Un chien en ski (dans un texte sur l’économie) !

«Yé ! Un nouveau budget ! Hourra ! Avez-vous sorti les ailes de poulet, les nachos et la piñata en forme de déficit pour écouter le ministre Leitao ?» Un billet humoristique de Mathieu Charlebois.

PolitiqueYé ! Un nouveau budget ! Hourra ! Avez-vous sorti les ailes de poulet, les nachos et la piñata en forme de déficit pour écouter le ministre Leitao ?

Bien sûr que non. Un budget, c’est plate. Pour la moyenne des ours et des humains, un budget provincial, c’est un peu comme un souper gastronomique constitué de biscuits soda (émission Les chefs !, prenez des notes).

Et il en va de même pour tout ce qui touche de près ou de loin à l’économie.

«Les économies», comme un rabais de 2 dollars sur une boîte de biscuits, ça va. Mais «l’économie» — comme ce qui fait que l’usine de biscuits va s’installer derrière chez vous plutôt qu’en Chine —, ça passe moins bien.

Il faut pourtant s’y intéresser, sinon, on peut se faire passer un peu n’importe quoi.

C’est pourquoi j’ai décidé de vous parler aujourd’hui de chiffres, de budget, d’économie, de dette et de… NON ! RESTEZ ! Tenez, voici un super mignon lapin surpris.

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Vous êtes prêts à me suivre ? Super.

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Voici de petites choses à garder en tête quand vous lisez des nouvelles économiques.

1– Les experts

On rit souvent des météorologues et de leurs prédictions, qu’on dit peu fiables. N’en demeure pas moins que si trois mètres de neige arrivent, ils le savent généralement à l’avance. Les économistes et les experts de la finance, eux ? Je ne dirai qu’une seule chose : crise financière de 2008.

Aussi, à partir des mêmes données, deux experts peuvent arriver à des conclusions complètement opposées quant aux mesures à prendre. Prenons deux des économistes les plus marquants du XXe siècle, John Maynard Keynes et Friedrich Hayek.

Quoi ? Vous ne les connaissez pas ? Bon… Je ne vous expliquerai pas en long et en large leurs idées mais on pourrait dire que Keynes et Hayek, c’est un peu comme Joe Beef et Le Commensal. Ou Éric et Pierre Lapointe. Ou le Grand Prix et ma passe d’autobus.

Si tu veux te faire dire que l’État doit intervenir dans l’économie, tu demandes à un fan de Keynes. Si tu veux te faire dire que l’État devrait se tenir tranquille, tu demandes à celui qui a un chandail avec «Que ferait Hayek ? » d’écrit à l’avant, et «Rien. Le monde est trop complexe pour qu’on tente de l’influencer» à l’arrière.

L’idée à retenir : les chiffres sont neutres, mais les gens qui les interprètent et nous disent ce qu’il faut faire le sont autant qu’un journaliste sportif montréalais qui couvre le Canadien.

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Toujours là ? Parfait. On continue.

2– Les chiffres

Il est important de retenir qu’un chiffre tout seul, sans contexte, ça ne veut rien dire. Et aussi que, malheureusement, les gens qui veulent vous faire peur aiment beaucoup les chiffres sans contexte.

Si je vous dis, par exemple : «Manger 20 livres de steak», vous me répondrez sans doute que c’est beaucoup de viande. De quoi faire une crise cardiaque, même.

Or, il n’en est rien, puisque celui qui va manger ces 20 livres de steak, c’est cet ours qui fait des tatas.

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«Tiens, mon dîner qui me salue. Allô dîner !»

Petit détail qui change tout, n’est-ce pas ?

C’est la même chose quand on vous annonce que la dette du Québec est de 198 milliards de dollars. C’est un gros chiffre, mais tel un Marcel Marceau économique, il ne dit rien.

On aura beau fixer le «Compteur de la dette québécoise» de l’Institut économique de Montréal (IEDM) jusqu’à tomber dans un état d’hypnose, on ne sera pas plus informé sur la situation.

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On remarquera cependant que l’IEDM arrive à un chiffre plus élevé que celui que calcule le gouvernement. Pourquoi ? Parce que l’institut y ajoute la dette des universités, des municipalités et des autres entreprises sous la responsabilité finale du gouvernement.

On raconte qu’il a aussi pensé y inclure les frais de retard à la bibliothèque et au club vidéo, histoire de faire grimper le chiffre encore un peu.

Parce que le gros chiffre, il fait peur. Et l’IEDM veut que vous ayez peur.

Même que si vous avez envie de pouvoir paniquer sur ce chiffre où que vous soyez, l’IEDM a conçu une application pour téléphone intelligent. Faire une fixation maladive sur un chiffre que l’on ne remet pas en contexte et qui ne veut rien dire en lui-même ? Y a une application pour ça !

Or, la dette d’un pays ou d’une province doit être mise en relation avec l’argent dont dispose le pays ou la province.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Tout simplement que si Pierre Karl Péladeau doit s’endetter de 400 dollars pour s’acheter un nouveau vélo (situation fictive), ça le met moins dans le trou que s’il était un employé à temps partiel chez Dollarama.

Ainsi, la dette du Québec représente en ce moment 54,3 % du PIB.

Est-ce beaucoup ? Est-ce trop ? Ça dépend des experts à qui l’on pose la question, ce qui nous ramène à la première partie de ce texte.

Pendant que François Legault crie «bouuuuuuh, Joe Dette, bouuuuuh !», Pierre Fortin, lui, croit que «rien ne justifie la panique». Qui croire ? Aucune idée. Je sais seulement que la dette du Japon représente 241 % de son PIB et que le pays existe encore. Signe que l’économie, ça se résume à beaucoup plus qu’à un seul chiffre.

Il en va de même pour la péréquation, ce fameux «B.S.» qu’on reçoit du fédéral. Des provinces qui bénéficient de la péréquation, le Québec est celle qui en reçoit le plus. Les alarmistes comme le président de Couche-Tard aiment bien arrêter l’histoire juste là. Le chiffre est gros, alors le chiffre est mauvais, alors le Québec devrait avoir honte de ce gros chiffre.

Sauf que le montant que reçoit une province en péréquation est en partie lié à sa population. En 2012, nous recevions 915 dollars par habitant. La même année, chaque habitant de l’Île-du-Prince-Édouard recevait 2 320 dollars.

S’il n’y avait alors eu que 100 personnes au Québec, nous aurions reçu 91 500 dollars en péréquation.

Un bon moyen de faire baisser la quantité de péréquation que reçoit le Québec ? Diminuer le nombre de Québécois. Deux bons moyens d’y arriver ? Rendre les Québécois malades avec la sloche vendue par Couche-Tard ou les faire manger par l’ours qui fait des tatas.

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Toujours là ? Je voulais juste vérifier.

3– Mais là, Mathieu, es-tu en train de nous dire que tout va bien au Québec et qu’on essaie de nous faire paniquer pour rien ? Parce que ça sonne vraiment comme ça ton affaire.

Non. Je ne dis vraiment pas ça.

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Il y a un consensus au Québec : tous les articles qui parlent d’économie doivent débuter en disant qu’il y a un consensus. «Le Québec doit donner un coup de barre», «La province vit au-dessus de ses moyens», «Nos enfants vont tous vivre dans des bidonvilles et vont devoir manger le cadavre de nos vieux si on ne fait rien !», etc.

Être conscient des éléments cités aux points 1 et 2 de ce texte n’empêche en rien d’être d’accord avec ce consensus. Même qu’en gardant ça en tête, vous arriverez peut-être à une opinion encore plus radicale sur ce qui doit être fait.

Mais au moins, vous saurez pourquoi.

Voilà. C’est tout. Voici le chien en ski. Vous le méritez bien.

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Lisez ici la réplique de Michel Kelly-Gagnon en réponse à ce billet de Mathieu Charlebois >>

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et collabore au webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

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Si la péréquation est distribuée selon le nombre des citoyens dans la province, alors c’est Ontario qui devrait bénéficier le plus de la péréquation. La population ontarienne étant de 13,5 millions d’habitants et celle de Québec n’est que de 8,2 millions ( http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l01/cst01/demo02a-eng.htm).
Voici le niveau de péréquation en 2014-15 par province ( http://www.fin.gc.ca/fedprov/mtp-fra.asp)
Québec : 1130 $ par habitant / total de 9,286 milliards $
Ontario : 146 $ par habitant / total de 1,988 milliard $
Vous avez raison sur ce point: les chiffres sont neutres et ce qui ne l’est pas c’est la façon de les interpréter. Ce qui est surtout malsain, c’est lorsqu’on tente d’induire en erreur des lecteurs mal informés (faute du temps libre et excès de confiance en certains chroniqueurs de médias populaires). C’est encore plus dommageable lorsque cela se fait par les journalistes, quant aux politiciens on en est déjà habitué.

« S’il n’y avait alors eu que 100 personnes au Québec, nous aurions reçu 9 150 dollars en péréquation. »

Oups…

J’avoue que tout le monde peut se tromper mais venant de quelqu’un qui veut remettre les chiffres en contexte, ça paraît mal.

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