Un répit pour Annamie

À l’instar des chats, la cheffe du Parti vert, Annamie Paul, semble avoir plusieurs vies politiques.

Christopher Katsarov / La Presse Canadienne / Montage L'actualité

La cheffe du Parti vert, Annamie Paul, peut souffler un brin. Ce n’est finalement pas cette fin de semaine qu’elle devra faire face à un possible vote de confiance. Son leadership est toujours contesté, mais sa formation politique s’est organisée pour mettre cette désapprobation sur pause le temps de la campagne électorale.

Est-il nécessaire de rappeler les faits ? Annamie Paul n’était aux commandes de son parti que depuis huit mois lorsque sa tête a été réclamée par des militants. On lui a reproché d’avoir pris une position (nuancée) sur le conflit israélo-palestinien ne correspondant pas aux idées traditionnelles du Parti vert (beaucoup plus critique d’Israël). On lui a reproché surtout de ne pas s’être portée à la défense de ses députés quand son proche conseiller les a accusés d’antisémitisme pour avoir justement critiqué cette déclaration nuancée. Une élue a claqué la porte.

À l’instar des chats, la leader semble avoir plusieurs vies politiques. Elle a échappé à une première tentative de destitution au début de l’été grâce à ses talents d’avocate. Alors que le conseil fédéral du parti planifiait la tenue d’un vote contre elle, elle a brandi son contrat de travail officialisant son statut de cheffe et plaidé qu’une destitution équivaudrait à une rupture de contrat. L’affaire est certes devant les tribunaux, mais Annamie Paul a gagné du temps.

La seconde tentative de limogeage aurait pu survenir cette fin de semaine, alors que le Parti vert devait tenir son congrès bisannuel. Des militants mécontents avaient l’intention de profiter de cette tribune pour réclamer le départ de la cheffe. Mais miracle ! Cette dernière s’est épargné une éventuelle humiliation — qui aurait été particulièrement cuisante en contexte électoral — grâce au report du congrès en novembre.

Entre-temps, le parti s’est doté d’un nouveau conseil fédéral : certains détracteurs d’Annamie Paul n’ont pas été réélus, tandis que certains de ses partisans ont remporté des sièges auparavant vacants. Résultat : le nouveau conseil est plus favorable à la cheffe que l’ancien. Mais cela n’a plus beaucoup d’importance. La constitution du Parti vert exige en effet la tenue d’un vote de confiance au plus tard six mois après des élections. Tous les militants pourront donc se prononcer sur le leadership d’Annamie Paul au plus tard le 20 mars prochain. Aucun contrat de travail ne pourra empêcher ce vote.

On comprend mieux maintenant pourquoi Annamie Paul n’est pas sortie du tout de sa circonscription depuis que les élections ont été déclenchées, dimanche. Toute cheffe de parti national soit-elle, elle n’a fait campagne que dans Toronto-Centre, principalement à coups de séances de serrage de mains dans la rue. Bien sûr, les finances exsangues du parti y sont pour quelque chose. Mais Annamie Paul doit absolument gagner dans Toronto-Centre. De l’avis de plusieurs militants, il serait encore plus facile de lui montrer la porte si elle n’avait pas de siège à la Chambre des communes. Inversement, si elle contredisait tous les pronostics en remportant ce château fort libéral, elle clouerait le bec à ses détracteurs. Du moins, pour un temps.

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Alors que Les Verts ont le vent en poupe dans plusieurs pays du monde, qu’ils remportent des sièges dans de nombreux Parlements, qu’ils gouvernent des grandes villes. Ici au Canada, avec un système électoral désuet, certaines factions des Verts continuent de s’étriper sur des positions pro-palestiniennes alors que la plupart d’entre eux ne comprennent rien à ces questions.

Il n’y a pas un Canadien sur mille qui comprenne quoique ce soit au Moyen-Orient. Ceux qui comprennent sont plus nuancés, ceux qui n’y comprennent rien ont des préjugés. À ces préjugés pro-palestiniens, s’ajoute peut-être d’autres préjugés dont certains membres de son parti ne se vanteront pas : madame Paul est noire, madame Paul est juive.

J’espère qu’Annamie Paul remportera Toronto-Centre. Alors que mes préférences environnementales devraient me tourner pour le Parti vert, que je devrais voter pour ce parti et même militer avec ce parti. Eh bien mon vote sera certainement ailleurs. Je me demande franchement, si on peut faire le moindrement confiance à l’exécutif de ceux qui se disent Verts au Canada.

Pendant ce temps, on va continuer de suer et de marner, comme si notre pays était une petite principauté à l’abri de tous les coups durs que réserve la destinée. Changements climatiques, crise environnementale, renforcement éhonté des inégalités, tout ça n’existe pas !

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Hein! Vous écrivez que Mme Paul fait campagne «à coups de séances de serrage de mains dans la rue» dans sa circonscription. Heille! Ne sommes nous pas en temps de pandémie et qu’on doit justement non seulement éviter les poignées de main mais rester à au moins 1 m les uns des autres?

Mais, comme M. Drouginsky, j’étais en faveur des Verts pour des raisons évidentes du temps de Mme May mais depuis, je vais aller voir ailleurs car la querelle byzantine des Verts sur un sujet qui leur est complètement étranger démontre clairement qu’ils n’ont pas l’étoffe pour gouverner ni même pour former une opposition crédible. C’est complètement irresponsable de Mme Paul et des Verts en ces temps critiques pour l’humanité mais il n’y a pas grand chose que je puisse faire sinon ne pas voter pour eux, surtout que la poignée de main, ben c’est pas fort.

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