Un front uni

Too big to fail. Les firmes de génie conseil québécoises seraient-elles à l’image des grandes institutions financières américaines prises dans la crise des subprimes? Trop importantes pour être sacrifiées sur l’autel de la transparence?

Depuis le début de la commission Charbonneau, cinq ingénieurs, tous membres du cartel qui contrôlait le marché montréalais, ont rendu des témoignages d’une étonnante symétrie sur l’octroi des contrats au ministère des Transports du Québec (MTQ). Le marché était soumis aux règles de la libre concurrence, disent-ils.

De 1997 à 2012, six firmes (Génivar, CIMA+, SNC-Lavalin, Dessau, BPR et Roche) ont récolté sept contrats sur dix au MTQ, pour un montant global de 1,35 milliard de dollars. Les grands patrons de ces firmes soignaient les partis provinciaux, principalement le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ). Que ce soit en recourant à un stratagème de fausse facturation, ou en utilisant des systèmes raffinés de prête-noms, les firmes de génie conseil ont dépensé des millions de dollars dans les cocktails de financement.

Les dirigeants de Génivar, SNC-Lavalin, Dessau et BPR, entendus jusqu’à présent à la commission Charbonneau (les autres vont sûrement suivre), ont versé des dons illégaux de 3,1 millions aux deux formations.

Et alors? Rien. Il n’y a pas de relation de causalité entre cette générosité bien ordonnée et l’octroi des contrats du MTQ. Les mêmes firmes sans foi ni loi qui marchaient dans les combines de Bernard Trépanier à Montréal sont des parangons de vertu au MTQ.

À force d’entendre le même message de la bouche des Michel Lalonde (Génius), François Perreault (Génivar), Yves Cadotte (SNC-Lavalin), Pierre Lavallée (BPR), les procureurs de la commission ont fini par perdre patience quand un cinquième membre du cartel, Rosaire Sauriol (le vice-président de Dessau), a martelé le même message de pureté et d’innocence, jeudi.

Le procureur Denis Gallant l’a même confronté pour savoir si les bonzes du génie conseil s’étaient concertés avant leur passage à la commission pour épargner les contrats du MTQ de ces tares honteuses que sont la collusion et la corruption.

Jamais ô grand jamais il n’y a eu de collusion dans les témoignages des ingénieurs, a assuré M. Sauriol.

Ce front uni pose un défi de taille à la commission Charbonneau. Jusqu’à présent, la commission a éventré les poubelles de l’hôtel de ville à Montréal avec une grande minutie, mais elle a à peine effleuré les grands chantiers de construction provinciaux, où des syndicalistes aux pratiques mafieuses font la loi. La commission n’a pas plus réussi à enlever la mince couche de vernis des firmes de génie conseil qui brassent de sérieuses affaires avec le MTQ.

Ponts, autoroutes, viaducs: au détour de chaque cône orangé, nos fleurons du génie s’activent à restaurer des infrastructures en décrépitude. Ces firmes seraient-elles à l’économie québécoise ce que furent les sociétés Freddy Mac, Fannie Mae et l’assureur AIG dans la débâcle des marchés boursiers États-Unis? Des firmes trop grosses et trop importantes pour être larguées?

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