Trump, le rancunier

Le candidat à l’investiture républicaine veut prendre sa revanche sur les élites qui l’ont rejeté tout au long de sa carrière, avance son biographe.

Le favori à l'investiture républicaine, Donald Trump. (Photo: Chad Batka/The New York Times/Redux)
Le favori à l’investiture républicaine, Donald Trump. (Photo: Chad Batka/The New York Times/Redux)

Dans une entrevue télé diffusée en 1987, la célèbre animatrice américaine Barbara Walters avait posé une question prémonitoire à Donald Trump : deviendrait-il président des États-Unis si on lui offrait ce poste sans qu’il ait à mener de campagne électorale ? Le magnat de l’immobilier avait répondu non.

«C’est la chasse que j’aime d’abord et avant tout», avait-il précisé.

Près de 30 ans plus tard, Trump savoure chaque moment de sa «chasse» à la Maison-Blanche, soutient Michael D’Antonio, auteur de Never Enough : Donald Trump and the Pursuit of Success, une biographie parue l’an dernier et qui sera bientôt publiée en format poche.

Mais selon ce journaliste, qui a longuement interviewé le milliardaire et ses proches, la motivation première de Trump n’est pas tant d’occuper le Bureau ovale. Il chercherait, d’abord et avant tout, à prendre sa revanche sur les «élites» qui l’ont rejeté tout au long de sa carrière.


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Quand Donald Trump a annoncé sa candidature, en juin dernier, des commentateurs ont dit qu’il ne cherchait qu’à attirer l’attention. Désire-t-il vraiment être président ?

Au début, il s’est probablement dit qu’il modulerait ses attentes en fonction de la réaction des électeurs. Un peu comme il établit les prix de ses logements dans les immeubles qui portent son nom. Mais chacune de ses victoires dans la course aux primaires l’a rendu plus énergique et convaincu.

Trump vit pour être célèbre, applaudi. C’est ce qu’il y a de plus précieux à ses yeux. Que des mil­lions de gens se rassemblent derrière lui le rend extrêmement heureux. Il n’a pas d’idées arrêtées sur ce qu’il ferait à titre de président. Ça ne l’inquiète pas. Il croit qu’il serait, tout naturellement, «spectaculaire». Ce qui le motive, et ç’a toujours été le cas dans toutes ses entreprises, c’est de gagner.

Trump se décrit comme le représentant de la «majorité silencieuse». Il séduit de nombreux travailleurs de la classe ouvrière. Comment l’expliquez-vous ?

Trump s’est toujours dépeint comme un homme immensément riche, mais proche du «peuple», plus à l’aise avec les gens moins éduqués, moins raffinés. Il ne ressent pas le besoin de démontrer sa capacité de rallier les gens, de faire preuve de diplomatie. Pour lui, sa richesse est un symbole de succès et de pouvoir et cela suffit pour justifier son désir d’être président des États-Unis. C’est la mentalité des années 1980, bien résumée par le héros du film-culte d’Oliver Stone Wall Street, qui disait «Greed is good» (la cupidité est une bonne chose). Cette attitude plaît à beaucoup de personnes moins riches, qu’il fait rêver, même si Trump n’incarne en réalité aucunement le «rêve américain», puisqu’il a lui-même hérité d’un père très riche ! Qu’importe, il se présente comme leur «vengeur», contre l’establishment de Washington, qui aurait oublié le peuple, contre Wall Street, contre les médias. Il est le porte-voix de leur colère.

Never Enough : Donald Trump and the Pursuit of Success, la biographie de Donald Trump par le journaliste Michael D'Antonio.
La biographie de Donald Trump sera bientôt publiée en format poche.

Mais pourquoi est-il lui-même en colère, malgré ses succès financiers ?

Il a des motivations bien personnelles. Il a été rejeté par les élites politiques, la haute société. Il a une immense fortune, mais il n’est pas respecté par les élites établies de New York, par exemple. Ces gens-là le tolèrent, mais ne le perçoivent pas comme un des leurs. Les intellectuels ne l’ont jamais apprécié. Il ne lit pas de livres. Et il en est fier. Or, Obama était l’exemple par excellence d’un intello dans la Maison-Blanche. Ça obsède beaucoup de monde, dont lui-même.

En 2011, lors du souper annuel des correspondants à la Maison-Blanche, Barack Obama s’était moqué de Donald Trump en sa présence. Cet événement aurait marqué le milliardaire, selon vous. Pourquoi ?

Trump accusait Obama de ne pas être né en sol américain, ce qui l’aurait théoriquement rendu inéligible à la présidence. Or, ce soir-là, Obama l’a remis à sa place avec humour, provoquant l’hilarité de toute la salle. Trump a dit qu’il avait été honoré d’avoir été l’objet d’une blague du président. Mais ce n’est pas son style d’accepter ce type de farce avec grâce. Je crois qu’il était furieux. Quand je l’ai rencontré pour mon livre, en 2014, une des premières choses qu’il m’a dites, c’est à quel point il détestait Barack Obama. Il m’a répété souvent combien il le jugeait désastreux, inefficace, stupide. Il est très plausible que lors de ce fameux souper, il se soit senti humilié et qu’il se soit donné la mission de reprendre la Maison-Blanche directement des mains d’Obama, en 2017. Ce serait la revanche suprême.

Vous dites que Trump, en privé, est un homme drôle et charmant. Il joue donc un rôle différent quand il se trouve devant les caméras ?

Trump a toujours joué un rôle. Quand il était jeune, il tenait à ce qu’on loue son «immense succès» avant même qu’il ait accompli quoi que ce soit. En vieillissant, il a voulu que les gens le perçoivent comme le «milliardaire du peuple». En privé, il joue un autre rôle. Il veut que vous soyez son ami intime. C’est un peu comme rencontrer un gangster. Si vous êtes de son côté, il est la meilleure personne que vous pourriez fréquenter. Il vous donnera les meilleurs sièges aux matchs de baseball, vous fera rencontrer des filles d’une grande beauté — que vous soyez ou non célibataire ! Mais s’il sent qu’il ne peut avoir prise sur vous, il tentera de vous effrayer. Il deviendra Tony Soprano [ce personnage de la célèbre série The Sopranos, sur les coulisses de la mafia] !

L’ex-candidat républicain à la présidence Ben Carson dit que Trump a un autre visage, plus pragmatique, et que s’il devenait président, il pourrait unifier son pays. Qu’en pensez-vous ?

Je crois que Trump est allé trop loin pour rassembler ce pays. Comment pouvez-vous unifier un pays que vous avez autant perturbé ? Il a insulté les Mexicains, les musulmans, les femmes et tous ceux qui sont en désaccord avec lui. Je vois mal comment ces gens pourraient oublier !


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Michael D'Antonio, le biographe de Donald Trump. (Photo: Toni Raiten-D'Antonio)
Le journaliste Michael D’Antonio a longuement interviewé le milliardaire et ses proches. (Photo: Toni Raiten-D’Antonio)

Donald Trump est-il raciste ?

Il dirait lui-même qu’il ne l’est pas. Qu’il accepte tout le monde. Mais il est nostalgique d’une certaine époque de l’Amérique et il n’est pas à l’aise avec la présence d’un Noir à la Maison-Blanche.

De façon générale, il réclame la liberté de dire haut et fort ce que des Américains pensent tout bas, sous prétexte qu’il n’est pas politiquement correct. Il a dit qu’il ne pouvait vérifier chacune des statistiques qu’il cite dans ses rassemblements. Mais il exige que les journalistes vérifient leurs informations avant qu’ils écrivent à son sujet. Il y a toujours un double standard. Tous les autres doivent dire la vérité, mais les médias devraient faire preuve d’indulgence à son égard, parce qu’il parle avec ses tripes.

Au Canada et un peu partout dans le monde, beaucoup de gens craignent l’élection d’un «président Trump». Et vous ?

Je partage cette crainte. Malgré ce que dit Trump, les États-Unis ont fait beaucoup de progrès dans le monde sous Obama. L’image du pays était en lambeaux quand George W. Bush a quitté la Maison-Blanche, en partie en raison de la guerre en Irak. Obama a montré du respect pour les autres pays.

Or, Trump a une attitude d’intimidation depuis son enfance.

En entrevue, il m’a dit que, en son for intérieur, il n’avait pas changé depuis sa 1re année du primaire. Qu’il était, essentiellement, la même personne, avec la même attitude. Voulons-nous confier à un enfant de six ans la réaction américaine à d’éventuels actes terroristes ?

Dès que les États-Unis adop­tent une solution purement militaire à une crise, la situation empire. Ça prouve qu’il faudrait agir avec sang-froid s’il devait survenir d’autres attaques terroristes. Ce n’est pas dans la nature de Trump.

La route est encore longue avant d’arriver à la Maison-Blanche. Trump a-t-il vraiment une chance ?

Je m’attends à ce qu’il gagne les primaires du parti républicain. Sinon, je ne serais pas surpris qu’il organise d’immenses manifestations ou qu’il se présente comme un troisième candidat aux présidentielles.

Pourrait-il se faire élire ? Je ne sais pas. Chose certaine, il mènerait une lutte vicieuse contre Hillary Clinton. Contrairement aux autres candidats, il ne se sent aucunement lié par les règles élémentaires de savoir-vivre. Il faudrait s’attendre à la campagne la plus sale de l’histoire.

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15 commentaires
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« Il n’a pas d’idées arrêtées sur ce qu’il ferait à titre de président ». Ses nombreux discours démontrent qu’il veut construire un mur entre les États-Unis et le Mexique et que le Mexique devra en payer la note ! À suivre…

Il déclare qu’il diminuera les impôts des entreprises et de la classe moyenne, un discours de sourds qui ne fait que dire ce que les citoyens veulent entendre tout comme la même rhétorique raciale des péquoites durant près de 40 ans et de Marianne Le Pen et son père depuis les événements d’octobre de 1961.

Il déclare aussi qu’il ne laissera plus entrer aucun musulman aux États-Unis.

Si je comprends bien, Trump a plusieurs idées bien arrêtés contrairement à ce que vous dites.

Le nombre effarant de Mexicains qui viennent travailler sous permis temporaires pour les deux récoltes en Calofornie et Floride sera remplacé par qui exactement ? Nous pouvons imaginer une « guerre froide » diplomatique entre les États-Unis et les pays musulmans dont plusieurs sont Asiatiques.

Plus il brassera sa merde et plus l’odeur deviendra insoutenable, espérons que le vent se dirigera vers l’Océan Atlantique et non vers le Canada : )-

J’oubliais de dire que Trump en a contre l’establishment américain parce qu’elle n’est pas venu à sa rescousse lors de sa faillite au New Jersey. La fortune de Trump, selon les chiffres qu’il a lui-même déclaré lors de sa candidature pour la présidence démontre qu’il n’a qu’un demi milliard et non les 10 milliards qu’il invoque constamment.

Nombreuses sont les propriétés qui portent son nom, notamment au moyen-orient, mais pour lesquelles il n’a aucunement investit. J’imagine qu’après la fermeture des frontières aux musulmans que son nom sera radié de ces propriétés. C’est la même chose pour les propriétés en Hawaï qui sont la propriété des Japonais.

ses propriétés américaines sont grandement hypothéquées et l’une sert de levier à la deuxième, la deuxième sert de levier à la troisième etc. Un château de carte que s’effondera tout comme son « scheme » au New-Jersey.

Toujours mieux qu’une femme complètement corrompue qui veut gérer le déclin de son pays (comme Obama)

La journée que les pays producteur de pétrole qui cesseront de nous vendre du pétrole parce que nous avons sous l’ère de Harper, lécher les bottes de Bush, nous en reparlerons. Tout l’Est du Canada qui dénombre 74% des citoyens Canadiens en souffriraient grandement surtout avec les bavures qui n’en finissent plus au Québec sur la question de l’oléoduc.

Ouais en effet, faut être débile de vouloir gérer les crises économiques des républicains…

Je ne comprends votre intérêt à faire de la propagande et de détruire un candidat à ce point. Nous n’avons même pas le droit de vote. Il est évidant que c’est une lutte pour mettre une femme au pouvoir..

La question est : suivez vous au moins le débat? cet homme est un menteur…quand on le confronte à ses mensonges il n’a rien d’autre à dire que des insultes…. (genre que megan kelly est mentruée… ou qu’Hillary ne s’est pas lavée les mains après la toilette) … en plus ce sont des commentaires de gosses mal élevé… Tu imagine vraiment ce clown devant Merkel et lui dire : vous êtes frustré? vous êtes menstruée?…. il encourage les foules de ses »spectacles » à lyncher ceux qui protestent contre lui… il est incapable de même nommer un dirigeant d’état…. il a placé Paris au nord de l’allemagne sur une carte… sa femme (future première dame) a poser nue à plusieurs reprises … Quand on lui demande ses plans…il n’en a pas mais il est quand même affirmatif pour dire que c’est le meilleur plan….. il veut criminaliser l’avortement…. Son plan pour faire payer le mur au Mexicain? empecher les transfert de fond au mexique via les USA… wow…ca c’est un plan…. il a lui même fait 4 fois faillite…. ce qui est un joli score pour quelqu’un qui veut diriger la plus grosse économie du monde…. il veut couper les frais pour le militaire…enfin non juste pour la défenses de ses alliés…comment? en leur permettant d’acquérir la bombe atomique…. wow…ca c’est grandiose comme idée… (sans meme réaliser que l’influence des américains est justement lié à cette présence…retire là et dans quelque années, tout le monde se fichera d’eux…) Il parle contre l’immigration alors que ses 3 femmes sont toutes trois issues de l’immigration…. Quand à mettre une femme au pouvoir…. quelle absurdité…. d’une part, ou serait le mal? croyez vous qu’une femme puisse faire pire que les Bush? .. Oubliez vous qu’Hilary était candidate contre Obama? et quoi dans ce cas là elle a perdue pour mettre un nègre à la maison blanche? (désolée pour le terme… c’est pour illustrer le language utiliser par ses détracteurs, dont le charmant trump) … et Bernie Sanders qui la talonne dans les sondages? il est quoi lui dans ce méchant complot pour mattre une horrible femme au pouvoir? un faire valoir? un figurant? Ne pensez vous pas qu’elle a juste 1000 fois plus d’expérience, de diplomacie, d’idée? de légitimité?…C’est quoi cette mode idiote des femmes qui salissent les autres femmes qui ont réussit en tenant des propos orduriers ou mérpisant?

J’ai oublié un truc ou deux…. Pourquoi si nous n’avons pas le droit de vote nous nous en inquiétons? Peut-etre parceque c’est notre voisin? qu’il y a plus de 1,6 milliard ($Can, ou 1,2 usd) de marchandise qui passe de part et d’autre de la frontière chaque jours? Peut-être parsque c’est la plus grande puissance militaire du monde et que nous avons peur que se clown ait la possibilité de déployer une armée quand bon lui semble? Ne trouvez-vous pas qu’ils ont fait assez de dégat comme ça sous les Bush?

Bienvenue mlle Sophie au grand monde des aveugles volontaires qui se complaisent dans leurs dettes. Inch Allah !

J’avoue ne rien comprendre à ton commentaire…. ca n’a aucun rapport avec la discussion….

Mlle Sophie, vous le dites d’emblée « suivez-vous les débats » hors si une personne ne sait toujours pas la fumisterie entourant Trump, il doit demeurer dans un monde sans télé, internet, journaux et autres. C’est ce que j’appel de « l’aveuglement volontaire ». Tout citoyens bien pensant, sais bien ce que Trump fait depuis sa mise en candidature n’est-ce pas ? Cela n’a rien à voir avec le « démolissage » d’un candidat.

McLeans/Actualité : magazine partisan pour Trudeau et la corrompue. Bref même agenda politique que Radio-Cane/La Presse. McLean’s tente accessoirement de transformer Omar Khdar en héros

Je pense que Trump n’ aime et apprécie que lui-même ! Il n’ aime pas Obama c’ est évident parce qu’ il est noir et éduqué ; mais il n’ aime pas plus Hillary Clinton parce qu’ elle fait parti de l’ establishement démocrate et qu’ elle a déjà été première dame des U.S.A mais aussi et surtout parce qu’ elle est une femme ! Son colistier ne sera pas une femme c’ est sûr et la l’ opinion de la gent féminine ne l’ intéresse pas !

Donc en résumé il se défendra au poste de président(e) des États-Unis d’ amérique contre qui? Une femme et là il va frapper son Waterloo !!!!