Un été glacial pour Jean Charest

Les poursuivants du meneur présumé dans la course à la direction du PCC devront affronter la grande indifférence des membres du parti en cette saison de farniente et d’indolence s’ils souhaitent éviter une dégelée le 10 septembre. 

montage : L’actualité

Yan Plante est vice-président à l’agence de relations publiques TACTIl est un ex-stratège conservateur ayant conseillé l’ancien premier ministre Stephen Harper lors de trois électionsComptant près de 15 ans d’expérience en politique, il a également été chef de cabinet de l’ex-ministre Denis Lebel.

Ça vous dirait de passer les semaines estivales à recevoir des appels, des courriels et des messages textes à répétition qui solliciteraient votre appui ou un don politique ? Je vous entends déjà soupirer. Et je comprends qu’à l’aube des premières vraies vacances depuis que la pandémie nous a frappés, les activités d’un parti d’opposition fédéral trouveront difficilement une place sur votre liste de priorités.

Voilà le défi estival des candidats à la direction du Parti conservateur du Canada : combattre l’indifférence. La plupart des gens ne voudront pas entendre parler de politique, encore moins se faire déranger. Et ça inclut les seules personnes qui auront le droit de vote, c’est-à-dire celles qui avaient une carte de membre en règle au plus tard le 3 juin dernier.

Celles-ci continueront bien sûr de consulter les médias traditionnels et les médias sociaux sur leurs écrans. Mais elles auront surtout envie de s’évader du quotidien. Les membres n’auront pas d’intérêt marqué pour des attaques disant qu’un tel est trop libéral, qu’un autre n’est pas fiable ou que seul un tel peut remporter des élections contre Justin Trudeau un jour.

Malgré ce contexte, Jean Charest, Pierre Poilievre et les autres aspirants chefs conservateurs vont devoir maintenir la pédale au plancher — les quelque 600 000 bulletins de vote seront envoyés vers la fin du mois de juillet. Les candidats utiliseront ainsi tous les moyens à leur disposition pour joindre le plus de membres possible et les convaincre de leur accorder le premier, deuxième ou même troisième choix. Puisqu’il s’agit d’un vote préférentiel, si le premier choix d’un électeur est éliminé en cours de route, c’est son deuxième choix qui devient son vote, et ainsi de suite.  

La clé du succès réside dans cet heureux mélange : mobiliser des électeurs pour qui on sera le premier choix tout en réussissant à incarner une candidature de compromis pour les autres.

La persuasion est nécessaire, mais elle ne sera utile que si l’on parvient à concrétiser ses appuis. C’est-à-dire expliquer et rappeler aux membres l’importance de voter, et insister pour qu’ils le fassent. Cette partie est toujours difficile. Cependant, tous les stratèges politiques vous diront que ce l’est encore davantage en plein été. Comme c’est souvent le cas, l’équipe la mieux organisée à cet égard va l’emporter. 

Les troupes qui ont fait leurs devoirs ont déjà beaucoup de données sur les membres. Elles connaissent leur nom, leur adresse postale et courriel, les enjeux qui les préoccupent le plus… Les membres devraient ainsi recevoir des communications ciblées sur des sujets qui les animent, pour limiter l’effet du désintéressement estival. Par exemple, si on sait que Mme Jobin réagit positivement chaque fois qu’on l’expose au problème de la hausse du coût de la vie, les communications qui lui seront envoyées cet été porteront exclusivement sur ce thème. 

Cela dit, une ombre plane sur tous ces efforts : y a-t-il réalistement encore une course ? Je discute avec des membres, d’anciens collègues, des élus, des journalistes, des fonctionnaires et d’autres personnes intéressées, et une écrasante majorité est déjà dans l’après. À moins d’un revirement spectaculaire, c’est Pierre Poilievre qui sera élu chef conservateur le 10 septembre. 

La plupart des observateurs sont donc déjà rendus au 11 septembre. C’est ce qui les intrigue maintenant. Est-ce que Pierre Poilievre peut remporter des élections générales ? Peut-il garder ce parti uni ou l’implosion sera-t-elle inévitable ? Sera-t-il capable d’exercer un meilleur leadership que ses deux prédécesseurs sur un caucus visiblement divisé et désorganisé ? Qu’adviendra-t-il des députés conservateurs québécois, qui ont fortement appuyé Jean Charest, dans un parti dirigé par Pierre Poilievre ?

Ce sont ces questions que l’on me pose chaque semaine et auxquelles les réponses viendront avec le temps.

Cela montre à quel point les autres candidats, y compris Jean Charest, ne semblent plus dans la course aux yeux de beaucoup de gens. En revanche, cela illustre également un certain risque pour Pierre Poilievre.

C’est que même si les chances de Jean Charest de l’emporter se comparent à celles des astronautes d’Apollo 13, elles existent encore. Et elles augmentent si les militants de Pierre Poilievre tiennent la victoire de leur favori pour acquise, qu’ils oublient de voter ou ne se donnent tout simplement pas la peine de le faire. Entre deux baignades, un barbecue et une activité familiale, les occasions de penser à autre chose ne manqueront pas.

C’est pourquoi l’équipe de Pierre Poilievre devra continuer de marteler que chaque vote peut faire pencher la balance. Le candidat devra donner à ses militants une raison de voter. C’est aussi pourquoi l’équipe de Jean Charest a l’obligation d’y croire jusqu’à la fin, même si le chemin de la victoire est étroit. Pour tous, garder les bénévoles et les membres mobilisés jusqu’au 10 septembre est la première tâche sur une longue liste.

L’indifférence sera le plus grand ennemi de tous les candidats ces prochaines semaines. La combattre devra être la priorité de tous… 

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Dans le climat actuel, où la course à la direction du parti conservateur déterminera qui affrontera Trudeau ou Freeland lors des prochaines élections fédérales, je ne crois pas qu’il y ait lieu de s’inquiéter de la participation des membres qui n’ont jamais été aussi nombreux et qui comptent dans leurs rangs de nombreux anciens libéraux qui ne se reconnaissent plus dans les orientations du gouvernement actuel. Je pense aussi que Poilièvre saura rallier les députés conservateurs du Québec et qu’à la différence de Trudeau, et dans la tradition de Harper, il respectera les compétences provinciales et l’autonomie du Québec.

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Le taux de participation des électeurs est en démocratie la clef d’une élection réussie. Plus les taux sont élevés et plus les élus sont légitimés.

Lorsqu’on regarde les élections du 21 août 2020 qui devait couronner (??????) Erin O’Toole à la tête du parti, seulement 174 404 membres avaient voté au premier tour, pour le troisième tour ils n’étaient plus que 159 991 ; mais… voici presque deux ans, 270 000 membres pouvaient se prévaloir de leur droit de vote, ce qui constituait un record.

Aux toutes dernières nouvelles, ce sont près de 675 000 membres en règle qui peuvent se prévaloir de leur droit de vote en septembre prochain. C’est considérable de voir la progression des adhésions à ce parti en moins de deux ans, ce qui démontre la défiance grandissante des Canadiens envers les politiques des libéraux.

La question est bien de savoir combien de membres se prévaudront de leur droit de vote et évidemment comment ces votes se répartiront.

Je suis un peu surpris que les conservateurs persistent et signent avec le système de vote préférentiel qui jusqu’à présent à conduit à choisir des chefs qui sont loin de faire consensus.

Pourtant lors d’une prochaine élection générale, le premier rôle du prochain chef sera bel et bien de convaincre les électeurs indécis ou tout simplement déçus du parti libéral, de donner une chance aux conservateurs du Canada de « faire beaucoup plus et toujours beaucoup tellement mieux » pour au moins 4 ans….

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