Un réveil salutaire pour le Fonds de solidarité

Les nouvelles règles de gouvernance offrent des garanties presque en béton pour éviter à l’avenir que le copinage syndical et le népotisme influencent les décisions d’affaires.

Photo: Jacques Boissinot/La presse canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La presse canadienne

Le Fonds de solidarité de la FTQ a fait un grand pas pour rétablir sa crédibilité durement ébranlée par les révélations de la commission Charbonneau.

Il faut croire que la pression médiatique, les dénonciations de la CAQ et les appels du pied du ministre de la métropole, Jean-Francois Lisée, ont porté fruit.

La plus grosse centrale du Québec a accepté une idée qu’elle considérait jusqu’à tout récemment comme une hérésie, soit la scission de la présidence de la FTQ et du conseil d’administration du Fonds.

L’influence syndicale au conseil du Fonds, qui sera formé de 19 personnes (en incluant le p.-d.g.), sera également diluée. Il y aura sept administrateurs issus de la FTQ (au lieu de dix), sept indépendants (au lieu de quatre) et quatre membres élus par les actionnaires à la suite d’un appel de candidatures public (au lieu de deux).

Et enfin, le p.-d.g. qui a fermé les yeux sur les dossiers toxiques, Yvon Bolduc, quittera ses fonctions avec une généreuse prime de 1,1 million, soit deux ans de salaire. C’est 200 000 $ de plus que le prix payé pour se débarrasser de Guy Gionet, l’ex p.-d.g. de la SOLIM qui a servi de bouc émissaire lors de la crise de 2009 sur les dossiers toxiques, mais c’est la norme dans le secteur de la finance pour un poste de cette importance.

La position de M. Bolduc était intenable. Dès 2009, il était au courant que Jean Lavallée, l’ex président de la FTQ-Construction, touchait des pots-de-vin des entrepreneurs qui obtenaient du financement de la SOLIM (le bras immobilier du Fonds). Sa principale préoccupation était de camoufler les problèmes, de les régler à l’interne. Il s’accommodait très bien des investissements du Fonds avec des relations des Hells Angels… jusqu’à ce que les informations soient rendues publiques.

Quand une rumeur selon laquelle le Fonds aurait involontairement payé la moitié de la construction du Touch, le bateau de Tony Accurso, sa réaction a été de cacher les faits. «Faut s’assurer que ça sorte jamais», disait-il à Michel Arsenault.

Si M. Bolduc était resté en poste, le coup de barre donné par la FTQ aurait souffert d’un léger problème de crédibilité. Ces nouvelles règles de gouvernance offrent des garanties presque en béton pour éviter à l’avenir que le copinage syndical et le népotisme influencent les décisions d’affaires. Il reste à voir d’où proviendront les administrateurs élus par les actionnaires. Rien n’empêchera des membres de la FTQ de se présenter à ces postes. S’il fallait que les quatre élus proviennent du giron de la centrale, elle retrouverait alors la majorité au conseil. Et les garanties d’indépendance s’effriteraient comme le béton d’un viaduc métropolitain.

Avec tous les problèmes d’image et de crédibilité que traîne le Fonds en raison du scandale des dossiers toxiques, du traitement préférentiel accordé à Tony Accurso, de la filière des ristournes et j’en passe, je ne crois pas que la FTQ cherchera à contourner l’esprit de la réforme.

À Québec, tous les partis sont ravis des changements. C’était l’un des buts de la réforme: rassurer la classe politique. Le Fonds a pris la crise au sérieux, et il apporte des solutions satisfaisantes à ses problèmes. Il pourra sans doute éviter une intervention accrue de l’État dans ses affaires, et se concentrer sur sa mission première: soutenir l’économie et les emplois du Québec, avec son approche de capital patient.

 

Laisser un commentaire