Un tuteur et son passé

Le gouvernement Marois a pris la bonne décision en décrétant la mise sous tutelle de Laval. Dommage qu’il n’ait pas accordé plus d’importance au choix du tuteur.

Florent Gagné, un ancien directeur général de la Sûreté du Québec (SQ), possède une vaste expérience dans l’administration publique. De 1983 à 1994, il fut tour à tour sous-ministre adjoint et sous-ministre aux Affaires municipales. Appelé à redresser la SQ après la commission Poitras, de 1998 à 2003, il a laissé un amer souvenir dans le monde policier, selon La Presse.

C’est sous sa direction que l’enquête Bitume, portant sur la collusion et la corruption à Laval, a été interrompue. Une escouade spéciale de six enquêteurs a été dissoute, comme si la collusion et la corruption ne comptaient pas dans les priorités de la SQ à cette époque. Prise un.

De 2003 à 2006, M. Gagné fut sous-ministre aux Transports. En 2009, le Vérificateur général Renaud Lachance (l’actuel commissaire de la Commission Charbonneau) lui a reproché son inaction en matière de lutte à la collusion dans un rapport cinglant. Il avait choisi d’ignorer un rapport d’enquête interne datant de 2004 sur un dossier de collusion dans le déneigement, au lieu de le transmettre à la police. Prise deux.

Le ministre des Affaires municipales, Régions et Occupation du territoire (MAMROT), Sylvain Gaudreault, et le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, ont mis l’inaction du ministère des Transports sur le compte des Libéraux, qui étaient au pouvoir à l’époque.

Une lettre de Florent Gagné, datée du 22 novembre 2009, vient contredire MM. Gaudreault et Bergeron. Il disculpe les ministres libéraux qui sont passés aux Transports. «J’assume personnellement, à l’exclusion de toute intervention politique, la décision que j’ai prise de ne pas transmettre ce dossier à la police ou au Bureau de la concurrence», écrit M. Gagné.

Sans rien enlever aux compétences et à l’expertise de M. Gagné, il est tout de même curieux que le gouvernement Marois ait jeté son dévolu sur lui pour redresser Laval. Il a raté non seulement une, mais deux chances de s’attaquer à la collusion. La gestion navrante des contrats au MTQ a été décriée avec force par le Vérificateur général, Renaud Lachance. Son rapport avait suscité un tel impact que le gouvernement Charest avait accepté l’idée de créer une Unité anticollusion au MTQ, sous la direction de l’ex policier Jacques Duchesneau.

Le passé malheureux de M. Gagné est une bien malheureuse diversion. Pour redresser le sale royaume de la corruption lavalloise, il faut un administrateur qui lave plus blanc que blanc. Le bassin des candidats de prestige est assez grand au Québec pour en trouver un, pour peu qu’on laisse de côté la partisanerie

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C’est évident que quand il s’agit de préserver les intérêts du parti politique au détriment des citoyens, un parti politique choisira dans la plupart des cas de préserver les intérêts du parti. Ceci est valable indépendamment des partis politique.Les mandarins de l’état sont la pour préserver ces mêmes intérêts ,indépendamment du parti au pouvoir. Dans une démocratie parlementaire, le citoyen n’a pas d’autres recours après avoir élu un parti politique au pouvoir que d’aller jouer de la casserole en public pour se faire entendre.