Un plan vert qui tombe pile

Si la décision de la CAQ de s’engager davantage dans le dossier de l’urgence climatique contribuait à éliminer un clivage politique qui sape les efforts de réduction des gaz à effet de serre du Canada, ce serait déjà un bon début.

Photo : Daphné Caron

Critiqué par les écologistes, qui trouvent qu’il manque d’ambition, le plan de lutte contre les changements climatiques du gouvernement de François Legault a néanmoins agréablement surpris son partenaire fédéral.

Ce n’est pas parce que les deux gouvernements filent le parfait amour ces temps-ci, mais plutôt parce que le programme présenté par le premier ministre caquiste arrive à un moment stratégique dans le calendrier politique.

Voici pourquoi.

Pandémie oblige, l’environnement en général et les changements climatiques en particulier ont perdu du galon dans la liste des priorités des électeurs depuis le dernier scrutin fédéral.

Nombreux sont ceux qui se sont même inquiétés de ce qu’après la pandémie la question de l’urgence climatique s’efface de l’écran radar des gouvernements, comme ç’avait été le cas dans la foulée de la crise financière de 2008.

Les libéraux de Justin Trudeau eux-mêmes, lors de la préparation de la rentrée parlementaire de fin septembre, ont constaté, sondages à l’appui, que la majorité des Canadiens aspiraient d’abord et avant tout à un retour à la vie normale.

Sans renoncer à son projet de bâtir une économie plus verte, Ottawa a fini par faire de la gestion de la crise sanitaire et de l’expansion des politiques sociales qui pourraient en résulter le fil conducteur de son discours du Trône.

Parallèlement, la table fédérale-provinciale est actuellement dominée par des premiers ministres pour qui la lutte contre les changements climatiques n’est pas une priorité.

En la matière, on est loin de l’époque où le Québec, sous Jean Charest, et l’Ontario, sous Dalton McGuinty, unissaient leurs voix pour pousser dans le dos du gouvernement fédéral de Stephen Harper.

Pour la plupart, les premiers ministres conservateurs, qui forment une majorité autour de la table des provinces, ont fait campagne contre Justin Trudeau et ses politiques environnementales l’automne dernier. Leurs gouvernements et le fédéral se sont affrontés devant les tribunaux sur cette question. Cela dit, la dynamique interprovinciale a changé depuis un an.

À la même date l’an passé, le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, était considéré comme le leader moral de la droite canadienne. Son influence a largement contribué à l’opposition du mouvement conservateur, tous paliers et toutes provinces confondus, au cadre de lutte contre les changements climatiques du gouvernement Trudeau.

Douze mois plus tard, on parle de plus en plus de cette influence au passé. Contrairement à la plupart de ses collègues, le premier ministre Kenney a perdu des plumes au fil de sa gestion de la pandémie. Cet automne, une majorité d’électeurs albertains étaient insatisfaits de son travail. De la tête du palmarès provincial de la popularité, il a dégringolé à l’avant-dernière place dans le plus récent classement de la maison de sondage Angus Reid.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a pris ses distances par rapport à son homologue albertain pour se rapprocher de François Legault et de… Justin Trudeau. Ce mouvement, qui s’était amorcé au lendemain de la victoire libérale fédérale de l’automne dernier, s’est accentué au cours de la pandémie.

On ne verra vraisemblablement pas Doug Ford pourfendre les politiques libérales de lutte contre les changements climatiques sur les tribunes de la prochaine campagne fédérale. Surtout que, du point de vue de l’Ontario, l’électrification de son importante industrie automobile s’impose de plus en plus comme une priorité plus grande que la guerre à la tarification fédérale du carbone.

Dans ce contexte politique particulier, le fait que le plan d’action provincial le plus ambitieux actuellement sur la table émane d’un gouvernement québécois associé au courant conservateur du Canada pourrait avoir un effet d’entraînement et, à terme, changer la donne politique.

L’environnement demeure dans l’angle mort de la gouvernance du premier ministre Ford. La décision du gouvernement Legault de mettre le cap plus résolument sur le front climatique va inévitablement donner de l’élan à ceux qui réclament un virage vert de Queen’s Park.

Le Canada — contrairement au Québec et à la Colombie-Britannique — est encore à la recherche d’un consensus politique en matière de lutte contre les changements climatiques. L’Ontario est un élément incontournable d’un tel consensus.

Si la décision de la CAQ de s’engager davantage dans le dossier de l’urgence climatique contribuait à éliminer un clivage politique qui sape les efforts de réduction des gaz à effet de serre du Canada, ce serait déjà un bon début.

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Le plan vert des caquistes tombe PILE sans doute puisqu’on ne l’attendait plus, mais il vise avant tout à sauver la FACE. Son manque d’ambition rejoint la mollesse des engagements du PM Justin Trudeau dont le plan de réduction des GES n’atteindra même pas les modestes cibles – calquées sur le précédent gouvernement conservateur – qu’il s’était fixé lors de l’Accord de Paris.

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