Un défi nommé Accurso

Tony Accurso ne doit pas être utilisé comme un témoin «de corroboration» : il doit amener la commission plus loin dans sa compréhension des stratagèmes de corruption et de collusion. Tout un défi pour Me Sonia LeBel, dit Brian Myles.

La commission Charbonneau joue gros avec le témoignage de Tony Accurso, une pièce centrale du puzzle de la corruption et de la collusion.
Politique

Pendant un an, l’entrepreneur a puisé dans ses poches — assez profondes merci — pour se payer une bataille judiciaire du tonnerre. Il s’est rendu jusqu’en Cour suprême pour éviter de déballer son sac en public, sans succès.

Mardi matin, l’ex-patron de Simard Beaudry a abattu sa dernière carte, en désespoir de cause : une requête pour témoigner sous le couvert d’une ordonnance de non-publication. La juge France Charbonneau lui a dit non.

Même si Tony Accurso est accusé de fraude dans trois dossiers distincts, il y a assez de mesures de précaution à la disposition des tribunaux pour garantir qu’il aura droit à des procès justes et équitables. D’ailleurs, la commission Charbonneau s’est engagée à ne pas le questionner sur ses dossiers criminels. C’est déjà beaucoup. Les juges qui présideront ses procès pourront aussi prendre des mesures pour s’assurer de l’impartialité des membres du jury.

L’important, dans ses procès au criminel, ce ne sera pas de trouver des jurés qui n’auront jamais entendu parler de lui ou de ses causes. Il s’agira de trouver des jurés qui auront l’intelligence nécessaire pour juger de son cas en se fiant aux faits mis en preuve, et rien d’autre.

Il y a moyen d’y parvenir, en posant quelques questions simples aux candidats jurés pour s’assurer de leur indépendance d’esprit, comme on le fait déjà dans les superprocès des Hells Angels.

Voilà enfin le moment tant attendu. Tony Accurso a été mis en cause dans tellement de dossiers pertinents pour le mandat de la commission qu’il serait plus simple de faire la liste des affaires qui ne le concernent pas pour aller au plus vite.

Partage des contrats entre les entrepreneurs, financement des partis provinciaux et municipaux, croisières sur le Touch et autres petites attentions, trafic d’influence à la FTQ et au Fonds de solidarité, relations avec le clan Rizzuto : la procureure en chef, Sonia LeBel, a l’embarras du choix.

Elle a aussi une obligation de résultats. Il ne suffira pas d’obtenir des confirmations ici et là de la part de Tony Accurso sur des phénomènes largement documentés par d’autres témoins et par la preuve d’écoute électronique.

Tony Accurso ne doit pas être utilisé comme un témoin «de corroboration». Il doit amener la commission plus loin dans sa compréhension des stratagèmes de corruption et de collusion.

L’homme d’affaires a déclaré d’entrée de jeu qu’il n’avait aucune réticence à témoigner à la commission. Son langage non verbal dit l’exact contraire. Se mettra-t-il à table comme un Lino Zambito ? Opposera-t-il une résistance passive comme un Giuseppe Borsellino ? À moins qu’il ne ridiculise la commission comme un Nicolo Milioto, l’intermédiaire du clan Rizzuto, qui ignorait même la signification du terme «mafia» ?

Tony Accurso, un homme habitué de faire danser les politiciens, beau parleur et grand charmeur, posera tout un défi à Me LeBel.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

Laisser un commentaire