Un pari risqué, mais bien calculé

Les libéraux sont en bonne posture, mais ils devront surveiller leur flanc gauche et ne pas sous-estimer les conservateurs. Voici le portrait de la ligne de départ selon Qc125. 

Montage L'actualité

Après des mois de conjectures, le premier ministre Justin Trudeau a finalement décidé de miser le tout pour le tout en demandant à la gouverneure générale de dissoudre le 43e Parlement et de mettre fin à ce gouvernement minoritaire en place depuis 2019. Ce faisant, les libéraux font un pari risqué : celui de tabler sur leur gestion de la pandémie pour convaincre suffisamment d’électeurs dans des circonscriptions stratégiquement ciblées, afin de décrocher la majorité tant convoitée à la Chambre des communes.

Toute campagne peut tourner au vinaigre pour des raisons indépendantes de la volonté des chefs, mais les données de sondages présentement connues conduisent à penser qu’il s’agit d’un pari certes risqué, mais tout de même bien calculé pour Justin Trudeau. En effet, les libéraux sont en tête des intentions de vote des sondages fédéraux depuis plus d’un an, et selon le suivi bihebdomadaire de Léger, près de la moitié des électeurs canadiens approuvent toujours la gestion de la pandémie du gouvernement fédéral (taux d’approbation de 49 % en Ontario et au Québec, de 44 % en Colombie-Britannique). De tels niveaux de satisfaction sont considérés comme des chiffres solides pour tout gouvernement sortant.

Un autre élément qui a sûrement influencé la stratégie libérale est le faible taux d’approbation que récolte le leader conservateur Erin O’Toole. Sondage après sondage, nous observons qu’O’Toole est le chef de parti fédéral le moins apprécié :

  • Dans le plus récent coup de sonde d’Abacus Data, publié la semaine dernière, le chef conservateur avait un taux net de -19 (impressions positives moins impressions négatives), le plus faible parmi les dirigeants fédéraux actuels et bien en deçà de celui de son prédécesseur à la même période il y a deux ans. En août 2019, deux mois avant le jour du scrutin, Andrew Scheer détenait une note de -3.
  • Dans le sondage Léger publié par Le Journal de Montréal le 14 août, O’Toole s’est classé troisième derrière Trudeau et Singh à la question : « Quel chef fédéral ferait le meilleur premier ministre ? » Trudeau était le favori de 25 % des répondants et Singh, de 18 % d’entre eux. Seulement 15 % ont choisi O’Toole, même si 30 % des électeurs décidés dans ce sondage avaient toujours l’intention de voter pour le PCC.
  • Dans son dernier sondage, l’Institut Angus Reid a demandé aux électeurs de son échantillon quels enjeux les préoccupaient le plus. Les trois premières réponses étaient, dans l’ordre : 1) l’environnement et les changements climatiques, 2) les soins de santé et 3) la pandémie de COVID-19. Lorsqu’on demande à l’échantillon quel chef fédéral est le mieux placé pour traiter ces problèmes, O’Toole se classe troisième dans chacune de ces catégories (il a obtenu de meilleurs résultats avec les enjeux économiques).

Un leader conservateur impopulaire est un ingrédient majeur d’une recette gagnante pour tout chef libéral. Cependant, le chemin tant convoité vers la majorité libérale pourrait être entravé du côté gauche. Le NPD étant près de la barre des 20 % à l’échelle fédérale, il aurait la possibilité d’augmenter son caucus d’au moins une douzaine de députés (et peut-être plus). Avec de tels niveaux d’appuis, de nombreux sièges urbains actuellement détenus par des députés libéraux devraient être visés par les candidats de Jagmeet Singh. Si le NPD réussissait à traduire ces appuis en votes, le seuil de 170 sièges pourrait devenir hors de portée pour les libéraux. Résultat : nous nous retrouverions alors avec un Parlement fédéral presque identique le lendemain des élections.

Voici la mise à jour de la projection fédérale de Qc125 :

Les libéraux conservent la première place avec une moyenne de 35 % au pays, soit à peine deux points au-dessus du résultat du parti en 2019. Les conservateurs occupent le deuxième rang avec 30 %, un niveau de soutien nettement inférieur à ce dont le parti a besoin pour espérer l’emporter. Néanmoins, il serait imprudent de sous-estimer le PCC : il obtient présentement des appuis semblables à ceux de 2019 au Québec et en Ontario, et demeure dominant dans l’ouest du pays.

Comme mentionné plus haut, la faveur dont jouit le NPD pourrait mettre un frein aux plans des libéraux (à l’extérieur du Québec). Toutefois, les sondages montrent que les partisans de la formation dirigée par Jagmeet Singh sont principalement de jeunes électeurs, une tranche démographique qui vote historiquement en moins grand nombre que la moyenne nationale. Il s’agira du plus important défi du NPD : traduire ce soutien théorique en bulletins de vote dûment déposés dans les urnes. En 2019, le NPD a fait moins bonne figure de deux points en moyenne à l’échelle nationale par rapport aux sondages, ce qui lui a sans doute coûté entre cinq et dix sièges.

Voici les projections de sièges à la ligne de départ de cette campagne :

Les libéraux sont nettement favoris pour remporter le plus grand nombre de circonscriptions à l’heure actuelle. Considérez les courbes de densité de probabilité suivantes. Nous remarquons que les « cloches » libérale et conservatrice se croisent à peine. Le pire des scénarios pour le PLC serait donc semblable au meilleur scénario pour les conservateurs.

Selon le modèle fédéral Qc125, les libéraux remportent une moyenne de 166 sièges, juste sous le seuil de 170 pour la majorité à Ottawa. Notons toutefois que les intervalles de confiance de la projection (soit les barres colorées sur le graphique) s’étendent en territoire majoritaire pour environ 45 % de toutes les simulations effectuées par le modèle. Ainsi, si une minorité du PLC est le scénario le plus probable à ce jour, une majorité demeure tout à fait à portée de main.

Au Québec, le Bloc québécois se maintient à une moyenne de 29 % dans la province, soit huit points derrière le PLC. Cependant, le sondage Léger d’hier accordait aux libéraux une avance de 12 points sur le Bloc québécois. Il se peut donc qu’Yves-François Blanchet, en plus de viser de nouvelles circonscriptions à prendre à ses adversaires, doive s’assurer de conserver celles qu’il a remportées avec de minces marges en 2019.

Voici la projection de sièges au Québec. Le PLC se trouve en tête avec une moyenne de 39 députés, contre 27 pour le Bloc. Néanmoins, remarquez que les intervalles de confiance des deux partis se croisent de façon significative, car nous comptons dans la province de nombreuses circonscriptions pivots qui pourraient changer complètement l’allure de la course.

La campagne est donc lancée. Au cours des prochaines semaines, nous analyserons les sondages et projections afin de mieux comprendre la stratégie des formations en lice et de peindre un portrait de la course le plus fidèle possible. Nous mettrons à jour les données dès qu’elles deviendront accessibles au public. Bonne campagne, chers lecteurs et lectrices.

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Pourquoi ignorer volontairement le parti de Maxime Bernier? Même si vous êtes contre les idées du ppc il représente quand même près de 6 % des intentions de vote. En tant que journaliste faites au moins le minimum de votre job et un peu d’impartialité serait de rigueur pour votre crédibilité.

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Traditionnellement les gens qui pensent voter conservateur ne le disent pas aux sondeurs; donc leur poids politique est la plupart du temps sous évalué.

Quant au NPD, un de ses châteaux forts est la Colombie-Britannique. Or, l’actuel gouvernement NPD de CB est l’antithèse de l’image du NPD en s’attaquant aux Wet’suwet’en avec une police fédérale dans des assauts quasi-militaires (la police de M. Horgan a dépensé près de 20 millions $ contre les Wet’suwet’en qui veulent protéger leur territoire ancestral – cette revendication ne fait pas l’ombre d’un doute). Puis aux environnementalistes en utilisant la police fédérale à Fairy Creek contre les protecteurs des forêts anciennes que ce gouvernement est en train de laisser dévaster par une compagnie privée, Teal Jones. Enfin, ce gouvernement NPD a continué la construction d’un des pires éléphants blancs au Canada, le barrage du Site C sur la rivière la Paix, à coups de milliards de $$$ et qui est en train de dévaster une des vallées les plus fertiles du centre de la province pour une électricité que les Britanno-Colombiens n’ont pas besoin…

Dans ce contexte, il reste à savoir si les électeurs de cette province ne vont pas bouder le NPD fédéral en sachant comment ils ont été trahi par le petit frère provincial et son insipide PM Horgan. Je ne serais pas surpris que le NPD fédéral en subisse les conséquences sauf si les Verts continuent à se crêper le chignon et les libéraux ne réussissent pas à faire oublier TransMountain…

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