Un petit coup de plumeau

Génivar a passé un coup de plumeau dans sa haute direction la semaine dernière en suspendant le vice-président pour l’ouest du Québec, François Perreault.
Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, Michel Lalonde a identifié François Perreault comme le responsable de la collusion au sein de Génivar. La firme n’a pas voulu révéler l’identité du dirigeant suspendu, estimant qu’elle est redevable d’abord et avant tout à ses actionnaires, et non aux journalistes qui posent des questions indiscrètes.
M. Perreault est le seul cadre de Génivar nommé par Michel Lalonde; les sanctions prises contre l’employé soi-disant anonyme sont en lien direct avec le financement occulte des partis municipaux (en l’occurrence Union Montréal) et l’obtention des contrats publics dans la métropole.
L’équation est aussi simple que 1+1= 3 %.
C’est le deuxième revers pour M. Perreault. Le 1er février dernier, il démissionnait de son poste au conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ). Qu’un ingénieur associé aux stratagèmes de collusion et de corruption ait pu se retrouver en position de faire la leçon d’éthique à ses collègues dépasse l’entendement, comme je l’écrivais sur ce blogue.
Pour le moment, seul M. Perreault semble subir les contrecoups des stratégies d’affaires de Génivar. Après la suspension de M. Perreault, qui siégeait au comité de direction canadien de Génivar, l’action a fléchi de 2,2 % à la baisse, lundi à la Bourse de Toronto, pour conclure la journée à 23,10 $.
Depuis 2010, les tuiles s’accumulent pour Génivar comme le rappelle La Presse aujourd’hui. François Perreault est le troisième dirigeant mis à l’écart pour des dérives éthiques. En novembre 2012, le vice-président au développement national, Yannick Bouchard, a quitté la firme, six mois après avoir organisé un cocktail de financement controversé pour l’ex ministre libérale, Line Beauchamp. Un membre de la mafia, Domenico Arcuri, faisait partie de la courte liste de 15 à 20 invités. De 2003 à 2008, M. Bouchard a dirigé le bureau de Génivar à Laval, qui a été frappé par l’escouade Marteau le 6 novembre dernier.
En 2010, Yves Lortie, vice-président aux infrastructures municipales, a aussi quitté Génivar. Il avait commis l’impair d’accepter un voyage en Italie à l’invitation de Giuseppe Borsellino, président de Construction Garnier. L’ex leader de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, et l’ex responsable des infrastructures à la Ville de Montréal, Robert Marcil, figuraient parmi les invités. Le p.-d.g. de Concession A25, Daniel Toutant, avait aussi rejoint ce singulier groupe de touristes. Garnier et Génivar ont tous deux travaillé sur le pont de l’autoroute 25.
De 2005 à 2009, Génivar a obtenu des contrats d’une valeur de 12,9 millions de dollars à Montréal seulement, selon des données obtenues en vertu de la loi d’accès à l’information. Les chiffres excluent les contrats d’arrondissement, d’agglomération et des municipalités voisines. Après la chute du cartel des ingénieurs en 2009, précipitée par la création de l’escouade Marteau, la firme a misé davantage sur le développement à l’extérieur du Québec et à l’étranger. Dans les plus belles années de la collusion, Génivar tirait environ 12,5 % de ses produits d’exploitations des contrats municipaux dans le Grand Montréal, selon des estimations de la porte-parole de la firme, Isabelle Adjahi. En 2009, ces mêmes contrats représentaient 1 % des produits consolidés.
Des analystes financiers consultés par La Presse s’attendent à ce que le titre soit malmené en Bourse en raison des mauvaises nouvelles en provenance de la commission Charbonneau, mais pas au point de menacer la stabilité de l’entreprise. Génivar, comme les autres fleurons du génie éclaboussés à la commission Charbonneau, sont à l’image des banques américaines lors de la crise des subprimes. Ces firmes sont devenues trop grosses pour payer le prix de leur inconséquence.

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