Ukraine : vers des élections chaotiques

Chaos interne, désorganisation de la réaction internationale, guerre médiatique : en Ukraine, la crise prend une tournure qui semble échapper à ses protagonistes, à l’heure où s’organisent des élections présidentielles annoncées comme décisives.

Photo : AFP / Getty Images
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Plongée au cœur d’un jeu de puissance — et d’impuissance — entre Moscou et l’Occident, l’Ukraine semble aujourd’hui au bord de l’éclatement.

PolitiqueChaos interne, désorganisation de la réaction internationale, guerre médiatique : la crise prend une tournure qui semble échapper à ses protagonistes, à l’heure où s’organisent des élections présidentielles annoncées comme décisives.

Une «guerre civile» ?

Les rebelles séparatistes en Ukraine semblent à présent suivre une logique qui leur est propre. En témoigne la tenue du référendum le 11 mai dernier, organisé dans le Donbass (regroupant les régions de Donetsk et Lougansk) «contre l’avis» de Vladimir Poutine. Une autre stratégie du Kremlin ? Pas si sûr.

La dynamique du «détachement» s’est véritablement enclenchée et institutionnalisée au pays. Au-delà d’une illégalité unanimement condamnée (absence de liste et de seuil électoral), ce scrutin délégitime le pouvoir central en amont des élections présidentielles, censées porter au pouvoir un gouvernement représentatif et démocratique le 25 mai prochain.

Face à l’impuissance d’un gouvernement provisoire qui n’a pas su les rallier, les minorités séparatistes «surfent» de plus en plus sur l’emballement médiatique et plongent le pays dans le chaos.

La force des mots

Si l’on conteste leur légalité, la réalité de ces détachements agit sur les perceptions des populations de l’est et du sud de l’Ukraine, jusqu’à présent peu favorables à une division du pays… le tout sur fond d’une guerre médiatique acharnée que se mènent médias russes et ukrainiens.

Chaque événement, si malheureux soit-il, est relayé de manière souvent excessive et déformée par une propagande dont nul camp n’est exempt : entre l’avidité de l’«Ours russe» et le coup d’état des «néo-nazis ukrainiens», les récits se croisent et s’ancrent dans les imaginaires de tous bords, alors qu’on se demande inlassablement : «mais que fait l’Occident ?».

Désorganisation à l’Ouest

Avec l’éclatement de l’Ukraine, on assiste à la «déconstruction» d’un ordre européen patiemment érigé à grands renforts de textes, de réunions multilatérales et de principes fondateurs.

La crise révèle l’impuissance des pays occidentaux devant le chaos ukrainien et les manœuvres russes. Question de volonté ? De moyens ?

Le rapport de 1 à 10 entre les armées ukrainienne et russe laisse craindre le pire, si les «bruits de bottes» aux frontières du pays venaient à se transformer en réel affrontement.

Pourtant, l’OTAN n’est pas prêt d’intervenir en Ukraine, la solution militaire étant — pour l’instant — proscrite entre puissances nucléaires, puisqu’aucune d’entre elles ne désire se lancer dans une guerre coûteuse.

Ainsi, les institutions multilatérales sont «bloquées» : l’ONU est absente, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) «hiberne», les États-Unis restent indécis et l’Union européenne demeure divisée.

À l’heure actuelle, la piste privilégiée reste donc l’arme économique, les sanctions de «phase 3» visant des pans entiers de l’économie russe (finance, énergie) — si Moscou venait à perturber l’élection présidentielle.

Ces sanctions seront difficiles à lever, étant donné que l’isolement du Kremlin agit comme un repoussoir pour les investisseurs, au sein d’un marché russe dont les économies européenne et américaine dépendent de manière conséquente.

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Européens et Américains soutiennent aujourd’hui des élections considérées comme une panacée à la crise. Mais ce scrutin ne pourra se dérouler que sur trois quarts du pays, de manière différenciée (partis interdits dans certaines régions) en l’absence de candidats «porteurs».

Le contexte laisse donc craindre de nouveaux affrontements, dans un pays qui compte déjà ses morts — et dans lequel le «fossé des divisions» paraît aujourd’hui trop important à combler.

Aurélie Allain
Chercheure en résidence, Observatoire de géopolitique
Chaire @RDandurand @UQAM
Suivez-la : @allainaurelie

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À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte plus de 30 chercheurs issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.

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1 commentaire
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Ce qui se passe actuellement en Ukraine me fait indéniablement penser à ce qui se serait passé dans l’éventualité d’un éventuel « oui » à 51% à la séparation du Québec suite à une question fleuve et surtout imprécise dont les péquistes raffolent.

Plusieurs voix se seraient alors élevées, surtout dans l’Ouest du Québec, pour demeurer au sein de notre beau et grand Canada et ça aurait été le foutoir total pour des dizaines d’années.

Ne trouvez-vous pas que nous sommes beaucoup mieux à l’intérieur de notre Canada?