Trudeau peut-il sortir indemne de la politique des pipelines?

Une chose est sûre: dans le domaine de l’énergie et de l’environnement, le premier ministre fait mentir ceux qui lui reprochent de constamment tergiverser, consulter et remettre les choix difficiles à plus tard.

Photo: iStock
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Depuis quelques années, les débats sur l’exploitation des ressources énergétiques et les pipelines ont remplacé la conversation nationale sur la place du Québec dans le Canada comme pomme de discorde par excellence au pays. Le pétrole et le gaz sont sources de richesses, mais aussi de risques et de pollution, et ils sont inégalement répartis sur le territoire. Lorsqu’un gouvernement dit vouloir trouver un équilibre entre leur exploitation, leur exportation et la lutte contre les changements climatiques, il s’attire autant de louanges que de critiques. Il y a une apparente contraction et l’enjeu est chargé d’émotion. Sans compter que localement, les pipelines sont rarement populaires, ce qui revient, pour le gouvernement, à marcher dans un champ de mines.

De fait, la décision de Justin Trudeau d’approuver l’augmentation de la capacité du pipeline Trans Mountain de l’entreprise Kinder Morgan, d’accepter la réfection de la Canalisation 3 d’Enbridge et de refuser d’approuver le controversé pipeline Northern Gateway d’Enbridge est certainement la plus difficile depuis que le premier ministre a pris le pouvoir, et elle pourrait marquer durablement son mandat.

Je laisse aux environnementalistes et aux économistes le loisir de débattre du pour et du contre de cette décision. Voyons-en les répercussions politiques.

Trudeau peut-il s’en sortir indemne? Pas totalement. Une telle décision n’est pas sans conséquence politique. Le premier ministre et son entourage en sont très conscients. Mais des indices laissent croire qu’il a peut-être trouvé avec cette annonce le centre de l’échiquier politique, là où se situe la majorité des électeurs.

D’abord, Justin Trudeau a tranché sur un sujet délicat pour une deuxième fois en quelques semaines. Sa décision, en octobre, d’imposer un prix minimal sur le carbone à toutes les provinces qui n’en ont pas déjà un s’accompagnait également d’un prix politique à payer. Dans le domaine de l’énergie et de l’environnement, le premier ministre fait mentir ceux qui lui reprochent de constamment tergiverser, consulter et remettre les choix difficiles à plus tard.

L’annonce sur les pipelines survient à une semaine de la rencontre Ottawa-provinces qui vise à s’entendre sur un plan pancanadien de lutte contre les changements climatiques. Trudeau a besoin de l’Alberta dans le bateau. Et sa première ministre néo-démocrate, Rachel Notley, affichait clairement sa position depuis des mois: pour donner l’appui de sa province, elle voulait un nouvel accès à la mer pour son pétrole. Une demande de l’Alberta depuis des années. Elle nous en parlait en entrevue dans L’actualité en août dernier.

L’Alberta a un nouveau plan de lutte contre les changements climatiques qui a été salué à la fois par les groupes écologistes et par l’industrie de l’énergie. Un tour de force. La province laissera croître encore un peu les émissions de gaz à effet de serre de son industrie pétrolière, puis imposera un plafond rigide aux émissions de ce secteur, qui ne pourront pas dépasser 100 mégatonnes par année (elles sont actuellement de 70 Mt). Or, si tous les projets soumis au gouvernement dans les sables bitumineux voyaient le jour, les émissions bondiraient à 300 Mt par année. Le plafond aura donc un effet. Les entreprises devront être vraiment plus efficaces, moins énergivores, ou annuler des projets.

Un pipeline est un tuyau, comme le rappelait le spécialiste de l’énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, dans La Presse. Pour les gaz à effet de serre, ce qui compte, c’est la production et la consommation à chaque bout. Le pari de Trudeau — et c’en est un — est que le plan de Rachel Notley tiendra la route et aura un effet. En lui donnant son pipeline, Trudeau accorde à Notley un sérieux coup de pouce électoral auprès des Albertains. Chez les libéraux fédéraux, on se dit qu’il vaut mieux un NPD albertain qui tente de réduire les GES et qui embarque dans une stratégie pancanadienne à venir, même si ce n’est pas parfait, plutôt qu’un retour au pouvoir des conservateurs albertains qui ne veulent rien faire…

En Colombie-Britannique, ce sera plus compliqué pour Trudeau. L’augmentation de la capacité de l’oléoduc Trans Mountain n’est pas comparable à Northern Gateway, le projet de pipeline le plus impopulaire et controversé, mais elle a aussi plusieurs opposants, à commencer par certains députés de Trudeau, qui se rallient du bout des lèvres à la décision de leur patron. Les communautés autochtones menacent de poursuivre le gouvernement devant les tribunaux. Le maire de Vancouver, Gregor Robertson, a réitéré son désaccord dans une vidéo mise en ligne. Bref, la réalisation de ce projet n’est peut-être pas pour demain.

Trudeau avait toutefois préparé un peu le terrain pour le rendre moins hostile, d’où la réaction plus positive que prévu de la première ministre de la Colombie-Britannique, Christy Clark, qui s’en va pourtant en élections ce printemps. Dans les dernières semaines, Ottawa lui a donné trois bonnes raisons d’adoucir le ton.

  • Il a approuvé le projet de gaz naturel de 36 milliards de dollars de Pacific Northwest LNG, mené par le géant malaisien Petronas. Christy Clark y tenait beaucoup.
  • Il a annoncé un nouveau plan de protection des côtes pacifiques et atlantiques de 1,5 milliard de dollars, notamment pour prévenir les déversements de pétrole ou de gaz et y réagir. Un plan bien reçu et annoncé à Vancouver.
  • Il a annoncé une interdiction de circulation pour les pétroliers sur les côtes du nord de la Colombie-Britannique, au large de Kitimat, dans une zone écologique très délicate. Le rejet du pipeline Northern Gateway devient total avec cette interdiction, puisqu’il s’agit de l’endroit où devaient mouiller les pétroliers dans le projet d’Enbridge.

Bref, avoir Christy Clark et Rachel Notley de son côté, malgré une décision aussi controversée, à une semaine de la rencontre sur le climat à Ottawa, aidera politiquement Trudeau à court et moyen termes. S’il ajoute l’Ontario et le Québec — Brad Wall semble irrécupérable en Saskatchewan —, peut-être que les planètes politiques ne seront jamais aussi bien alignées pour accoucher d’une stratégie de lutte contre les changements climatiques cohérente et adéquate au Canada. À suivre.

***

En terminant, un coup d’œil sur le grand-angle politique, celui de l’opinion publique.

Un récent sondage mené par la maison Abacus en octobre dernier laisse présager que la réaction de la population, loin des groupes d’intérêt, pourrait donner au gouvernement Trudeau le bénéfice du doute. Voyant venir la décision du premier ministre, les sondeurs ont testé l’opinion publique sur un scénario semblable à celui que Justin Trudeau a choisi.

D’abord, Abacus a demandé aux Canadiens s’ils sont d’accord avec l’approche du gouvernement Trudeau sur la lutte contre les changements climatiques. Ottawa venait alors d’imposer un prix sur le carbone, au grand déplaisir de certaines provinces, dont la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse. Près de 63 % des Canadiens affirmaient que Trudeau était sur la bonne voie, alors que 37 % estimaient le contraire. Les résidants de toutes les provinces étaient largement favorables à l’approche de Trudeau (72 % au Québec), sauf en Alberta et en Saskatchewan. Dans ces deux provinces, une majorité pense au contraire que Trudeau a la mauvaise approche. Rien de surprenant.

Mais… Abacus a testé un scénario dans lequel le gouvernement poursuit ses efforts de lutte contre les changements climatiques, met l’accent sur les énergies renouvelables et approuve, en même temps, une augmentation de la capacité d’exportation de pétrole vers de nouveaux marchés.

Le portrait de l’opinion publique change alors radicalement en Alberta et en Saskatchewan, où les résidants deviennent favorables à cette approche, de sorte que l’appui à une telle hypothèse recueille un appui majoritaire dans toutes les provinces. Ainsi, 77 % des Canadiens soutiennent ou acceptent l’idée d’avoir un plan de lutte contre les changements climatiques, tout en construisant un nouveau pipeline au même moment.

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Dans toutes les provinces, la proposition plaît. L’endroit où il y a le plus de résidants opposés à cette idée, c’est au Québec, avec 36 %. On peut penser que l’intense débat autour du projet Énergie Est, et la crainte que ce soit ce pipeline que le sondeur évoque, a joué dans les réponses.

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La décision du gouvernement Trudeau sur les trois pipelines enlève d’ailleurs beaucoup de pression sur le controversé projet Énergie Est, aussi détesté au Québec que pouvait l’être Northern Gateway en Colombie-Britannique. La nouvelle capacité d’exportation d’un million de barils par jour (en supposant que le projet Trans Mountain se concrétise) rend Énergie Est moins utile, même aux yeux de l’industrie pétrolière. Ottawa vient d’ajouter l’équivalent de la capacité d’Énergie Est sur le marché. Et si le plafond albertain sur les émissions de GES de son pétrole tient le coup, TransCanada aura soudainement beaucoup moins de clients pour son projet. S’il faut en plus que le pipeline Keystone XL débloque aux États-Unis (ce qui est loin d’être fait, toutefois)…

On est ici dans la politique hypothétique. Il est difficile de voir trois ou quatre ans à l’avance dans le domaine changeant de l’énergie. Mais il est possible que, sans le dire, Trudeau ait annoncé la mort d’Énergie Est en même temps que sa décision sur les trois autres pipelines.

En visant l’équilibre dans ses décisions entre les pipelines et les changements climatiques, Trudeau peut rallier la majorité de l’électorat. Pour la suite, tout dépendra de l’opposition locale à Trans Mountain et du prochain plan pancanadien sur le climat. Il devra être sérieux.


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10 commentaires
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Je me souviens d’une lointaine époque où un certain ministre des affaires étrangères libéral, Pierre Pettigrew pour ne pas le citer, aimait à se moquer de la Russie qu’il comparait à une grosse usine à gaz, tant ce pays dépendait économiquement de sa production pétrolière et gazière.

Monsieur Pettigrew avait maladroitement ou opportunément éliminé la capacité de la Russie de reconstruire son industrie et celle également de recréer son agriculture, tout comme son armée.

Aujourd’hui, un gouvernement libéral et son Premier ministre qui a hérité de l’ancienne circonscription de monsieur Pettigrew, La circonscription de Papineau pour la citer…. Ce Premier ministre démontre, ce que nous n’ignorions pas…. Que la Canada a absolument besoin d’exporter pour encore un bon bout de temps, ses produits énergétiques pour pouvoir se maintenir dans le peloton de tête des nations les plus riches de la planète.

La vérité, c’est que nos politiques quelles qu’elles soient, ne nous permettent pas d’assurer un développement constant et durable sans exploiter et vendre nos ressources pétrolières et minières. Nous sommes — tout comme la Russie — toujours très dépendants de ces premières ressources d’exportations.

Lorsqu’on veut faire du Canada, un nouveau champion de la lutte contre les changements climatiques et un pays aux avants postes des énergies renouvelables. On leurre purement et simplement toute la population. Car il faudra encore du temps pour rendre palpable une telle mutation.

Comme ce genre de problématiques : choix de l’environnement versus développement économique affectent actuellement bon nombre de nations, la question qu’il faudrait se poser, c’est de savoir s’il ne faudrait pas d’ores et déjà passer à l’étape suivante, celle de devoir gérer un monde en mutation qui malgré les COP21 et COP22 ne peut qu’inéluctablement continuer de se réchauffer.

— Pipelines et raffinage seront alors sans conteste les deux mamelles qui plaisent au style de vie et au bienêtre du Canada, des canadiennes et des canadiens en général.

Cher Castonguay, Canadien jusqu’au bout des ongles, ou plutôt jusqu’au bout de la plume! On sent bien la haute estime qu’il a de Trudeau et de Notley. Au point de lui faire gober le plan de lutte aux changements climatiques de l’une et de l’autre.

Pourtant, quelle farce que ces plans: la limite de 100 mégatonnes par année, déjà difficilement conciliable avec une diminution quelconque des émissions de GES, ne vaut même pas le papier sur lequel elle est écrite et Trudeau nage en pleine incohérence avec une approbation de pipelines qui annule tout progrès lié à sa taxe sur le carbone!

Décidément, l’analyse politique de ce chroniqueur tient plus de la naïveté que de l’examen réaliste des positions des protagonistes. Si ces deux PM veulent nous faire avaler des couleuvres, il ne faudra pas compter sur Alec pour nous le dire.

Tout comme le fils de PET et malgré ce qu’il prétend, vous connaissez bien mal la Colombie-Britannique! Trans Mountain ne se fera tout simplement pas, du moins pas sans casser des oeufs et, surtout, malgré les très probables décisions des tribunaux en faveur des Premières Nations qui sont sur le trajet de l’oléoduc et même celles de l’île de Vancouver. Le problème est multiple. D’abord cet oléoduc vise uniquement l’exportation en Asie, pas la consommation intérieure et le Canada s’entête à acheter son pétrole à l’étranger au lieu d’utiliser ses propres ressources. S’il est vrai que l’oléoduc est une meilleure solution que le train pour transporter le pétrole, ça ne répond en rien aux déficiences du côté de la protection de la mer Salish et le détroit Juan de Fuca – un déversement accidentel d’un pétrolier peut saccager à jamais ces eaux riches en espèces plus ou moins menacées dont les plus évidentes sont les épaulards et les rorquals à bosse, sans parler tout simplement du bruit des pétroliers qui contribue à l’extinction de ces espèces car il compromet leur faculté de communiquer. Les accidents ne sont pas rares le long de ces côtes du sud de la province: il y a eu un déversement récemment près de Bella Bella et un gros navire a perdu des containers dans la mer pendant une des fameuses tempêtes du Pacifique qui frappent la côte ouest à tous les hivers. Les promesses de meilleure intervention sur la côte ouest ne sont que ça, des promesses, et on connait bien la valeur des promesses libérales… L’Alberta recueille tous les bénéfices alors que la CB prend tous les risques? Pas question.

Mme Notley n’est pas contente? C’est son problème. On se rappellera que l’Alberta a surfé sur le pétrole pendant des décennies sans mettre de côté un fonds de secours. On se rappellera aussi que l’ex premier ministre Ralph Klein avait envoyé un chèque à tous les Albertains au lieu de prévoir les jours plus difficiles. Ces gens ont une culture de dépense inconsidérée et ils ne sont pas prêts à faire comme les autres Canadiens et faire face aux difficultés – allez en Alberta et vous allez voir une prépondérance de camionnettes qu’on ne voit pas ailleurs au pays et ils viennent en CB s’acheter des propriétés, faisant augmenter les prix, pour leurs vacances car l’air dans leur province est devenu irrespirable (sour gaz). Si vous pensez que les gens de la CB vont plier l’échine devant Trudeau et Notley, vous vous trompez. Tous les maires de Metro Vancouver (la région métropolitaine) ainsi que bien d’autres, y compris la mairesse de Victoria, sont contre. La majorité des Premières Nations est contre et elles ont signé un traité avec une centaine d’autres nations autochtones d’Amérique du Nord; alors ce qu’on vient de voir à Standing Rock c’est de la petite bière à côté de ce qui s’en vient (le ministre Carr l’a bien senti, il veut faire appel à l’armée). Enfin parmi la population les gens sont généralement contre ou indifférents, là où l’oléoduc passe et près de la mer Salish. Trudeau va perdre ses quelques députés dans Metro Vancouver et il est loin d’être certain qu’il va faire des gains en Alberta et dans les plaines, bien au contraire. Il croit gagner des votes dans l’est en retardant Énergie Est et il sacrifie la CB avec Trans Mountain. Alors on verra bien dans 4 ans qui aura raison!

La réponse scientifique est NON! C’est physiquement, technologiquement et économiquement impossible! Seuls les mensonges irrationnels de la politique peuvent faire croire que c’est possible. Et comme la politique refuse de s’appuyer sur la réalité factuelle scientifique avant de prendre des décisions erronées en faveur de l’économie irrationnelle, on ne peut pas y arriver!

« La vérité peut être déroutante. Un certain travail est nécessaire pour la maîtriser. Elle peut contredire profondément nos préjugés. Elle peut ne pas être conforme à ce que nous souhaitons désespérément être vrai. Mais nos préférences ne déterminent pas ce qui est vrai. » – Carl Sagan

J’avais publié un article dans HuffingtonPost dès que Notley s’était « pété les bretelles » : « Le Canada perd la face avant le COP21 », 26 novembre 2015,
[http://quebec.huffingtonpost.ca/stephane-brousseau/canada-conference-climat-paris-cop21-trudeau-notley_b_8630750.html]

Tous les calculs publiés dans mon rapport [1] sont basés sur les chiffres de l’industrie pour 2020 recueillis à la fin de 2015 pour l’analyse. Consultez les tableaux 1, 2 et 3, pages 8 et 9 pour la colonne de 2020 : les émissions de la production sont de 102 Mt éq. CO2! Et aucun projet n’est mis en péril avec cette production! Tous les pipelines peuvent être construits et alimentés à pleine capacité sans aucun problèmes sans oublier les quelques 800 convois de trains au Canada et les quelques 1500 convois de trains aux USA. Responsabilité climatique de 1017 Mt éq. CO2 par année qui vont s’ajouter aux 800 Mt d’émissions nationales!

Pour ceux qui n’ont pas encore compris ce que ces chiffres impliquent, voici les faits saillants :

Les émissions de GES des sables bitumineux.
Contribution du Canada et du Québec au réchauffement climatique.

Faits saillants

Émissions mondiales de GES par projet de transport basé sur la production projetée par l’industrie en 2020.

TransCanada Énergie Est (4600 km) :
– 401,5 millions de barils par année
– émissions mondiales 244 Mt éq. CO2/an.

TransCanada Keystone XL (3461 km) :
– 302,95 millions de barils par année
– émissions mondiales 183 Mt éq. CO2/an.

Kinder Morgan TransMountain (1180 km) :
– 324,85 millions de barils par année
– émissions mondiales 195 Mt éq. CO2/an.

Enbridge Northern Gateway (1177 km) :
– 262,1 millions de barils par année
– émissions mondiales 157 Mt éq. CO2/an.

Trains et Enbridge 9B (51 928 km + 639 km) :
– 122 + 91,3 = 213,3 millions de barils par année
– émissions mondiales 238 Mt éq. CO2/an.

Total des émissions mondiales des nouveaux projets incluant le transport par train :
– 1,69 milliard de barils par année
– émissions mondiales 1017 Mt éq. CO2/an.

Estimation totale incluant l’utilisation du réseau de pipeline en place :
– plus de 2 milliards de barils par année
– émissions mondiales 1190 Mt éq. CO2/an.

Estimation des réserves :
– 169 milliards de barils
– taux d’exploitation 2 milliards de barils par année
– durée d’exploitation 84,5 ans
– émissions mondiales sur 84,5 ans : 100,56 Gt éq. CO2.

En résumé : responsabilité climatique de 100,56 milliards de tonnes éq. CO2 de GES pour exploiter les réserves de 169 milliards de barils pendant 84,5 ans.

S. Brousseau, B. Sc. Géologie
Directeur de l’Institut de recherche en architecture sociale durable (IRASD)
Enjeux énergies et environnement

[1] Stéphane BROUSSEAU, Les émissions de GES des sables bitumineux – Contribution du Canada et du Québec au réchauffement climatique. 2016, Institut de recherche en architecture de société durable (IRASD), division Enjeux énergies et environnement, [En ligne], [http://wp.me/P4eYN3-zTt]

Une question. Si vous n’avez plus soif, est-ce que vous continuer à boire de l’eau? Ces barils de pétrole sont là pour répondre à une demande qui peut être comblée par une production canadienne ou la production d’autres pays, dont certains ont des comportements dans le domaine des droits de l’homme peut recommandables. Quand on sait que dans le domaine du pétrole, les principales émissions se font à la consommation, je suis, personnellement, plutôt fier que des consommateurs achètent notre pétrole plutôt que celui de pays, possiblement plus douteux.

La question de l’offre et la demande, véritable fondement de la « science » économique – laquelle n’a de science que l’effort mis par certains pour prétendre que l’économie en est une – n’a pas de sens universel dans notre monde physique, fut-il marchand. Que diriez-vous si l’uranium ne se trouvait pas réglementé, ni certains phages dangereux, ni des pesticides comme le DDT?… À vous écouter, le Fentanyl devrait être en vente libre et s’il était d’origine canadienne, cela lui donnerait une plus value. Vraiment, avec votre support au pétrole, carbone fossile qui se retrouve dans une bonne moitié dans l’atmosphère et les océans, vous semblez vivre dans un monde où les changements climatiques constituent une fiction.

Si vous apprenez que la cigarette est bourrée de poisons et qu’elle est mauvaise pour la santé et risque de vous tuer, vous allez continuer à fumer?

La différence est de taille.

La cigarette n’apporte presque rien de positif alors que le pétrole, LUI, nous fourni directement ou indirectement une foule d’avantages dont la possibilité de se déplacer et de visiter votre famille, de produire des biens dont l’ordinateur que vous utilisez pour venir étaler ici vos connaissances, de manufacturer des médicaments qui servent à vous soigner ainsi que les vôtres, de construire les habitations qui servent à vous loger, de confectionner les vêtements qui vous couvrent, etc…etc…etc… J’en aurais pour des heures.

Revenez sur terre Monsieur Brousseau. On aura TOUJOURS besoin du pétrole, qu’il provienne de pays douteux ou directement de chez-nous. Et vouloir refuser que celui-ci nous soit livré par des camions-citerne, des wagons-citerne, des bateaux-citerne, des pipe-lines ou tout autre moyen de transport est une vue de l’esprit.

Quelque soit le geste que vous posez, il y aura TOUJOURS des risques associés.

La réponse scientifique est NON! C’est physiquement, technologiquement et économiquement impossible! Seuls les mensonges irrationnels de la politique peuvent faire croire que c’est possible. Et comme la politique refuse de s’appuyer sur la réalité factuelle scientifique avant de prendre des décisions erronées en faveur de l’économie irrationnelle, on ne peut pas y arriver!

« La vérité peut être déroutante. Un certain travail est nécessaire pour la maîtriser. Elle peut contredire profondément nos préjugés. Elle peut ne pas être conforme à ce que nous souhaitons désespérément être vrai. Mais nos préférences ne déterminent pas ce qui est vrai. » – Carl Sagan

J’avais publié un article dans Huffington Post dès que Notley s’était « pété les bretelles » : « Le Canada perd la face avant le COP21 », 26 novembre 2015,
[http://quebec.huffingtonpost.ca/stephane-brousseau/canada-conference-climat-paris-cop21-trudeau-notley_b_8630750.html]

Tous les calculs publiés dans mon rapport [1] sont basés sur les chiffres de l’industrie pour 2020 recueillis à la fin de 2015 pour l’analyse. Consultez les tableaux 1, 2 et 3, pages 8 et 9 pour la colonne de 2020 : les émissions de la production sont de 102 Mt éq. CO2! Et aucun projet n’est mis en péril avec cette production! Tous les pipelines peuvent être construits et alimentés à pleine capacité sans aucun problème sans oublier les quelques 800 convois de trains au Canada et les quelques 1500 convois de trains aux USA. Responsabilité climatique de 1017 Mt éq. CO2 par année qui vont s’ajouter aux 800 Mt d’émissions nationales!

Pour ceux qui n’ont pas encore compris ce que ces chiffres impliquent, voici les faits saillants :

Les émissions de GES des sables bitumineux.
Contribution du Canada et du Québec au réchauffement climatique.

Émissions mondiales de GES par projet de transport basé sur la production projetée par l’industrie en 2020.

TransCanada Énergie Est (4600 km) :
– 401,5 millions de barils par année
– émissions mondiales 244 Mt éq. CO2/an.

TransCanada Keystone XL (3461 km) :
– 302,95 millions de barils par année
– émissions mondiales 183 Mt éq. CO2/an.

Kinder Morgan TransMountain (1180 km) :
– 324,85 millions de barils par année
– émissions mondiales 195 Mt éq. CO2/an.

Enbridge Northern Gateway (1177 km) :
– 262,1 millions de barils par année
– émissions mondiales 157 Mt éq. CO2/an.

Trains et Enbridge 9B (51 928 km + 639 km) :
– 122 + 91,3 = 213,3 millions de barils par année
– émissions mondiales 238 Mt éq. CO2/an.

Total des émissions mondiales des nouveaux projets incluant le transport par train :
– 1,69 milliard de barils par année
– émissions mondiales 1017 Mt éq. CO2/an.

Estimation totale incluant l’utilisation du réseau de pipeline en place :
– plus de 2 milliards de barils par année
– émissions mondiales 1190 Mt éq. CO2/an.

Estimation des réserves :
– 169 milliards de barils
– taux d’exploitation 2 milliards de barils par année
– durée d’exploitation 84,5 ans
– émissions mondiales sur 84,5 ans : 100,56 Gt éq. CO2.

En résumé : responsabilité climatique de 100,56 milliards de tonnes éq. CO2 de GES pour exploiter les réserves de 169 milliards de barils pendant 84,5 ans.

S. Brousseau, B. Sc. Géologie
Directeur de l’Institut de recherche en architecture sociale durable (IRASD)
Enjeux énergies et environnement

[1] Stéphane BROUSSEAU, Les émissions de GES des sables bitumineux – Contribution du Canada et du Québec au réchauffement climatique. 2016, Institut de recherche en architecture de société durable (IRASD), division Enjeux énergies et environnement, [En ligne], [http://wp.me/P4eYN3-zTt]

Si je me souviens bien, les émissions canadiennes qui contribuent au pseudo-réchauffement climatique créé par l’homme ne représentent qu’environ 1% ou 2% des émissions mondiales non?