Un congrès crucial pour les libéraux d’Anglade

Les militants doivent rappeler à leur cheffe que son premier devoir est de promouvoir les valeurs libérales.

Jacques Boissinot / La PResse canadienne, montage : L’actualité

L’auteur a été journaliste, puis sénateur. Il est aujourd’hui directeur à la firme nationale de conseil stratégique Navigator et senior fellow à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.

Les militants du Parti libéral du Québec se réunissent en congrès à Québec en fin de semaine. J’y serai. Pour la première fois, je n’assisterai pas à un congrès politique en tant que journaliste, mais à titre d’« observateur ».

Je ne suis pas un militant. Si j’ai songé, si je songe encore parfois à jouer un rôle dans le débat d’idées au sein du PLQ, ce n’est pas par goût du pouvoir. C’est parce que j’ai à cœur l’avenir des valeurs libérales au Québec.

Si le Parti libéral est, de loin, la plus vieille formation politique dans l’histoire de notre nation, c’est parce que les idées libérales ont toujours été présentes et influentes au Québec. L’existence continue de ce mouvement a joué un rôle central dans notre histoire. Notamment à toutes les époques où, comme aujourd’hui, une vague nationaliste y déferlait, les libéraux se sont assurés de faire barrage aux excès, de sorte que les droits fondamentaux des Québécois soient protégés, que la place du Québec au sein de la fédération canadienne soit garantie et que son économie soit préservée des excès de dirigisme et de bureaucratie.  

Il ne s’agit pas d’être antinationaliste ; le PLQ n’a plus à faire la preuve de son attachement indéfectible au Québec. Il s’agit de prendre les moyens pour que le nationalisme québécois s’exerce dans le respect des droits fondamentaux, comme l’ont toujours voulu les Québécois eux-mêmes.

Quels que soient les résultats des prochaines élections provinciales, cet équilibre sain doit demeurer. Jusqu’à preuve du contraire, seul le PLQ est en mesure de jouer de le maintenir. La combinaison fédéralisme-libéralisme politique-libéralisme économique est la marque du Parti libéral du Québec. Tout exercice de rebranding serait à la fois futile et délétère.

« Connecter »

Certains voudraient voir le PLQ délaisser ses principes pour « reconnecter » avec l’électorat francophone. Il est vrai que le vote libéral francophone a été en partie siphonné par la CAQ. Mais les libéraux ne sont pas les seuls à avoir souffert de ce phénomène. Si les libéraux reçoivent les intentions de vote de seulement 10 % des francophones québécois (selon le plus récent sondage Léger), les péquistes en reçoivent 13 % — on est dans les marges d’erreur — et les solidaires 12 %. Qui insiste auprès de Québec solidaire pour qu’il « reconnecte » avec les francophones ?

Par ailleurs, le Parti libéral continue d’être la formation politique où une forte majorité d’anglophones et d’allophones se sentent le mieux accueillis. C’est une force, pas une tare.

Comme observateur sympathique au courant libéral, j’espère voir les militants éviter les virages brusques visant d’illusoires gains à court terme. J’espère les voir « connecter » avec les valeurs libérales, auxquelles les Québécois ont toujours été attachés, quoi qu’on en dise.

En fin de semaine, je serai à l’écoute des débats d’idées. Au conseil général de la CAQ la semaine dernière, le cahier de résolutions a été adopté intégralement, sans une seule modification. Un bel exemple de discipline ! Cependant, au PLQ, les orientations fondamentales du parti sont en jeu. J’espère qu’il en sera question, sinon dans les ateliers, au moins dans les corridors. Je sais bien que les médias, pour des raisons que je comprends parfaitement, sont à l’affût du moindre débat, y trouvant la preuve de « divisions ». Mais qu’est-ce qu’une formation politique sinon un lieu où l’on devrait pouvoir discuter d’idées et faire des choix, en fonction de nos valeurs profondes ?

Un moment de vérité ?

On entend souvent dire qu’au Parti libéral, les militants ne pensent qu’au pouvoir, comme s’ils se désintéressaient complètement de faire avancer leurs idées. Je n’y crois pas, et j’espère voir en fin de semaine la démonstration d’un parti politique en vie, d’un parti politique qui échange, d’un parti politique qui fait des choix.

Et la cheffe ? Selon la Presse Canadienne, le congrès sera « un moment de vérité pour Dominique Anglade ». Je ne connais pas beaucoup Mme Anglade, mais je sais que c’est une femme brillante, déterminée et résiliente. Que ses discours de la fin de semaine soient extraordinaires ou simplement bons, je n’ai pour ma part aucun doute qu’elle va mener les troupes libérales lors des élections de 2022.

Cependant, Mme Anglade n’est pas seule. Elle est cheffe d’une formation politique qui doit certes l’appuyer de toutes ses forces, mais qui doit aussi l’informer sur l’état d’esprit des troupes et dialoguer avec elle. En tant que simple observateur, je m’attends à ce que les militants soutiennent leur cheffe, tout en lui rappelant que son premier devoir est de promouvoir les valeurs libérales.

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Monsieur Pratte déclare ne pas être militant du PLQ, de simplement faire cette précision me permet de douter de son affirmation. Cette affirmation a peu être pour but de nous faire croire qu’il est neutre relativement à ses propos ! Par contre , il démontre clairement être un ardent sympathisant des valeurs libérales mis de l’avant par le PLQ . Il va même jusqu’à dire Que ce parti ne doit pas trop changer ses valeurs et ce dans le but de charmer plus de francophone. Ne pas changer pourrait signifier faire du sur place dans les résultats électoraux. Pourtant beaucoup d’électeurs ont rejetés le PLQ .Son texte doit réconforter les électeurs autres que ceux du PLQ . Effectivement être sympathisant du PLQ n’est pas une tare mais être constamment dans l’opposition peut l’être.

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Monsieur Pratte,
Tout d’abord plein de gratitude pour votre engagement.
Voici cependant des exemples de mots qui viennent à l’esprit en vous lisant: attitude d’éteignoir, anti-nationalisme, aucune préoccupation pour le français au Québec, donneur de leçons aux francophones, prétention dénuée d’autocritique.
Encore plein de gratitude.

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Je suis une libérale depuis toujours et une fédéraliste ouverte sur le monde, tout en souhaitant promouvoir et protéger notre langue française au Quebec, Je sais que Madame Anglade a un gros défit à relever devant la CAQ.
Mais les Libéraux du Québec ont une ouverture d’accueil d’immigrants compétents chez nous afin de combler les besoins criants dans les différents domaines de notre Société. Et ce, à l’exemple de la venue au Québec de la famille de cette dame et de combien d’autres gens venus d’ailleurs. Cette ouverture sur le monde sera notre force dans bien des domaines au Québec!

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