Une ancienne employée de TransCanada au cabinet du ministre des Finances Bill Morneau

Une semaine avant le vote du 19 octobre dernier, le coprésident de la campagne libérale suggérait à TransCanada de viser certains ministres plus puissants, notamment le ministre… des Finances.

PolitiqueL’équipe du gouvernement Trudeau commence à prendre forme. Après le choix des ministres et leur assermentation, il faut embaucher les chefs de cabinet, les conseillers, les directeurs des communications et autres employés qui forment la colonne vertébrale du gouvernement. Ceux qui aident les élus.

Une tâche qui prend plus de temps à un parti qui a vu ses forces vives se disperser à la grandeur du pays après avoir été écarté du pouvoir depuis une décennie. Il faut ajouter à la complexité de la tâche de recrutement les nombreux voyages du premier ministre, Justin Trudeau, et de son équipe de conseillers en début de mandat, la volonté de rajeunir l’entourage des ministres pour bien marquer le changement de génération, et les cicatrices du conflit des clans Chrétien et Martin entre 1990 et 2006, encore vives chez certains bonzes libéraux.

L’équipe autour des ministres de Trudeau commence donc à peine à voir le jour.

Mais déjà, une nomination a attiré mon attention, celle de Sharan Kaur à titre d’assistante spéciale du ministre des Finances, Bill Morneau.

Avant de rallier le gouvernement, Mme Kaur a été spécialiste des communications pour TransCanada pendant près de trois ans (2013-2015), comme en témoigne son profil public sur LinkedIn.

Sharan_Kaur___LinkedIn

Or, une semaine avant le vote du 19 octobre dernier qui a porté les libéraux au pouvoir, le coprésident de la campagne de Justin Trudeau, Dan Gagnier, a écrit une note de quelques pages à cinq cadres haut placés chez TransCanada. La nouvelle, révélée par La Presse Canadienne deux jours plus tard, a fait grand bruit.

Et pour cause. Dan Gagnier, consultant externe pour TransCanada depuis plusieurs mois, expliquait à l’entreprise comment mener ses activités de lobbying auprès du futur gouvernement. Il conseillait à TransCanada, promoteur des projets de pipelines Énergie Est au Canada et Keystone XL aux États-Unis, de s’adresser le plus tôt possible aux bonnes personnes au sein d’un nouveau gouvernement afin de faire valoir rapidement ses points de vue sur la future stratégie énergétique.

En vieux routier de la politique, Dan Gagnier commentait le nombre de ministres potentiels au cabinet — il parlait de 25, il y en aura finalement 30 — et lesquels auront du pouvoir. Avec un cabinet restreint, il suggérait à TransCanada de viser certains ministres plus puissants, notamment le ministre… des Finances.

Dan Gagnier a été largué de la campagne libérale lorsque la controverse a éclaté, notamment en raison de la confusion de son mandat auprès de l’entreprise.

Est-ce que TransCanada suivra les conseils de Gagnier? Difficile à dire. Mais l’entreprise a maintenant un bon contact au bureau du ministre des Finances, Bill Morneau, en la personne de Sharan Kaur.

Une nomination étonnante compte tenu de la situation délicate dans laquelle Dan Gagnier avait plongé la caravane libérale à une semaine du scrutin du 19 octobre. L’entourage de Justin Trudeau et le chef lui-même étaient furieux.

Dans l’entourage du premier ministre, on affirme que Mme Kaur n’a aucune responsabilité politique au cabinet de Bill Morneau. Elle ne donnera aucun conseil sur le contenu, remplissant essentiellement des tâches administratives, dit-on. Elle était bénévole pour Bill Morneau pendant la campagne électorale.Le cabinet du ministre Morneau affirme qu’elle n’a jamais rencontré Dan Gagnier.

Sharan Kaur provient de la filière libérale ontarienne — elle a travaillé pour le député provincial de Toronto-Centre, Glen Murray — celle de l’ancien premier ministre Dalton McGuinty. Elle n’est pas la seule au gouvernement Trudeau, loin de là. Trudeau pige souvent dans le bassin de McGuinty, et dans celui de la première ministre ontarienne actuelle, Kathleen Wynne. Cette dernière avait mis sa machine politique à son service en Ontario pour la campagne.

Le plus important conseiller de Justin Trudeau, Gerald Butts, en est issu. Il a travaillé avec Dalton McGuinty. Tout comme la nouvelle chef de cabinet de Trudeau, Katie Telford, qui a fait ses classes avec Gerard Kennedy lorsque celui-ci était ministre de l’Éducation dans le cabinet McGuinty. Voir notre portrait de l’entourage de Trudeau.

Zita Astravas, qui était aux communications de Kathleen Wynne, vient d’être nommée directrice de la gestion des enjeux au cabinet du premier ministre Trudeau. Elle a été l’une des porte-paroles du PLC pendant la dernière campagne électorale.

Parmi les autres nominations à souligner en ce début de règne, on note que la directrice des communications de Justin Trudeau depuis un bon moment, Kate Purchase, garde le même emploi auprès du premier ministre. Elle sera appuyée par Olivier Duchesneau, qui devient directeur des communications adjoint. Il était aux communications du Parti libéral du Canada. Andrée-Lyne Hallé, qui s’occupait des communications du ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, devient attachée de presse de Justin Trudeau.

L’avocat Mathieu Bouchard, qui a notamment travaillé auprès de Mélanie Joly pendant sa course à la mairie, puis au sein de l’équipe libérale pendant les élections, a été nommé l’un des conseillers principaux de Justin Trudeau au cabinet du premier ministre. Le professeur à l’Université d’Ottawa Roland Paris jouera également ce rôle. Il était directeur de la Chaire de recherche en sécurité et gouvernance internationale de l’Université d’Ottawa. Il a déjà travaillé au ministère des Affaires étrangères. En 2014, il a fait partie d’un groupe d’experts internationaux responsable d’élaborer des recommandations sur l’accord de libre-échange du Partenariat transpacifique.

Robert Asselin, l’un des proches conseillers de Trudeau qui était aussi son rédacteur de discours et sa voix québécoise dans le cercle restreint du pouvoir, est quant à lui muté auprès du ministre des Finances, Bill Morneau, en tant que conseiller spécial responsable de l’élaboration des politiques.

Leslie Church, directrice des communications et des affaires publiques chez Google Canada depuis 2012, sera la chef de cabinet de la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly. Elle a déjà travaillé avec Michael Ignatieff lorsqu’il était chef du PLC.

Il reste encore plusieurs postes de chefs de cabinet à pourvoir. On note que Geneviève Hinse, qui était aux communications du PLC durant la campagne, est pour l’instant l’une des rares du Québec à avoir été nommée dans ce rôle. Elle assistera la ministre de la Santé, Jane Philpott.

AJOUT: Jean-Philippe Arseneau vient d’être nommé chef de cabinet du ministre des Transports, Marc Garneau. Il était jusqu’à vendredi soir le chef de cabinet adjoint du ministre Martin Coiteux, au Conseil du trésor, à Québec. Il était le point d’ancrage du cabinet dans les négociations du secteur public, qui sont présentement en phase intensive de négociations.

Brian Bohunicky, qui a été directeur de la recherche pour Michael Ignatieff, serait le nouveau chef de cabinet du ministre de la Défense, Harjit Sajjan. Renée Filiatrault, professeure de relations publiques au Collège Algonquin — elle a déjà travaillé dans l’équipe du gouvernement fédéral sur l’Afghanistan —, sera la directrice des communications du ministre de la Défense.

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3 commentaires
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«Dans l’entourage du premier ministre, on affirme que Mme Kaur n’a aucune responsabilité politique au cabinet de Bill Morneau. Elle ne donnera aucun conseil sur le contenu, remplissant essentiellement des tâches administratives, dit-on»

Et on a été capable de dire cela sans rire, en regardant l’interlocuteur bien dans les yeux? Une personne de ce niveau qui devient «adjointe spéciale» pour ne s’occuper que de «tâches administratives»? De qui se paye-t-on la tête avec cette explication alambiquée?