Un bilan de l’ère Marc Parent au SPVM

Si le chef de police Marc Parent était si apprécié du maire, pourquoi les deux hommes n’ont-ils pas annoncé ensemble ce départ ?

Photo : Blogocram/Flickr
Marc Parent (à droite). (Photo : Blogocram/Flickr)

PolitiqueAprès bientôt cinq années à la tête du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent a tiré sa révérence de manière totalement inexpliquée, jeudi.

Il faudra se satisfaire des explications nébuleuses fournies par le chef et le maire, Denis Coderre. Ils ont tous deux accordé leurs violons pour déclarer qu’il n’y avait pas l’ombre d’un début de tensions entre le SPVM et l’hôtel de ville.

Les apparences sont bizarres. Si le chef Parent était si apprécié du maire, pourquoi les deux hommes n’ont-ils pas annoncé ensemble ce départ, prévu pour septembre prochain ? Pourquoi ne pas se féliciter mutuellement, tapes dans le dos et poignées de mains, devant les caméras ?

Jusqu’en février 2014, le maire Coderre clamait haut et fort qu’il avait totalement confiance en Marc Parent, et qu’il souhaitait renouveler son mandat de cinq ans, à partir de septembre 2015. Le chef Parent ne manifestait alors aucune fatigue, aucun désir de «relever des nouveaux défis» dans un ailleurs inconnu.

La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, n’avait toujours pas publié le décret confirmant le renouvellement du mandat de Marc Parent. L’attentisme pesait lourd au quartier général du SPVM.

Marc Parent affirme qu’il part «sans amertume», avec le sentiment du devoir accompli et la certitude que la relève est prête à l’interne.

L’accalmie du printemps, sur le front des négociations et des manifestations, lui a donné l’occasion d’annoncer son départ sans trop faire de vagues. Le maire Coderre a exprimé ses regrets, car il souhaitait, dit-il, que Marc Parent poursuive son travail.

Parent a indiqué en entrevue qu’il ne se voyait pas à la tête du SPVM pour un autre cinq ans. Son mandat a été dur et éprouvant en raison des manifestations du printemps érable et des scandales de corruption à l’interne.

Ian Davidson et Benoit Roberge, deux policiers corrompus par le crime organisé, ont fait très mal à la réputation de l’organisation. La banalisation de la brutalité, lors des manifestations étudiantes, a aussi fragilisé le lien de confiance entre le SPVM et la jeunesse pour des années à venir.

La donne a changé, sans que personne ne puisse mettre le doigt sur le bobo. De nombreuses sources affirment que Marc Parent et le directeur général de la Ville de Montréal, Alain Marcoux, étaient à couteaux tirés sur la gestion budgétaire de la police. «Balivernes», a rétorqué Denis Coderre.

La piètre gestion du grabuge à l’hôtel de ville par la direction du SPVM, en août dernier, n’a pas aidé la cause de Marc Parent. Les cols bleus et les pompiers ont foutu un joyeux bordel sur le plancher du conseil, pendant que les policiers sont restés les bras croisés. Avant d’intervenir, ils attendaient un ordre du quartier général qui n’est jamais venu.

Les relations de Marc Parent avec le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francœur, étaient devenues très tendues. Les négociations en vue du renouvellement de la convention collective, ainsi que l’échec d’un projet pilote sur les horaires de travail, ont achevé le lien de confiance, autrefois solide, entre les deux hommes.

Jeudi, le silence observé par Yves Francœur parlait beaucoup. Dans les us et coutumes policières, il est de bon ton de souligner, même pour un chef syndical, l’apport inestimable et la grande contribution d’un directeur qui choisit de tirer sa révérence. Ce passage obligé était d’autant plus nécessaire que Marc Parent a consacré 31 années de sa vie au service du SPVM, gravissant les échelons un à un, pour passer de simple patrouilleur à directeur.

Dans l’histoire du SPVM, aucun chef n’a pu s’accrocher à son poste très longtemps après avoir perdu la confiance du puissant syndicat des policiers. Il s’agit là d’une explication fort plausible au départ précipité de Marc Parent.

À l’heure des bilans, il aura fait mieux que son prédécesseur, Yvan Delorme, pour s’attaquer au profilage racial et modifier le comportement et les attitudes des policiers à l’égard des membres des minorités. C’est déjà beaucoup, quand on se rappelle le climat de tension qui régnait à Montréal-Nord, en 2008, après que le policier Jean-Loup Lapointe eut abattu le jeune Fredy Villanueva.

La haute direction est persuadée qu’elle a bien géré le printemps érable, un mouvement social d’une ampleur inégalée dans l’histoire du Québec. L’approche du SPVM a d’ailleurs été étudiée par de nombreux corps policiers en Amérique du Nord.

Les étudiants avaleront leur café de travers en lisant ces lignes, mais c’est bien la perception que le SPVM a de son propre travail. Le bilan est loin d’être parfait, mais il est vrai que le SPVM a cherché à respecter le droit de manifester des étudiants, tout en réprimant les gestes inacceptables de saccage et de grabuge. Aucun corps de police au Canada n’a été confronté à de tels défis.

Marc Parent avait ses défauts : une obsession pour le contrôle de l’information et le coulage, et des difficultés à asseoir son leadership à l’interne. Du début à la fin de son mandat, des officiers, actifs ou retraités, ont contesté ses décisions. Ils ne lui ont pas fait de cadeaux.

Sur l’essentiel, il a vu juste. Dans une société où la criminalité est en baisse constante, dans une ville multiethnique marquée par d’importants problèmes de pauvreté, d’exclusion sociale et de maladie mentale, la police doit contrôler ses instincts paramilitaires, et poursuivre son virage communautaire. Il en va du lien de confiance du public à l’égard de l’institution.

Il faudra espérer que son successeur manifeste la même sensibilité face à ce nécessaire changement de culture.

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Marc Parent est un homme intègre et fier.Il a le S.P.V.M. tatoué sur le coeur et se faire dire ce qu’il a à faire n’est pas dans ses gênes.Il préfère se retirer et se rendre utile ailleurs.Surveillez la nomination du remplaçant.Vous aurez probablement la réponse à vos questions.

Ce pauvre clochard qui résonnait (et non raisonnait) a quitté la place publique pour faire de la télé au canal Lachine.