Trump: un argument pour la diversité

Combien de temps aurait tenu Trump dans un parti où on trouve des Latinos, des musulmans, des Noirs et la parité homme-femme?

Donald Trump lors d'un rassemblement à Sandown dans le New Hampshire, le 6 octobre 2016. (Photo: Robert F. Bukaty/AP)
Donald Trump lors d’un rassemblement à Sandown, dans le New Hampshire, le 6 octobre 2016. (Photo: Robert F. Bukaty/AP)

Il y a longtemps que j’ai arrêté d’attendre LE scandale qui va faire couler Donald Trump. On me l’a promis tellement souvent que j’ai l’impression d’être cet enfant, dans les films, à qui le père-qui-travaille-trop promet de venir le voir jouer au baseball.

Quand l’enregistrement de Trump décrivant ses techniques de prédateur sexuel a fait surface, je me suis donc dit: tiens, une autre affaire. Et je suis retourné vaquer à mes occupations.

Trump est un gros sexiste. Aussi au téléjournal ce soir: l’océan est mouillé.

Quiconque a lu un article et demi sur les candidats à la présidence américaine sait que Hillary Clinton est du genre à utiliser une adresse Hotmail pour envoyer un document confidentiel et que Donald Trump est un moron pas de classe.

Une banale «conversation de vestiaire», a relativisé l’équipe de Trump au sujet de cette vidéo. Si c’est ainsi qu’on parle dans les vestiaires, je suis content de ne m’être jamais mis au sport. J’aurais fini par me battre avec des gens trop en forme pour moi.

Pourquoi cet enregistrement serait-il plus explosif qu’un téléphone Samsung si tout ce qui est venu avant a laissé l’intolérant toupet indemne? Quand on est à l’aise avec des sorties racistes, des appels à la violence, du mensonge à la tonne et tout ce qui constitue l’œuvre de Trump jusqu’à ce jour, pourquoi débarquer du train maintenant?

Et pourtant… Sur les 160 républicains qui n’appuient plus le candidat de leur parti, 51 ont attendu que sorte cet enregistrement pour décider que c’en était assez.


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«En tant que père de deux jeunes filles», ont donc déclaré les uns, «en tant qu’époux d’une femme formidable», ont déclaré les autres, pour expliquer pourquoi ils ne pouvaient pas tolérer les paroles de Trump.

Semblerait que «en tant qu’humain», ça ne suffise pas. Il faut une épouse, deux enfants, une mère, deux gardiennes et une caissière à qui on fait de la jasette à l’épicerie pour bien comprendre que ce n’est pas correct de saisir quelqu’un par les organes génitaux afin de l’embrasser de force. Comme quoi l’empathie, ce n’est pas un mode par défaut chez l’humain.

Remarquez, certains n’ont même pas compris du premier coup. Selon Bloomberg, plusieurs candidats républicains ont dû se faire expliquer par leurs employées ou leurs épouses qu’ils ne pouvaient pas rester assis sur leurs mains en attendant que ça passe.

On n’a pas tous un Mexicain dans sa vie. Ou un musulman. Mais on a tous une femme. Et c’est probablement pourquoi cette histoire a collé alors que toutes les autres ont coulé sur le dos de Trump comme sur le dos d’un connard.

Savez, quand on vous achale avec l’importance de la diversité en politique? Quand on vous casse les oreilles avec le manque de femmes et les lieux de pouvoir si blancs qu’on doit les regarder à travers une boîte à souliers pour ne pas devenir aveugle? Eh bien, voilà. C’est de ce genre de situation qu’on parle.

Il y a une limite à ce qu’on peut tirer du récit de vie d’un homme blanc qui a étudié en droit avant d’aller en politique. Ça prend des femmes qui savent à quoi ça ressemble du sexisme, des gens qui savent ce que c’est de vivre avec un autre nom que Tremblay, des gais qui savent que l’homophobie existe encore, des chevelus pour dénoncer la hausse du prix du shampoing et des semi-chauves pour dénoncer le comb-over-shaming.

Combien de temps aurait tenu Trump dans un parti où on trouve des Latinos, des musulmans, des Noirs et la parité homme-femme? À mon avis, moins de temps qu’il n’en faut pour dire pussy.

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2 commentaires
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Franchement, la plupart de ces Républicains étaient déjà tièdes à l’idée que Trump soit leur candidat. Rappelez-vous; ils étaient seize à vouloir être chefs à la place de l’orange agaçante. Quand Trump a gagné, ils ont donné leur appui du bout des lèvres, ont parlé de l’importance de faire front commun et ont fermé leur gueule. De scandale en scandale, ils se trouvaient des justifications de plus en plus compliquées pour soutenir ce candidat, jusqu’à temps que le premier lemming craque sous la pression et entraîne les autres. Ce scandale n’était pas tellement plus gros que les autres; il était seulement la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de Républicains.