Un nouveau chantier pour la commission Charbonneau

Ce soir, les élus locaux poussent un grand soupir de soulagement collectif. La commission Charbonneau a fini de s’intéresser à leurs pratiques dignes de l’ère Duplessis et à leur copinage avec les spécialistes des élections clefs en mains et du développement des affaires entretenus par les firmes de génie conseil.

Après avoir secoué l’édifice de la corruption et de la collusion à Montréal et, dans une moindre mesure, à Laval (en s’appuyant sur les preuves de l’UPAC), la commission passe à une autre étape de ses travaux, l’une des plus importantes en ce qui a trait à son mandat.

Les procureurs ont fait un dernier détour dans les égouts municipaux, mardi, en exposant les stratagèmes de collusion à Gatineau et à Québec. Il y avait de quoi de choquant à entendre un directeur général d’AECOM (ex Tecsult), Marc-André Gélinas, expliquer comment les grandes firmes impliquées dans les cartels à Laval et à Montréal ont «exporté» leurs méthodes dans leurs filiales régionales. Les ingénieurs étaient déterminés à contourner à tout prix l’indésirable loi 106, adoptée en 2002 par le gouvernement Landry pour assainir les mœurs dans l’octroi des contrats municipaux.

À Gatineau, la collusion est passée sous le radar des élus et des fonctionnaires. Quatre firmes (CIMA +, Tecsult, Génivar et Dessau) s’échangeaient les contrats en respectant une pondération établie d’un commun accord. Si M. Gélinas n’avait pas été pris d’une panique soudaine à l’idée de se faire épingler, il n’aurait sans doute jamais dénoncé ses collègues au Bureau de la concurrence. Et sans la contribution d’un «délateur» venu de l’intérieur, comment diable une ville de taille moyenne peut-elle se défaire de cette plaie?

Une poignée d’hommes d’affaires qui s’entendent comme larrons en foire peuvent facilement fixer l’octroi des contrats, sans même avoir à soudoyer fonctionnaires et politiciens comme ce fut le cas à Montréal et à Laval.

Triste constat. La commission Charbonneau n’aura pas fait la lumière sur toutes les malversations dans le monde municipal. Cette tache impossible appartient maintenant aux citoyens, qui devront veiller à élire des maires et conseillers au-dessus de tout soupçon le 3 novembre prochain. Elle incombe aussi aux policiers de l’UPAC, qui devront redoubler d’ardeur pour débusquer les fautifs. La commission n’a pas le luxe de «retourner toutes les pierres», a dit avec justesse le procureur en chef, Sonia LeBel, mardi à la reprise des travaux. Elle peut «faire le tour du jardin» et exposer les contours du problème en procédant par un échantillonnage rigoureux. Au municipale, c’est fait.

Dès mercredi, la commission fera son entrée sur les chantiers de construction, un pays merveilleux où des agents d’affaires syndicaux au langage vernaculaire manient habilement le «2X4» et l’intimidation. Un univers où des représentants syndicaux mènent un train de vie somptueux, à même les cotisations de leurs membres. Un monde sinistre qui a trop peu changé depuis la commission Cliche en 1976, en raison d’incessantes allégations d’infiltration de l’industrie par le crime organisé, notamment la mafia et les Hells Angels.

Il reste encore tant à faire pour élucider ces liens et redonner l’industrie de la construction à ses travailleurs. La commission n’abandonne pas trop tôt le monde municipal.

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Pendant que la Commission démonte des stratagèmes, les élites politiques, industrielles, financières continuent de gérer à vue de nez, sans se préoccuper sérieusement ni d’éthique ni de gestion du risque. De fait, on « attend » de connaître les stratagèmes du cru avant d’en inventer de nouveaux.

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