Un reporter dans la jungle de l’UQAM

Aussitôt arrivé sur place, je constate l’ampleur des dégâts. Le désordre est tel qu’on se croirait dans un magasin Winners. 

Politique

La présence de gens masqués, casqués, violents et armés dans un pavillon de l’UQAM me trouble. Celle des manifestants cagoulés aussi, mais un peu moins.

Mais que se passe-t-il donc dans mon alma mater pour qu’on y appelle la police ?

Défiant la règle numéro un du chroniqueur d’opinion moderne qui veut qu’une opinion soit meilleure quand on parle à travers son chapeau, j’ai décidé de me rendre sur place pour voir de mes propres yeux.

Évidemment, on ne visite pas ce genre d’endroit sans être adéquatement protégé. J’ai donc appelé mon ami Richard Latendresse, de TVA, pour lui emprunter son matériel de reporter de guerre.

Le Kaboul de Montréal qu’est rendu l’UQAM n’avait qu’à bien se tenir.
Le Kaboul de Montréal qu’est rendu l’UQAM n’avait qu’à bien se tenir.

Jeudi 9 avril, 10 h 18, Pavillon J.-A. DeSève

Aussitôt arrivé sur place, je constate l’ampleur des dégâts. Le désordre est tel qu’on se croirait dans un magasin Winners. On entend, au loin, les bombardements du pavillon Hubert-Aquin.

Les murs sont recouverts de graffitis. Du coin de l’œil, j’aperçois Guy Nantel. Canette de peinture à la main, il ajoute des fautes aux slogans écrits sur les murs. «Non à l’austéritez !» lance maintenant l’un d’eux. Bien joué, Guy !

Partout autour, des employés manient la «moppe» et le balai pour remettre de l’ordre. On profite de ce grand ménage pour accrocher une banderole présentant le nouveau slogan de l’université : «À l’UQAM, les sciences sont molles, mais les matraques sont dures».

Au loin, le recteur traverse le paysage, bidon d’huile à la main. «Auriez-vous vu un feu ?» demande-t-il à tous ceux qu’il croise.

11 h 04, à côté d’une fontaine du pavillon Judith-Jasmin

Des sauterelles ont été relâchées dans différents pavillons de l’UQAM. J’ai vérifié, et l’eau de la fontaine n’a pas été changée en sang. Je présume que les premiers-nés vont être corrects.

11 h 45, au détour d’un couloir du pavillon Hubert-Aquin

À la vue d’un groupe de femmes, je m’arrête. Ce sont probablement des féministes radicales. «Attention», m’a-t-on averti, «elles vont vouloir t’opprimer en tant qu’homme en organisant une manifestation non mixte.»

Je pourrais aller leur parler, mais je risquerais d’apprendre qu’il existe des raisons tout à fait légitimes de tenir des événements non mixtes. Je passe donc mon chemin en me rappelant la longue route que les hommes ont eu à parcourir avant d’être, finalement, eux aussi victimes de terribles actes de sexisme.

12 h, dans une salle de cours

Au hasard, j’entrouvre la porte d’un local.

Quelle n’est pas ma surprise de trouver une classe pleine de courageux étudiants en train de suivre, tenez-vous bien, un cours ! Afin de ne pas attirer l’attention des hordes masquées qui patrouillent dans les couloirs, le professeur chuchote.

«Comment avez-vous fait pour ne pas être prises en otage par la grève ?» que je demande, fasciné, à deux étudiantes. «Ben… on est allées voter contre la grève quand c’était le temps. Du coup, notre association n’a pas eu de mandat de grève et on n’est pas en grève.»

Quoi ? Pas d’injonction ni de complainte sur le fait qu’on est obligé de discuter avant de voter ? C’est presque trop simple…

13 h 20, pavillon Hubert-Aquin

Dans une salle bondée, une association étudiante entame sa 42e heure consécutive d’assemblée générale.

La fatigue aidant, les mains se lèvent de plus en plus mollement. Il faut dire qu’on en est au 28e vote sur la reconduction de la grève. Les étudiants gardent malgré tout espoir : si ce vote donne finalement le «bon» résultat, on pourra enfin ajourner la séance.

Mais alors qu’on fait le décompte des votes, j’entends un étudiant crier «Hein, c’est un journaliste, lui !». Oups ! Je suis repéré !

Il me faut prendre la fuite. À bout de souffle, j’arrive à semer les meutes d’étudiants qui me poursuivent en leur lançant des vieilles chroniques de Richard Martineau et une mousse de micro de LCN, qu’ils s’arrêtent pour déchiqueter avec rage.

13 h 45, Pavillon R

Mon périple dans les décombres de l’éducation postsecondaire se termine dans le seul refuge qu’il reste à l’UQAM : le pavillon des Sciences de la gestion. Dans ce havre de sûreté, on n’a pas le temps de manifester contre l’austérité : on se prépare à être ceux qui vont l’appliquer dans quelques années.

Assis sur un banc, je profite du calme pour regarder par la fenêtre des manifestants se faire courir après par l’escouade antiémeute.

Je me prends à rêver un peu. Je rêve d’un monde où, quand la police entre dans une université, c’est pour assister à quelques cours. Peut-être se rendrait-elle compte que de donner des coups de matraque à un manifestant parce qu’il n’a pas donné son chemin, c’est un peu absurde.

Mais surtout, je rêve de camps qui ne me demanderaient pas une adhésion inconditionnelle à leur vision des choses.

Parce qu’entre un ministre pour qui la grève étudiante est une fiction, une majorité silencieuse qui se réjouit qu’on tapoche de l’étudiant, une université qui flirte avec la répression politique et des associations étudiantes qui trouvent que c’est un défaut d’être raisonnable, j’ai un peu de difficulté à me trouver une opinion qui rentre dans un texte de moins de 1 000 mots.

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. On peut aussi lire ses anticritiques culinaires sur le blogue Vas-tu finir ton assiette ? et le suivre sur Twitter :@OursMathieu.

Laisser un commentaire

L’UQÀM devrait fermer définitivement ses facultés en sciences molles pas de maths immédiatement.

De toute façon, quel employeur sérieux recrutera ses « diplômés ». Hein?

Ne leur reste que la CSN, la FTQ être prof dans cette même université ou être secrétaire d’un hurluberlu péquiste ou solidaire pour gagner leur vie…

C’est-y beau, la vision de la démocratie version très à droite comme celle très à gauche: je m’exprime, et ceux qui ne pensent pas comme moi, qu’ils ferment leur gueule. Vous pouvez ben arborer un pseudonyme de roi de France…

On voit que vous ne connaissez pas François 1… c’est un habitué. À côté de lui, Harper est un dangereux marxiste-léniniste.

En l’occurrence, François Ier pourrait donner des leçons de démocratie à pas mal de chefs politiques occidentaux actuels …

Vraiment? S’il n’en tenait que de lui, les syndicats et autres associations non-libertariennes seraient déclarées illégales. Probablement que le PQ aussi, dans tous les partis politiques souverainistes et/ou de gauche, ce serait à voir…

Le PQ est parfaitement légal. Personne n’et forcé de voter pour eux et ils nous font la preuve quotidiennement que leur cause est complètement caduque et dépassée. Z’ont pas besoin que j’en rajoute. Leur course à la chefferie est parfaitement explicite.

Quant aux syndicats, et contrairement à ce que vous croyez de moi, je les démocratiserait.

Je rendrait obligatoire un vote secret pour s’y affilier contrairement à la simple signature de cartes d’adhésion trop souvent entachée de mensonges, d’intimidation et de menaces comme tout le monde la sait, et je permettrais à tous ceux qui ne veulent pas faire corps avec eux, de pouvoir le faire en toute légalité comme ça se fait partout dans le monde civilisé.

Oh…et la formule Rand serait bien sûr abolie. Que les syndicats prennent eux-mêmes les mesures pour financer leur racket de la protection.

@ François 1
Avant d’écrire n’importe quoi, une petite réflexion s’impose, parce que tout ce que vous avez écrit au sujet des adhésions syndicales par carte de membre est contredit par Me Louis Morin, ancien juge au Tribunal du travail et ancien président de la Commission des relations de travail.

« Ce n’est pas par le seul fait qu’il y ait un vote que le tout devient démocratique. L’histoire foisonne de votes antidémocratiques. On n’a qu’à penser aux élections dans les pays totalitaires où les gens qui votent n’ont pas le choix. N’en est-il pas de même lorsque des salariés doivent voter sur la présence ou non du syndicat et que l’employeur se mêle de la partie. Il ne se contentera pas de dire qu’il est contre de la venue d’un syndicat: tout le monde le sait. Il ira donc plus loin et utilisera toute son influence pour faire en sorte que les employés décident de ne pas se syndiquer. […]

Parfois, les réactions sont virulentes. Est-ce plus démocratique de voter contre la syndicalisation après que l’employeur eut menacé les salariés de fermeture, de perte de droits, etc. que d’avoir signé une carte d’adhésion même si c’est avec persistance qu’on a demandé de le faire? […]

Un éminent professeur de la faculté de droit de Harvard, Paul Weiler, a analysé la façon américaine de procéder par voie de vote et démontré qu’elle comportait plusieurs lacunes et qu’elle n’était sûrement pas signe d’une meilleure garantie de la liberté d’association que la considération des cartes d’adhésion. (Syndicalisation – Vote ou signature d’une carte, il y a de toute façon opposition patronale, Me Louis Morin)

http://www.ledevoir.com/non-classe/81903/syndicalisation-vote-ou-signature-d-une-carte-il-y-a-de-toute-facon-opposition-patronale

Quant à la formule Rand, rien n’empêche un syndicat de négocier avec l’employeur le précompte syndical obligatoire comme cela se faisait avant qu’on introduise la formule Rand dans le Code du travail.

@ Marc Sauvageau le 13 avril 2015 à 11 h 57 min:

N’importe quel système est mieux que la signature des cartes où menaces, violence, mensonges et intimidation sont monnaie courante et croyez-moi que j’en connais un bout dans ce dossier.

De plus, pourquoi un employeur qui au final sera très affecté par la présence syndicale (plusieurs ferment dans les 3 à 5 ans suivant « l’adhésion » à un syndicat!!!) ne serait-il pas en mesure de défendre ses idées et sa société? Pourquoi serait-il illégal pour lui de contrer les arguments souvent mensongers de la partie syndicale? Hein?

Et pourquoi un VOTE SECRET serait-il malsain et immoral? hein? Après tout, si un VOTE SECRET est suffisamment raisonnable et acceptable pour élire nos gouvernements, pourquoi n’en serait-il pas autant pour adhérer à un syndicat? Pourquoi les syndicats s’y opposent-ils?

Pourquoi également FORCER tous les travailleurs à adhérer au syndicat? Pourquoi ne pas leur laisser le LIBRE CHOIX comme ça se fait partout dans le monde civilisé?

Pourquoi les syndicats refusent-ils de divulguer leurs états financiers? Après tout, le peuple paie 50% de cotisations syndicales via la déductibilité de celles-ci non?

@ François 1

On s’éloigne du sujet, mais je permettrai de vous répondre. Vous en connaissez un « bout ». Eh bien, ce bout doit être bien petit, car tout que vous me décrivez est faux.

Premièrement, le Code du travail est clair, l’ingérence de l’employeur est interdite dans les affaires d’un syndicat.

Deuxièmement, on n’adhère pas à un syndicat par un vote, pas plus qu’on devient membre d’un club de bowling en votant, ceci démontre votre ignorance. Le vote secret en question, dont l’IEDM chérit tant, servirait à déterminer si une association de salarié (syndicat) représente suffisamment de salariés pour obtenir son accréditation. Ce vote secret existe déjà, mais sous certaines conditions. On se demande bien comment un salarié, qui accepte de devenir membre d’un syndicat et de payer sa cotisation, irait voter contre l’accréditation de son syndicat, même par vote secret.

Troisièmement, les travailleurs ne sont pas « forcés » d’adhérer à un syndicat. Vous confondez les ateliers syndicaux, qui sont des clauses de sécurité syndicale négociées avec un employeur, donc avec son accord, avec un article de loi inexistant.

Quatrièmement, les états financiers appartiennent aux membres, c’est à eux de décider de les rendre publics. Si les organisations syndicales devaient rendre publics les états financiers, il faudrait que ce soit la même règle pour les entreprises. Après tout, elles aussi profitent de déductions fiscales et des largesses de nos gouvernements.

N.B. Les ateliers syndicaux couvrent 89 % des conventions collectives et touchent 72 % des salariés couvert par une c.c. selon les dépôts au ministère du Travail des conventions collectives 2013.

Vous écrivez plus loin (mais la page web ne me permet pas d’y répondre directement) « plusieurs ferment dans les 3 à 5 ans suivant « l’adhésion » à un syndicat! »
On s’éloigne du sujet, mais je ne peux m’empêcher d’y répondre : ce n’est pas la faute du syndicat tout seul. Je n’ai jamais vu un lieu de travail se syndiquer lorsque les patrons et les employés avaient une bonne communication. Comme ce sont les patrons qui engagent et gèrent les employés, je dirais qu’ils ont même la responsabilité principale des situations qui ne font pas leur affaire, incluant la syndicalisation.

Ohhh… Un billet humoristique de Mathieu Charlebois, je vais sortir le popcorn, les commentaires croustillants des gens ne comprenant pas le sarcasme seront amusant à lire. 😉

Etant une ex-étudiante à l’Uqam, je peux affirmer que les votes étudiants sont tout sauf démocratiques; ce qui se passe en ce moment relève du pur terrorisme.

Madame Allard vous avez tout à fait raison ce qui se passe en ce moment relève du pur terrorisme. Et dire que Madame Marois et compagnie ont marché avec eux et les encourageaient en tapant de la casserole.Et après,ils se demandaient pourquoi ils avaient perdu la dernière élection.Ce n’est pas difficile à comprendre je crois.

Étant moi-même étudiante à l’UQAM, je peux affirmer que ces votes étudiants sont tout à fait démocratiques. J’ai beau ne pas toujours être d’accord avec les décisions, je les accepte. Je doute fort que vous aillez réellement participé à une AG qui ne touchait pas la grève (et oui, procès d’intention). En ne vous impliquant que sous la menace d’une grève, je ne vois pas comment vous pourriez vous sentir représenté par une association facultaire. Mais qui est à blâmer?

Faux aucun vote secret ! Manipuler par l’ Assé qui on le sait maintenant est un groupuscule d’ extrême gauche qui se fiche carrément des 44000 milles étudiants a l’ UQAM.

Du terrorisme comme avec les corps déchiquetés du marathon de Boston, ou encore ces désespérés qui se jettent des fenêtres du World Trade Center en 2001 ou encore du terrorisme colonial comme ces Palestiniens parqués dans des camps et spoliés de la terre de leur grand-parents.
Honte à vous! Par ces propos, en associant au terrorisme un étudiant qui a cassé une vitre, vous banalisez la souffrance des victimes du terrorisme. Apprenez à vous servir d’un dictionnaire. Honte à vous.

M.Samuel. Vous la voulez la définition de terrorisme?Vous ne la connaissez même pas vous même..Je cite le dictionnaire. Activisme,

extrémisme, terreur,et violence ce n’est ce qui se passe.!

Bref, faire une grève étudiante = terrorisme et prise d’otage.
Alors quel mots nous reste-t-il pour parler des 140 morts dans une université du Kenya?
À moins que vous considériez les deux évènements comme étant comparable?

« L’absurde, c’est la raison lucide qui constate ses limites. » — Albert Camus (Le Mythe de Sisyphe)

D’abord bravo ! Vous avez fait montre d’un courage exemplaire en déambulant dans les pavillons de de L’UQAM, compte-tenu du niveau de risques élevé auquel vous étiez exposé. Je pense que vous êtes désormais prêt pour devenir « correspondant de guerre » 🙂

Quoiqu’il en soit, pour tenter d’élever quelque peu le débat. Il est possible de relever que vos conclusions nous ramènent directement au « Mythe de Sisyphe » qui fut fondateur de Corinthe. Sisyphe — qui passait pour très futé -, fut connu pour avoir réussi à déjouer Thanatos qu’on connait être le dieu de la mort. On prétend qu’il aurait aussi trompé d’autres divinités comme Hermès notamment.

Alors, le mythe de Sisyphe nous ramène à ce que certains appellent, « l’absurdité de la vie » et encore « l’absurdité du destin ». Cela nous interpelle au niveau de tout ce que nous devons faire ou ne pas faire à chaque jour pour vivre (ou survivre) et pour ainsi déjouer ce caractère inévitable qu’est la finalité de la vie.

Nous avons tous reçu le don de la vie et en même temps (paradoxalement), ce don peut de diverses façons être révoqué à tout instant, lorsque notre seule quête est de savoir quel temps il fera peut-être demain. Quand dans l’entre deux nous devons à chaque jour faire tout et n’importe quoi, pour transporter le même fardeau (probablement notre corps), quand chaque matin tout est à refaire ; donc par nécessité à recommencer au fil du temps plus péniblement.

Nous avons donc le choix : faire les choses avec art et avec panache ou bien alors pas. Nous pouvons être créateur ou initiateur ou marcher dans les ténèbres (dans des corridors fermés) en quête d’une lumière qui n’existe pas.

Ce qui manque singulièrement dans tout ce conflit disgracieux, c’est le refus global de tous les participants d’embrasser la forme supérieur du divin. Qu’on soit ministre, flic, gardien de sécurité, recteur, prof ou étudiant, tout le monde reste singulièrement engoncé (pour ne pas dire prisonnier) dans sa zone de confort.

Pas un seul qui ne soit susceptible de faire descendre parmi nous quelque dieu de l’Olympe punitif ou bien pourquoi pas miséricordieux.

Un de vos meilleurs textes jusqu’à ce jour, continuez, c’est bien parti. C’est bon parfois de rire de nos défauts.

«Dans ce havre de sûreté, on n’a pas le temps de manifester contre l’austérité : on se prépare à être ceux qui vont l’appliquer dans quelques années»…Merci d’entretenir les stéréotypes, bravo, vous parlez bien à travers votre chapeau, «chroniqueur d’opinion moderne».