Un effet Legault ?

La sortie de François Legault contre le PLC et le NPD ainsi que la colère du premier ministre du Québec au sujet de la controverse du débat en anglais de jeudi auront-elles une influence sur le vote des Québécois ?

Montage L'actualité

Nous ne croyions tout de même pas que François Legault allait rester à l’écart pendant toute cette campagne fédérale, n’est-ce pas ?

Bien que les deux débats de la Commission des débats des chefs aient été présentés comme les principaux faits saillants de la dernière semaine, il se pourrait que le potentiel moment décisif de cette campagne ait eu lieu non pas à Gatineau, mais à Québec, quelques heures avant le débat en anglais.

Lors d’une conférence de presse jeudi matin, le premier ministre du Québec, François Legault, a donné au Parti conservateur du Canada (PCC) d’Erin O’Toole un soutien par processus d’élimination, en mettant les Québécois en garde contre le Parti libéral du Canada (PLC), le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert. « Pour protéger la nation du Québec, je pense qu’il faut être prudent avec trois partis, a-t-il déclaré jeudi matin. Ces trois partis ne sont pas prêts à transférer des pouvoirs au gouvernement du Québec. »

Et il en a remis dimanche :

Quelle influence les propos du gouvernement en poste à Québec pourraient-ils avoir sur les intentions de vote des Québécois alors que nous entrons dans la dernière ligne droite de cette campagne fédérale ? Il est encore trop tôt pour connaître l’effet Legault. Cependant, dans la mise à jour quotidienne du sondage de Recherche Mainstreet effectuée dimanche matin, les appuis au Bloc québécois ont grimpé à des niveaux comparables aux résultats des élections de 2019. Si cette augmentation du soutien se confirmait dans les urnes lundi prochain, cela pourrait considérablement nuire aux chances du PLC et du PCC d’obtenir des gains nets de sièges au Québec.

Alors que la CAQ de François Legault règne toujours seule au sommet des intentions de vote au Québec (voir les sondages provinciaux du Québec ici) et que les taux d’approbation du premier ministre Legault ont atteint des sommets historiques depuis le début de la pandémie, Erin O’Toole n’aurait pu espérer un meilleur vote de confiance venant du Québec — une province où le PCC n’a jamais fait élire plus de 12 députés depuis la fondation du parti en 2003.

Voici la mise à jour des projections du vote fédéral au Québec :

Les conservateurs y obtiennent 19 % d’appuis en moyenne. Si le PCC bénéficiait de ce soutien le jour des élections au Québec, ce serait le meilleur résultat du parti au Québec depuis la première victoire de Stephen Harper, en 2006, lorsqu’il a récolté près de 25 % des voix des Québécois (même s’il ne l’a alors emporté que dans 10 circonscriptions).

Néanmoins, selon ces chiffres, le meilleur scénario pour Erin O’Toole au Québec serait une récolte de 15 sièges (dans l’intervalle de confiance de 95 %). Bien que ce total ne soit pas à dédaigner, le chemin vers le pouvoir à la Chambre des communes pour les conservateurs ne dépendra que très peu des résultats au Québec. Si le PCC devait remporter ces élections, ses députés québécois auraient un poids restreint au sein du caucus (à moins que les sondages sous-estiment gravement les appuis au PCC au Québec, ce qui ne s’est pas produit lors des dernières élections fédérales).

La question est de savoir pourquoi François Legault a décidé de dépenser du « capital politique » pour soutenir un parti qui occupe le troisième rang au Québec, et dont la plateforme comprend, entre autres, l’annulation de l’entente de six milliards de dollars sur les garderies conclue entre les gouvernements Legault et Trudeau il y a à peine deux mois. Pire, le PCC propose d’amender la formule de péréquation (voir la page 75 de la plateforme du PCC) — ce qui pourrait coûter au gouvernement québécois des milliards de dollars en revenus.

L’appui de Legault à O’Toole aura-t-il un effet notable sur l’électorat à l’extérieur du Québec ? Cela reste une question ouverte et pertinente. Comme l’écrit Chantal Hébert dans le Toronto Star, « la popularité du premier ministre [Legault] pourrait déteindre sur les conservateurs au Québec, mais son appui pourrait avoir l’effet inverse à l’extérieur de la province ». Étant donné que le PCC pourrait, au mieux, gagner quatre ou cinq nouveaux sièges dans la province, s’agira-t-il d’un gain net pour O’Toole si le vote de confiance de Legault finit par lui coûter de précieux votes dans les circonscriptions pivots de la grande région de Toronto et du sud de la Colombie-Britannique ?

Les deux hypothèses — que l’approbation de Legault soit une bénédiction ou un calice empoisonné — méritent certainement un examen minutieux. Nous devrions avoir des données plus claires à ce sujet au début de cette semaine.

***

Pour tous les détails de cette projection fédérale, consultez la page de Qc125 Canada. Pour trouver votre circonscription, consultez la liste complète des circonscriptions fédérales ici ou utilisez les pages régionales suivantes :

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.

Parce que pour moi, son plan, a long terme, est de prouver que nous sommes tellement mal servi par le fédéral, qu’il ne nous reste qu’a nous séparer du Canada.Sinon c’est comme une crise enfantine.

Répondre

L’affaire de la «question» a eu pour effet de renvoyer la recommandation du père Legault en arrière-plan car il ne fait pas l’ombre d’un doute que cette question visait à humilier le Québec sur une question qui est de la compétence de la province et où le fédéral ne peut rien faire sauf appuyer les contestataires des lois 21 et 96 devant la Cour suprême du Canada. Des chefs fédéraux peuvent donc se servir de l’incident pour casser du sucre sur le dos des Québécois pour avoir une meilleure chance de se faire élire dans leur circonscription mais il n’y a que la cheffe du parti Vert qui a renchéri sur la question car elle est loin d’être élue dans sa circonscription.

Mais le malaise est plus profond dans ce Canada multiculturel où les minorités ont beaucoup de ressentiment face au «statut particulier» du Québec et du français comme langue officielle. En fait dans la plus grande partie du ROC peu de gens parlent français et il y a peu de ghettos francophones alors que l’on y trouve plusieurs ghettos de communautés ethniques. On voit le mandarin ou le punjabi etc. comme beaucoup plus importants que le français ce qui provoque du ressentiment dans ces communautés envers la francophonie, ce qu’on ne trouve pas nécessairement chez les anglo-canadiens mais qui fait bien leur affaire (diviser pour régner). C’est une des conséquences du multiculturalisme à la Trudeau qui entre en conflit avec la loi sur les langues officielles et ce qu’on a appelé jadis le biculturalisme.

Les incidents de ce genre ne disparaîtront pas tant que les Québécois ne seront pas «éduqués» par une société plus évoluée, celle du Canada anglais avec sa nouvelle championne, Mme Paul, qui s’est portée volontaire pour éduquer M. Blanchet et tous les Québécois qui appuient les lois soi-disant discriminatoires qui visent à protéger notre langue, notre culture et la laïcité de nos institutions publiques. Le Québec tel qu’il est aujourd’hui, avec son passé et sa culture, n’a pas de place dans un Canada moderne et multiculturel. Le lien qui unit les communautés ethniques de ce pays est l’anglais, la culture est anglo-américaine et, dans ce contexte, le Québec paraît plutôt comme un corps étranger qui nuit à l’émancipation de ce beau grand pays qu’est le Canada.

Répondre

Il y a dans cette élection beaucoup d’incertitudes en raison du nombre de variables qui avec la pandémie semblent difficiles à toutes évaluer. Cela va du taux de participation en passant par la ventilation des votes tout dépendant des circonscriptions. Sans oublier le « ras-le-bol » de plus d’uns avec cette Covid qui n’en finit plus. Sans compter le poids du vote postal (qui par exemple fut essentiel dans les résultats finaux des élections américaines). Et puis… il y a l’effet Legault (le père de notre Québec pas si laïc que ça… et toujours pas souverain…).
Tant et si bien qu’il faut être plus expert que jamais pour pouvoir prédire avec certitude ce que sera le portrait du prochain Parlement. Si le sort de Justin Trudeau pouvait voici une semaine avoir l’air d’être scellé, l’arrivée d’Erin O’Toole comme Premier ministre est désormais moins sure. À moins que le vote conservateur ne soit sous-estimé.
Merci à monsieur Philippe J. Fournier de nous tenir informés presque à la seconde près des variations qui animent généralement les opinions publiques. Elles pourraient peser lourd dans l’issue du scrutin.
Ceci devrait peut-être inciter nos politiciens à l’avenir, à considérer la chance qu’ils ont d’avoir voté une loi qui prévoit des élections à dates fixes, ce qui devait normalement les prémunir de l’arbitraire dû à l’exercice de gouvernements minoritaires. Après tout quatre ans, c’est toujours meilleurs que dix-huit mois ou deux ans.

Répondre

Et si cette question était venue d’un_e participant_e du public autre que l’animatrice et/ou de l’un des 4 autres candidats? Je pense toujours que le Bloc est un parti provincialiste ou un parti à vision que provinciale qui laisse indifférent le reste du pays. Le Bloc est l’extension du PQ qui ne semble pas attirer la faveur des québecois! Quoi comprendre?

Répondre

Je pense que notre P.M. Legault doit considérer que les Québécois sont assez mûres pour faire leur propre choix. Après avoir analysé le plan non défini du PCC, je pense que l’ensemble de mes compatriotes peuvent se faire une donne idée sur les plans des autres candidats.

Répondre