Un an de Coderrisme

Denis Coderre est de tous les lancements et de toutes les inaugurations. Il incarne en ce sens un idéal de proximité, pour ne pas dire une certaine bonhomie, tout à fait compatible avec l’exercice du pouvoir dans le monde municipal, dit Brian Myles.

Photo: Mario Beauregard/La Presse Canadienne
Photo : Mario Beauregard/La Presse Canadienne

Politique
Un an déjà. À force de le voir partout, on a pourtant l’impression que c’est en fait une éternité. Denis Coderre a définitivement imprimé sa marque sur Montréal.

Le 3 novembre marquera le premier anniversaire de l’élection de Denis Coderre à la mairie. Dépeint tour à tour comme un «omnimaire» ou un «kid Kodak», l’ancien député libéral se targue d’avoir remis Montréal sur la «mappe».

Pour y parvenir, il s’est surtout mis lui-même à l’avant scène du débat politique.

Denis Coderre est de tous les lancements et de toutes les inaugurations. Il incarne en ce sens un idéal de proximité, pour ne pas dire une certaine bonhomie, tout à fait compatible avec l’exercice du pouvoir dans le monde municipal.

Le maire est présent, le maire est visible. C’est l’essence même du «Coderrisme».

Comme Régis Labeaume à Québec, son indéfectible allié dans la bataille pour réformer les régimes de retraite, Denis Coderre a personnalisé la fonction de maire. Il est à la fois un leader, une mascotte, un amoureux fou des caméras.

Son désir d’être aimé et apprécié n’est jamais aussi manifeste que lorsqu’il donne des entrevues. Face aux critiques, il a la mèche courte.

Vendredi, au micro de C’est pas trop tôt, Denis Coderre s’est vite impatienté lorsque l’animatrice Marie-France Bazzo a évoqué la mise en garde des ingénieurs de la Ville de Montréal, selon lesquels les risques de collusion et de corruption sont toujours présents à l’hôtel de ville.

«C’est faux. C’est des balivernes. On a complètement ouvert les données. On travaille de façon transparente», a lancé le maire Coderre, indigné qu’on «trouve des bibittes» où il y en a pas.

«C’est sûr qu’on peut ramener du cynisme et du pessimisme. La réalité, c’est que beaucoup de choses ont changé», a-t-il enchaîné.

Le maire jovial voudrait que les Montréalais portent tous des lunettes roses. Il s’est dit sérieusement persuadé que son meilleur coup, c’est d’avoir instauré «un changement d’attitude» à Montréal. «Le monde est content, le sourire est revenu dans la face. On est passé de ville inexistante à une ville forte et incontournable».

Rien de moins. Imaginez ce qu’il nous réserve pour les trois prochaines années de son mandat.

M. Coderre devrait prendre un peu plus sérieusement les signaux d’alarme, comme par exemple ce sondage de la Commission de la construction du Québec (CCQ) dont j’ai traité récemment.

Le quart des entrepreneurs au Québec et le tiers des syndiqués de la construction ont été eux-mêmes témoins directs de cas de malversation ou de collusion. Par quel miracle Montréal échapperait-il à cette triste réalité ? L’inspecteur général Denis Gallant, dont M. Coderre vante le travail, n’est quand même pas le Big Brother de la surveillance des chantiers.

Dans un rapport publié cette semaine, le Bureau de l’inspecteur général (BIG) s’est dit préoccupé par l’octroi d’un contrat de près de 277 000 dollars à la firme Acertys à l’occasion du grand réaménagement de la rue Sainte-Catherine. L’appel d’offres est «hautement problématique», a dit Denis Gallant.

Des fonctionnaires sans génie ont exigé que les firmes soumissionnaires possèdent au moins 20 ans d’expérience en interaction avec le public et qu’elles aient obtenu au moins deux contrats de concertation, avec des honoraires de plus de 100 000 dollars, pour se qualifier.

Ces exigences ont limité la concurrence dans une ville qui a pourtant un grand besoin d’oxygène et de nouveaux joueurs.

Acertys bénéficiait par ailleurs d’une longueur d’avance sur ses concurrentes, puisqu’elle avait préparé les plans et devis préliminaires, dans le contexte d’un contrat de gré à gré octroyé sur recommandation d’un chef de division au Service des infrastructures, des transports et de l’environnement. Ce cadre a insisté pour faire partie du comité de sélection, et il a communiqué avec Acertys, ce qui contrevient à la politique de gestion contractuelle de la Ville.

Après tous les scandales de corruption et de collusion qui ont miné l’hôtel de ville, c’est franchement indécent. Quelqu’un, quelque part, n’a rien compris.

L’épisode, en apparence anodin, montre que le changement de culture tant attendu sera long, complexe et parsemé d’embuches.

La dernière chose dont Montréal a besoin, c’est d’un maire qui refuse de voir la réalité en face. L’assainissement des mœurs dans l’attribution des contrats publics appartient à la catégorie des corvées permanentes. Si on arrête de passer le balai, les saletés reviendront vite s’incruster sur le plancher lustré de l’hôtel de ville.

Denis Coderre a une belle occasion de passer de la parole à l’acte. Il doit donner le ton et faire un exemple du cas d’Acertys, même s’il ne s’agit pas d’une affaire de corruption ou de collusion. Si les choses ont véritablement changé à Montréal, il serait de mise de reprendre à zéro le processus d’octroi du contrat.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

Laisser un commentaire

Il ne faudrait pas oublier le stationnement à Montréal qui est entre les mains du privé, qui charge des prix exhobitant. Où va cette argent je devrais dire à qui? Monsieur Coderre devait y voir et on n’en entend plus parler?