Trump peut-il surprendre?

Le désir le plus fort de Donald Trump, «c’est de réussir, d’imprimer sa marque dans l’histoire», dit son biographe. Et si ça implique de changer ses politiques, le nouveau président des États-Unis le fera! Trop beau pour être vrai?

(Photo: AFP/Jeff Kowalsky/Getty Images)
(Photo: AFP/Jeff Kowalsky/Getty Images)

Imprévisible. Indiscipliné. Dangereux.

Aux yeux d’une bonne moitié des Américains — et d’une partie de la planète —, Donald Trump est une bombe à retardement, qui risque d’exploser dès que le milliardaire emménagera à la Maison-Blanche, en janvier.

Le controversé président entraînera-t-il son pays, et dans son sillon le monde, dans le chaos?

Du calme, lance son biographe, l’ancien journaliste Michael D’Antonio. «Aussi profond qu’en soit son désir, Trump ne pourra pas être un empereur et ses pouvoirs seront limités.» Il ne pourra mener le pays comme il dirige ses entreprises. Il devra, comme ses prédécesseurs, composer avec une série de contre-pouvoirs, et avec les États, qui détiennent aussi de puissants pouvoirs en matière d’éducation, de santé, d’environnement. Les États-Unis forment une fédération, pas un État unitaire.

Michael D’Antonio a longuement interviewé le mil­liardaire et ses proches pour écrire Never Enough: Donald Trump and the Pursuit of Success, un ouvrage très critique à l’égard de l’homme d’affaires, paru en 2015. L’auteur le décrit notamment comme un homme obsédé par son image. En entrevue, D’Antonio explique la décision de Trump de se lancer dans la course à la présidence par le désir de se venger des «élites», notamment new-yorkaises, qui l’auraient rejeté tout au long de sa carrière.

Ce même égo surdimensionné, qui nourrit le besoin de Donald Trump de vaincre à tout prix, devrait le porter à baisser le ton et à chercher des compromis, dit le biographe.

«Son désir le plus fort, c’est de réussir, d’imprimer sa marque dans l’histoire. Et si ça implique de changer ses politiques, il va accepter de le faire en un claquement de doigts, sans états d’âme», dit Michael D’Antonio, qui a déjà reçu un prix Pulitzer.

Selon lui, Donald Trump adore le rôle cérémonial et le prestige associés à la fonction de président, mais il ris­que d’être moins engagé dans les politiques que la plu­part de ses prédécesseurs. «S’il accueille des conseillers d’expérience dans son cercle de pouvoir — et je crois qu’il le fera —, il a la capacité de les écouter.»

EExergue TRUMP SURPRISE_Les partisans de son prédécesseur, Barack Obama, qui fondaient en celui-ci d’énormes espoirs de changement, se sont souvent montrés désillusionnés par la faible marge de manœuvre dont le président démocrate disposait — d’autant que la majorité appartenait aux républicains, tant à la Chambre des représentants qu’au Sénat. Donald Trump n’aura pas non plus les pleins pouvoirs.

L’article 2 de la Constitution américaine confère au président un pouvoir exécutif. Il nomme les membres de son administration. Il dirige la plus forte armée du monde. Dans les médias et sur la scène internationale, il en mène large. En politique intérieure, toutefois, ses pouvoirs sont plus restreints, en regard de ceux conférés au Congrès, qui adopte les lois, vote le budget — bien que le président ait un droit de véto.

Du Congrès sont venues les nombreuses frustrations du président Obama ces dernières années, notamment dans le dossier des armes à feu. Malgré les sanglantes tueries à répétition, il n’a jamais pu resserrer les règles entourant la possession d’armes. Le puissant Congrès, à majorité républicaine, s’y est toujours opposé.


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Pour l’heure, Donald Trump pourra compter sur un Congrès à majorité républicaine. Mais il devra d’abord rétablir les ponts avec des leaders de son propre parti. Le président désigné s’est fait de nombreux ennemis dans sa course vers la Maison-Blanche… Des centaines de républicains de haut rang ont refusé de l’appuyer. Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, l’a soutenu du bout des lèvres.

Nombre d’élus républicains réfractaires à Trump siégeront au Congrès. Pour entreprendre son programme, il devra forger une alliance avec eux. Ce ne sera pas toujours aisé. Et Trump sera-t-il un président rancunier?

En matière de libre-échange, par exem­ple, les positions protectionnistes du républicain se heurteront à l’opposition farouche de sénateurs et de gouverneurs d’États industriels, qui dépendent du commerce avec le Mexique et le Canada.

Malgré leur déconfiture électorale, les démocrates disposent encore d’une forte représentation au Sénat. Ils pourraient donc bloquer l’adoption de certaines lois en utilisant leur arme suprême: l’obstruction systématique (40 votes suffisent pour enrayer les travaux parlementaires).

Pour contrer le tout-puissant Congrès, Barack Obama a souvent eu recours, ces dernières années, à des décrets présidentiels. C’est ainsi qu’il a pu adopter l’accord de Paris sur le climat ou signer un important accord avec l’Iran. Mais Donald Trump serait malvenu de gouverner à son tour par décrets: il n’a cessé de répéter, pendant la campagne, que de telles manœuvres étaient «anticonstitutionnelles». La Cour suprême ne s’est pas encore prononcée sur le sujet.

De nombreuses positions de Trump en matière de santé, d’environnement et de fiscalité font frémir les démocrates. Mais d’autres promesses, comme celles de tailler en pièces l’establishment économique et politique de Washington et de réduire l’influence des lobbys, pourraient rallier une partie de la gauche américaine.

Le sénateur Bernie Sanders, qui avait mené une chaude lutte à Hillary Clinton lors des primaires démocrates, s’est dit prêt à soutenir le nouveau président si ce dernier compte  améliorer la vie des familles et des travailleurs», comme il l’a promis. Et si Trump devait rompre ses promesses?

En reportage en Ohio, avant les élections, j’avais posé cette question à un ancien chef de train à la retraite qui s’apprêtait à se prononcer, pour la première fois de sa vie, en faveur d’un candidat républicain.

«S’il ne fait pas le boulot, ne le réélisons pas dans quatre ans, c’est tout», m’avait-il répondu.

 

TOUT UN PROGRAMME!

— Anti-Obama —

Détricoter l’héritage d’Obama. Certaines mesures font frémir les progressistes, d’autres pourraient les rallier.

— Environnement —

Retirer l’appui des États-Unis à l’accord de Paris sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.Redonner du souffle à l’industrie du charbon, notamment en renversant des réglementations qui limitent les émissions de centrales électriques polluantes.

— Famille —

Accorder un congé de maternité (qui n’existe pas aux États-Unis) de six semaines, payé au taux de l’assurance-emploi. Aussi, permettre aux familles de déduire de leurs impôts fédéraux les frais de garde d’enfants.

 — Corruption —

Amender la Constitution pour limiter la durée des mandats de tous les membres du Congrès. Imposer un délai de cinq ans aux membres du personnel de la Maison-Blanche et du Congrès avant qu’ils puissent agir comme lobbyistes après leur départ.

— Fiscalité —

Voter les plus grandes baisses de taxes et d’impôts depuis Ronald Reagan, dans les années 1980. Les principaux gagnants: les sociétés et les plus riches.

 — Santé —

Mettre à la poubelle la loi sur l’assurance maladie, surnommée «Obamacare» — qui a permis à plus de 10 millions d’Américains d’obtenir, pour la première fois, une couverture médicale. Trump a promis de ne pas les laisser tomber, mais il n’a pas annoncé comment il s’y prendrait.

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La Constitution des États-Unis a été écrite collégialement ; l’un de ses principes fondateurs est la séparation des pouvoirs. Dans la hiérarchie de cette république c’est le Congrès qui arrive en premier, ce Congrès n’est pas monolithique puisqu’il est bicaméral. Vient ensuite le président qui doit nécessairement rendre des comptes à la Chambre des représentants et au Sénat. Les États membres de la fédération disposent aussi de de larges pouvoirs. Il en va de même du pouvoir judiciaire.

Puisqu’il y a prévalence du droit.

Globalement, même si tout ne saurait être parfait, la Constitution des États-Unis est une des rares constitutions qui soit encore en vigueur depuis 1789. Ce qui signifie que les piliers du Temple (maçonnique) ont encore été assez bien construits.

Même si le Congrès a au cours de son histoire conféré des pouvoirs étendus aux présidents, ce fut le cas notamment pour Franklin Roosevelt après l’attaque de Pearl Harbor, on ne conféra jamais à un président quel qu’il soit tous les pouvoirs ou presque, comme cela peut-être le cas ailleurs dans le monde.

Alors, le président Trump devra-t-il faire comme tous ses prédécesseurs : composer avec celles et ceux qui partagent la charge avec lui. Quoiqu’il en soit, ce qui est à surveiller c’est de voir si les politiques mises-en-œuvres au cours de ces prochaines années, permettront d’améliorer le sort de tous les américains ou bien alors pas.

Et qui sait ? — Ce président plutôt atypique pourrait tout aussi bien faire la job.

Je n’attends pas de miracle, comme vous dîtes le président n’a pas les main libres, mais je m’attends à ce que président Trump soit un bien meilleur président que ne l’a été Obama, ce qui par ailleurs ne devrait pas être bien difficile, notamment sur le plan économique.

Je vois d’un oeil très positif le fait que les trois branches de l’état fédéral soient maintenant «pro business» (tout comme la grande majorité des états)

Au sujet du commerce, notamment avec le Canada, vous pourriez être surpris car Trump pourrrait exiger (si on se fie à certains membres de son équipe) que l’accord de libre-échange (monstrueusement complexe et plein de trous) devienne beaucoup plus libre, ce qui voudrait dire que le Canada aurait du mal à conserver des nombreuses exceptions s’il désire conserver son accès au marché US.

Le désir le plus fort de Donald Trump, «c’est de réussir, d’imprimer sa marque dans l’histoire»,
C’est déjà fait !
Jamais un président n’a eu droit à une campagne médiatique de dénigrement aussi i8ntense et aussi soutenu par exactement tous les grands médias de masse, non seulemenrt aux ÉU, mais dans le monde entier (sous contrôle occidental).

Jamais dans l’Histoire nous avons vus autant d’appel à assassiner un nouvel élu.
Même en onde sur des radios grand public.
http://lesobservateurs.ch/2016/11/11/france-inter-trump-cest-le-candidat-qui-redonne-aux-americains-lespoir-lespoir-quil-soit-assassine-avant-son-investiture/

https://fr.sputniknews.com/societe/201611111028653550-journaliste-trump-appel/

Serge Charbonneau
Québec

Au niveau de la famille et de la corruption, il a l’ assentiment de la population ! Au niveau des traités internationaux comme le TPP , il a déjà pris officiellement sa décision la-dessus ; mais pensons à l’ OTAN, l’ ALENA ect… Il devra faire attention à certains lobbys qui ont pris position en sa faveur durant la campagne électorale et qui ont des positions extrêmes ( armes à feu par exemple).
Au niveau de son pouvoir exécutif, il faudra qu’ il s’ harmonise avec le parti républicain et le Congrès et même la Chambre des représentants qui sont majoritaires ! On sait que Trump s’ est mis à dos plusieurs sénateurs , gouverneurs et membres du Congrès !
Il ne peut défaire complètement le système d’ ass. médicaments,maladie ( Obamacare ) sans proposer une alternative ! Au niveau de l’ immigration , le fait de durcir la position actuelle pour ce qui est des Mexicains et pays arabes est à mon avis une bonne chose et ça donne le ton pour tous les autres pays! Bref je pourrais continuer encore et encore ; mais à bien y penser , il peut laisser sa marque dans l’ histoire que ce soit positif ou négatif assez facilement ! La grande majorité des gens qui le démonisent dans son pays; nous viennent des médias , de la gauche caviar, des environnementalistes! Donc si le nouveau président s’ est bien entouré , il pourra faire des actions qui resteront gravées dans l’ histoire ! Chose certaine, il a du pain sur la planche !

Quelque soit les « moves » que Trump fera, j’ai en piètre estime ceux qui participent à sa normalisation.