La quête de sens du Parti conservateur

Le choc des idées pourrait être brutal au Parti conservateur.

Les prétendants à la succession de Stephen Harper devront rompre avec 10 ans de léthargie intellectuelle au sein du Parti conservateur. (Photo: Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne)
Les prétendants à la succession de Stephen Harper devront rompre avec 10 ans de léthargie intellectuelle au sein du Parti conservateur. (Photo: Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne)

Le Parti conservateur fédéral ne choisira pas de successeur permanent à l’ex-premier ministre Stephen Harper avant l’an prochain. Ce choix d’une échéance éloignée dans le temps vise à permettre au parti de réfléchir à tête reposée à ses orientations. Mais l’absence d’un candidat évident pour prendre la relève l’imposait également. Parmi la dizaine d’aspirants officieux à la direction du Parti conservateur, aucun ne se démarque d’emblée.

Le contraire aurait été surprenant.

Stephen Harper n’est pas le premier chef de parti à ne guère se soucier de sa succession. Mais rares sont ceux qui ont aussi peu mis en valeur les talents d’une éventuelle relève.

Depuis que le Parti conservateur est ressuscité des cendres de l’Alliance canadienne et de l’ancien Parti progressiste-conservateur, en 2002, il a non seulement été la formation d’un seul homme, mais il a beaucoup vécu sous le joug de la pensée unique.

Au cours de la prochaine année, les conservateurs doivent se trouver un chef, mais également déterminer les éléments de l’héritage de Stephen Harper qui font suffisamment consensus pour souder le parti, maintenant qu’il ne peut plus compter sur le ciment du pouvoir pour colmater les brèches.

Pour bien des conservateurs, l’opération commence par retrouver l’usage de la parole.

On a ainsi pu lire le mois dernier dans les pages du Globe and Mail un texte de la très discrète ancienne directrice de la campagne conservatrice, Jenni Byrne. Selon elle, les déboires électoraux du parti tiennent essentiellement à l’ampleur inattendue de l’appétit de changement de l’électorat. Elle n’exclut pas un retour au pouvoir des conservateurs en 2019.

Cette explication, qui impute la défaite à des électeurs volages plutôt qu’au bilan de Stephen Harper et au style de sa campagne, a laissé sur leur appétit même des conservateurs. À cet égard, les témoignages recueillis récemment par Radio-Canada auprès de trois anciens ministres du cabinet conservateur sont éloquents.

Christian Paradis — qui n’a pas tenté de se faire réélire en octobre — évoque un chef isolé par une garde rapprochée investie d’un pouvoir démesuré. Cet ex-lieutenant québécois parle d’un premier ministre difficilement accessible, parce que surprotégé, et d’une absence chronique d’intérêt à l’égard des dossiers montréalais.

L’ex-ministre de l’Immigration Chris Alexander, qui a perdu son siège au dernier scrutin, parle lui aussi d’une équipe de direction imperméable aux suggestions des ministres. Il affirme avoir plaidé en vain pour une plus grande ouverture sur la question des réfugiés dès 2013. Il estime que la campagne Harper a dépassé les bornes dans le débat sur le niqab.

L’ex-président du Conseil du Trésor Tony Clement ne peut concevoir que le Parti conservateur n’ait pas de politiques pour contrer la pauvreté. Il avoue que, pendant la campagne, il préférait regarder ailleurs plutôt que de voir Stephen Harper se prêter au jeu de comptabiliser ses promesses de baisses d’impôts à l’aide d’une mégacaisse enregistreuse.

Chose certaine, la traversée du désert du Parti conservateur s’annonce différente de celle qui vient de s’achever pour le Parti libéral.

Au fil des décennies, le PLC a connu plus que son lot de guerres de clans. Les libéraux se souviennent de la rivalité entre Jean Chrétien et Paul Martin ou de celle qui a opposé John Turner à son successeur pendant les années 1980. Mais les luttes qui ont divisé la famille libérale tenaient davantage à des conflits de personnalités qui carburaient à l’ambition qu’à de profondes différences idéologiques.

Quel que soit le clan auquel les uns ou les autres s’identifiaient, ils s’entendaient sur les fondements du crédo libéral, notamment la protection des minorités aussi bien linguistiques que culturelles, le multilatéralisme en matière de politique étrangère et une foi certaine en l’activisme étatique.

Ce n’est pas le cas du Parti conservateur, au sein duquel la liste des sujets qui ne font pas consensus va de l’adaptation de l’économie aux changements climatiques au rôle d’un État moderne en matière de politiques sociales et à la participation du Canada aux institutions internationales, comme les Nations unies, en passant par le droit à l’avortement et le mariage entre conjoints de même sexe.

À la faveur de la course à la succession de Stephen Harper, le Parti conservateur se prépare à renouer avec le choc des idées. Après 10 ans de léthargie intellectuelle, le choc pourrait être brutal.

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10 commentaires
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« It is not in the stars to hold our destiny but in ourselves. » — William Shakespeare

N’est-il pas étonnant de relever que Jason Kenney — que pendant longtemps nombre d’observateurs voyaient comme le successeur de Stephen Harper -, combien il est très discrets en ce moment sur ses intentions en termes de prétentions à la succession.

Cela ne montre-t-il pas que nous sommes dans les rounds d’observation ? Chacun essayant à petits pas d’évaluer ses appuis et ses chances de devenir roi.

Peut-être est-ce dû au fait qu’en plus de deux langues officielles, nous aurions besoin dans ce pays de : « English-to-English translation »… Il est vrai que l’Université d’Oxford considérait l’anglais du Canada, il n’y a pas si longtemps, comme une sorte de patois, une forme dialectale plutôt qu’une observation stricte et rigoureuse des canons de la langue anglaise.

C’est à mon avis, ce qui rend l’unité canadienne difficile pour ne pas dire impossible dans ces conditions. Nous parlons tous, mais des langages différents, dans une sorte de cacophonie générale qui déferle y compris au sein de la Chambre des communes.

Cette question du langage qui selon moi est bel et bien indissociable de l’unité canadienne, devrait à mon humble opinion, être le thème principal de la campagne électorale de 2019. On ne peut pas échafauder un projet cohérent de société sans établir l’harmonie dans son propre parti.

Mais qui sait, monsieur Kenney n’est dans l’ombre que pour un court moment, qu’il échafaude déjà — dans le plus grand secret — la stratégie conservatrice qui permettra de remettre cette formation politique aux avant-postes dès demain, sinon après-demain. Le Parti Conservateur n’a nullement besoin de se réinventer dès lors que tout naturellement : il est !

La redéfinition du Parti Conservateur n’a pas être profonde. Il est aisé de parier que l’ingénierie social du Parti Libéral va se traduire par des déficits infinis (voir l’expérience libérale en Ontario). Dans quatre ans que va-t-il resté au Parti Libéral, un chef qui fait de belles photos, qui aime coller le monde. Le Parti Conservateur doit trouver le moyen de parler au coeur des gens pas juste s’adresser à l’intelligence des gens, ce qui était la vraie faiblesse de Stephen Harper. Personnellement, je suis partisan d’une femme de conviction à la tête du PCC. Je verrai très bien une Tasha Kheiriddin. J’ai aimé les allusions à son enfance de Lisa Raitt. Tony Clement est un type sympathique, mais la guerre à la pauvreté va passer par des jobs et non de beaux programmes sociaux. Le credo conservateur est clair et le 30% de ses partisans ne voudront pas savoir grand chose de la guerre à la pauvreté. Il faut aller chercher le 10% de voteurs qui vont être tannés de payer pour des programmes qui n’apporteront aucun changement de concret dans leur vie. Et dans ce 10%, il y a beaucoup de femme.

Ce que vous êtes divertissant à lire m. Beaulieu. Surtout lorsque vous écrivez: « le parti conservateur doit trouver le moyen de parler au cœur de gens pas juste s’adresser à l’intelligence ». Vous êtes sérieux? Le plc s’adresse justement à des gens qui n’ont aucune connaissance politique, culturelle, intellectuelle, historique et économique. La clientèle typique des conservateurs est la même que celle de Trump au usa. Dans ce parti il n’y a aucun grand penseur ou intellectuel tout juste une gang de plombier. C’est pas pour rien que leur clientèle se retrouve surtout en Alberta et en Saskatchewan et dans la ville de Québec. La clientèle neoconservatrice est une clientèle égocentrique et avare qui n’a aucun souci sur l’avenir par ignorance et/ou par égoïsme. Ce type de personne ne devrait même pas avoir droit de voter. Car ce sont des gens contre la société, la diversité et la liberté.

Bref, ne mêlez pas l’intelligence et plc ensemble car depuis que ce parti fut infiltré par la droite religieuse du Canada colonisateur il a perdu tout légitimité et intégrité. Harper a été une honte pour le Canada il aurait dû être expulser de force pour trahison envers l’état et ses citoyens.

Wow! Merci pour votre bon commentaire où vous essayez de plaider pour la liberté tout en retirant le droit de vote à des gens! Pour ce qui est de l’intelligence, j’admets que je suis conservateur et de toute évidence je n’ai pas votre prose équilibrée et nuancée. Mais si cela ne vous dérange pas je préfère mon étroitesse d’esprit à votre lyrisme.

Vous avez raison m. Beaulieu, Le Canada est un des rares pays où la loi ne prévoit aucune exclusion au motif d’incompétence mentale. Cependant, on peut voir les résultats de l’ignorance sur l’état d’une société comme la nôtre. Où la peur et l’ignorance sert les gens mal intentionnés. On devrait tout de même faire passer un test minimal sur les enjeux majeurs à l’électorat, ça nous éviterait de gaspiller des milliards de dollars en mauvaise gestion suite à l’élection d’un gouvernement de plombier comme celui de harper. Et ça forcerait la population à s’instruire sur des sujets qui les concernent.

Car, désolé de vous l’annoncer de façon si brutale, vos impôts, sous le gouvernement harper, ont servi à engraisser les riches et les compagnies pétrolières tout en vous retirant des services auxquels vous aviez droit.

Harper est un être machiavélique qui s’est employé à détruire les structures sociales que plusieurs générations ont bâties. Il n’aurait jamais dû se retrouver dans un poste de pouvoir. C’est un être dangereux qui a passé à travers le filet de la sélection naturelle.

On en reparlera dans 4 ans ! Lorsque le gouvernement libéral aura additionné un déficit cumulatif de plus de 75 milliards de dollars!!! En passant est-ce qu’ il y a des tests pour les personnes en possession de la science infuse ?

Vous connaissez bien mal vote adversaire et ça pourrait coûter cher lors des prochaines élections. Il n’y a pas que des morons en Alberta et en Saskatchewan et je vous rappelle que l’assurance-maladie a été conçue en Saskatchewan. En passant l’acronyme que vous utlisez est celui du Parti libéral du Canada (PLC) alors que le Parti conservateur est le PCC (non ce n’est pas pour le Parti communiste du Canada) et ça montre que vous connaissez bien mal vos adversaires!

Ceci dit, c’est vrai que la vraie base conservatrice est surtout composée de fanatiques religieux évangéliques qui ont toutefois le droit de vote, tout comme vous car pour eux vous et les progressistes sont l’anathème et vous ne devriez pas avoir le droit de vote. Tout étant relatif, notre système « démocratique » est bien imparfait et oui, ça peut mener à des dérapages, comme la guerre à la science de l’ex-PM Harper, mais en fin de compte on n’a pas comme société encore trouvé le système idéal et on peut espérer que nous sommes en voie de l’améliorer par une forme de vote proportionnel. Les conservateurs seront les grands perdants de ce changement de régime car ils sont seuls dans leur coin et on peut certes prévoir une bataille épique de leur part contre ce changement.

Le parti conservateur doit décider de demeurer ce qu’il est aujourd’hui : conservateur et alliantiste
ou redevenir le Parti Progressif Conservateur qui était.