Un couronnement pour Peter MacKay ? Pas si vite

Premier choix des membres du Parti conservateur, Peter MacKay pourrait néanmoins perdre la chefferie… par quelques miettes.

Crédit : L'actualité (photo originale : La Presse canadienne)

Un sondage de Recherche Mainstreet mené auprès de milliers de membres du Parti conservateur du Canada nous indique que la course est loin d’être gagnée pour le présumé candidat favori Peter MacKay. Non seulement le député ontarien Erin O’Toole le talonne-t-il dans les intentions de vote au premier tour, mais il obtient un soutien plus important que MacKay dans les deuxièmes choix des membres.

Fait à noter, le sondage a été conduit auprès de membres du Parti conservateur qui auront le droit de vote dans cette course à la chefferie, et non auprès d’un échantillon représentatif de la population canadienne ou de simples sympathisants conservateurs.

Vient ensuite cette question : « Comme vous le savez, le Parti conservateur du Canada choisira un nouveau chef en août. Si le vote avait lieu aujourd’hui, quel candidat parmi les suivants serait votre premier choix ? »

Voici les résultats :

Peter MacKay devance de six points Erin O’Toole en s’imposant comme premier choix de 40 % des répondants. Malgré cette apparence de bon résultat, ces chiffres nous indiquent que la barre des 50 % pourrait tout de même être difficile à atteindre pour l’ancien député de la Nouvelle-Écosse. En effet, le mode de scrutin utilisé par le PCC prévoit que chacune des circonscriptions au pays possède la même pondération dans la grille de pointage, peu importe le nombre de membres actifs dans chaque circonscription.

En outre, en examinant les sous-échantillons par régions, nous remarquons que MacKay ne parvient pas à se distancer d’Erin O’Toole. Et ce, dans aucune région du pays à l’exception des provinces de l’Atlantique, où Peter MacKay est le premier choix de 53 % des répondants, contre 20 % pour son principal adversaire.

Au Québec, MacKay et O’Toole sont à égalité avec 40 % des répondants décidés chacun. Loin derrière, les candidats Leslyn Lewis et Derek Sloan récoltent respectivement 5 % et 3 % des intentions. Mais attention : dans un gazouillis publié mercredi, le PDG de Recherche Mainstreet, Quito Maggi, a toutefois mis en garde les lecteurs à propos des chiffres du Québec. Comme le PCC compte moins de membres au Québec que dans les autres régions du Canada, le sous-échantillon québécois ne contient que 286 répondants — ce qui correspond à une marge d’erreur considérable de plus ou moins 6 %. Malgré tout, le Québec détient le poids le plus important dans la pondération finale après l’Ontario :

Bref, à moins que MacKay ne parvienne à gonfler et à consolider ses appuis au cours de l’été, il aura donc besoin de votes au deuxième (et potentiellement troisième) tour de scrutin pour l’emporter. Comme les premiers candidats éliminés seront sans doute Derek Sloan et Leslyn Lewis, deux candidats de la branche conservatrice en matière sociale, Peter MacKay — lui-même ancien progressiste-conservateur — devra convaincre cette aile ultraconservatrice (et politiquement engagée) de le soutenir. Selon les résultats obtenus par Mainstreet, il s’agira d’un défi de taille.

Pour tenter d’y voir plus clair, Mainstreet a d’ailleurs questionné les répondants du sondage quant à leurs deuxièmes choix. Résultat : en tenant compte de tous les répondants, Erin O’Toole obtient 24 % des deuxièmes choix, contre 18 % pour MacKay. À première vue, il serait facile de conclure que la part d’appuis à MacKay comme deuxième choix devrait être suffisante pour lui donner la victoire. Mais ce serait faire fi du fait que presque la moitié des répondants qui ont déclaré MacKay comme deuxième choix sont aussi les sympathisants d’Erin O’Toole (43 %), ce qui n’aide en rien la candidature du favori.

Par ailleurs, si Derek Sloan devait bel et bien terminer au quatrième rang du premier tour comme le laisse croire ce sondage, il serait alors éliminé en premier. Ceux qui avaient voté pour lui pourraient exprimer leur deuxième choix. Les voici :

On voit que l’autre candidat issu de la branche des conservateurs sociaux, Leslyn Lewis, se hisse loin devant ses deux autres adversaires avec 55 % des intentions quant au deuxième choix des électeurs de Derek Sloan. Erin O’Toole suit avec 18 %, tandis que MacKay ne récolte qu’une maigre fraction de 7 % des électeurs de Derek Sloan.

Ensuite, toujours en suivant les résultats du sondage, Leslyn Lewis serait alors éliminée et ses électeurs pourraient exprimer leur deuxième choix. Voici les résultats :

Erin O’Toole récolte ainsi 40 % des deuxièmes choix des électeurs de Leslyn Lewis, soit trois fois plus d’appuis que MacKay, qui n’en obtient que 13 %.

Ces fractions de deuxièmes choix pourraient donc être insuffisantes pour que Peter MacKay se hisse au sommet et gagne la chefferie. Ironiquement, MacKay — le candidat le plus progressiste parmi ceux en lice — devra dépenser efforts et ressources pendant l’été afin de séduire les électeurs de l’aile la plus conservatrice du parti pour espérer l’emporter.

En somme, ces chiffres nous indiquent que la course à la direction du Parti conservateur pourrait une fois de plus se terminer avec un vote très serré au dernier tour de scrutin, comme ce fut le cas en 2017 quand Maxime Bernier, meneur de la course lors des 12 premiers tours de scrutin, avait finalement perdu par un score de 51 % à 49 % contre Andrew Scheer au… 13e tour.

MacKay pourra-t-il éviter le scénario qui a conduit à la défaite de Bernier il y a trois ans ? Nous le saurons bientôt. Les candidats à la chefferie conservatrice ont jusqu’à ce vendredi 15 mai pour recruter de nouveaux membres qui auront droit de vote. Les bulletins de vote doivent être envoyés au plus tard le 15 août prochain. Les résultats seront connus dans les jours qui suivront.

* * *

Vous trouverez le rapport du sondage de Recherche Mainstreet ici. Le sondage a été mené le 11 mai pour le compte d’iPolitics auprès de 6 624 membres du Parti conservateur du Canada par appels automatisés.

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Les commentaires sont fermés.

Analyse intéressante. On peut se demander comment Maxime Bernier se classerait dans cette course s’il avait été un peu plus patient et n’avait pas quitté le parti conservateur.

Assez superficiel comme analyse. O’Toole maîtrise mieux le dossiers du jour. Point.

Comme ce fut déjà le cas en d’autres temps, je constate que les conservateurs toujours « égal » à eux-mêmes ; qu’ils ont déterminé un mode de scrutin qui dépasse l’entendement du commun des mortels. On dirait que l’élection de Scheer contre Bernier ne leur a pas servie de leçon.

En sorte que la question qui me chicotte est assez simple : Est-ce que les conservateurs ont l’intention de prendre le pouvoir prochainement quel que soit le chef qu’ils se choisiront bientôt ? Les libéraux ne devraient pas se faire trop de soucis pour l’avenir.

Pas étonnant que les candidats à la chefferie de ce parti ne soient pas très nombreux. Sans vrai leader, sans programme étoffé, sans présenter un avenir cohérent pour gérer la pandémie, sans transition écologique et environnementale de premier plan. Je pense qu’il faut être vraiment masochiste pour avoir envie de voter conservateur actuellement.

Il est plus que temps que ce parti sorte de sa zone de confort, qu’il devienne populaire en offrant des solutions cohérentes pour toute la population. Qu’ils nous expliquent comment leur modèle de gouvernance va nous conduire vers le meilleur et non vers le pire. Les dix années de pseudo recherche de l’équilibre fiscale d’Harper ont mené au sous-investissement dans de multiples domaines et nous payons (ou allons payer) le prix fort pour ce galvaudage, ce genre de dérive purement doctrinaire et salement idéologique.

Avec Peter McKay le parti conservateur ne serait pas mieux lotie qu’avec Andrew Sheer. Ça ne vaut vraiment pas la peine de changer 4 trente sous pour une piasse.