres leur libre choix aussi. Voilà vraiment la position de la Charte des droits et libertés instaurée à la Constitution canadienne par Pierre-Elliot Trudeau.

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