Printemps érable: avis de recherche pour une vraie commission d’enquête

Photo: Rogerio Barbosa/AFP/Getty Images
Photo: Rogerio Barbosa/AFP/Getty Images

Le Printemps érable prend soudainement des airs d’automne politique. Comme quoi, le plus grand mouvement de mobilisation sociale de l’histoire moderne du Québec n’a pas fini de faire des vagues.

La controversée Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012 – mise sur pied fort maladroitement en mai par le gouvernement Marois -, tiendra ses premières audiences publiques le 23 septembre. De son côté, la Cour supérieure autorisait cette semaine un recours collectif contre la Ville de Montréal suite à l’arrestation massive de plus de 500 personnes en pleine grève étudiante, le soir du 23 mai 2012.

Or, la rencontre de ces deux événements n’est pas fortuite.

Le recours collectif lancé par Jean-Pierre Lord, un finissant en travail social, est en fait la parfaite illustration du prix à payer pour le refus du gouvernement de créer une vraie commission d’enquête indépendante sur les agissements policiers pendant la grève étudiante de 2012.

En se contentant plutôt d’une simple commission d’«examen», sans indépendance, ni pouvoir de contrainte, le gouvernement a lamentablement raté le coche. J’en faisais ici l’analyse détaillée.

Qui plus est, boycottée de surcroît par les forces policières elles-mêmes et la plupart des principaux acteurs du Printemps érable, la crédibilité de cette pseudo-commission présidée par l’ex-ministre péquiste et ex-député bloquiste Serge Ménard, en prend pour son rhume.

Conséquence: en l’absence d’une véritable commission d’enquête, des citoyens n’ont et n’auront d’autre choix que de recourir eux-mêmes aux tribunaux pour tenter de faire la lumière, ne serait-ce que partiellement, sur ces agissements policiers.

Rappelons par ailleurs que cette arrestation de masse du 23 mai 2012 avait eu lieu un peu avant minuit au coin des rues Sherbrooke et St-Denis. Plus de 500 personnes – manifestants et simples passants confondus – y furent arrêtés et détenus. Certains, pendant de longue heures et dans des conditions, disons,  troublantes.

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Une commission d’«examen» n’est PAS une commission d’enquête

En plus d’une crédibilité plombée dès ses débuts, cette Commission Ménard – dotée d’un budget de 400 000$ – devra remettre son rapport final au gouvernement dès la fin décembre. C’est ce qui s’appelle se mettre en mode «à la va-vite».

Quant à ses audiences, elles seront parfois publiques, parfois à huis-clos. La portion audiences publiques serait échelonnée sur au moins deux semaines: celles du 23 septembre et du 21 octobre. Pour les «témoins», on nous dit qu’ils seraient annoncés le jour-même.

Les boycotts s’accumulant, Le Devoir faisait état à la fin d’août de la grande difficulté qu’aurait la Commission spéciale d’examen à «trouver des témoins civils» :

«Les trois commissaires, Serge Ménard, Bernard Grenier (avocat-conseil et ex-juge) et Claudette Carbonneau (ex-présidente de la CSN), ont passé l’été à faire des appels du pied sans grand succès. Selon nos sources, Mme Carbonneau a fait des approches auprès des syndicats, tandis que M. Ménard a contacté Alain Arsenault, l’avocat de Francis Grenier, qui a perdu un oeil lorsqu’il a été atteint par une grenade assourdissante.

M. Ménard aussi approché des intermédiaires de la Ligue des droits et libertés. L’ex-juge Grenier a écrit pour sa part au professeur en science politique de l’UQAM Francis Dupuis-Déri pour lui demander de témoigner au sujet des Black Blocs et des « fauteurs de troubles ». (…)

Une trentaine d’associations et syndicats, dont la Ligue des droits et libertés et l’ASSE, boycottent aussi les travaux. Leur position n’a pas changé d’un iota.»

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Un mandat gros comme un bateau…

Son mandat, quant à lui, est aussi vaste que surréaliste pour une commission sans pouvoir de contrainte, boycottée par plusieurs, au budget limité et au calendrier aussi serré.

Car la commission Ménard doit, du moins, officiellement:

«analyser les circonstances des manifestations et des actions de perturbation tenues au Québec au printemps 2012»;

«identifier les facteurs ayant contribué à la détérioration du climat social et évaluer les impacts des événements du printemps 2012 sur la population»;

«dégager des constats en s’appuyant sur des faits vérifiables;

«formuler des recommandations au ministre de la Sécurité publique au plus tard le 20 décembre 2013».

Et ce n’est pas tout. Elle pourra aussi examiner «notamment»:

«les techniques utilisées par les forces policières»;

«les méthodes employées par les agitateurs lors des manifestations»;

«les impacts, notamment économiques, des événements»;

«leur effet sur le sentiment de sécurité de la population»;

«l’impact de l’utilisation des médias sociaux sur les activités de contestation»;

«les façons de faire et les constats d’autres pays occidentaux ayant été aux prises avec des troubles sociaux d’envergure».

Et tout ça, en trois mois. Incluant la rédaction du rapport final. À première vue, ça ne fait très sérieux.

D’aucuns pourraient même finir par conclure que si on avait voulu s’arranger pour ne pas faire toute la lumière sur les agissements policiers durant la grève étudiante de 2012, on ne se serait pas pris autrement…

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(*) Pour le texte intégral de la requête en recours collectif, c’est ici.

 

 

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6 commentaires
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L’impact des pressions de l’opposition (port ostentatoire du carré rouge) devrait aussi être mesuré, en raison de son pouvoir de mobilisation auprès de ses clientèles habituelles. Le rôle de syndicats dans cette mobilisation devrait également être mesuré. Sûrement que madame Carbonneau a des idées..

Peut-être devrions-nous donner la chance aux coureurs.

C’est tellement facile de lancer des grenades à gauche et à droite. Mais tout ce que ça donne c’est d’accroître le cynisme des citoyens envers le gouvernement.

Depuis les dernières élections, avant même que ce gouvernement péquiste annonce ses projets, vous ne cessez, Mme Legault, de l’attaquer durement. Vous avez évidemment droit à votre opinion. Mais votre opiniâtreté soutenue me laisse perplexe quant à vos motivations. Vous seriez en campagne électorale occulte que vous n’agiriez pas autrement. À moins que ce soit en réaction à un secret affront qui vous pousse à tirer sur tout ce qui bouge. Nous ne le saurons sans doute jamais.

Mais le fait est que je ne vous perçoit plus comme étant une journaliste et politicologue objective. Vous me faites, en cela, de plus en plus penser à ce personnage légendaire de la culture britannique du XIX ème siècle : John Bull.

C’est triste !

«Il y a des gens qui sèment des parcelles de soleil sans faire ombrage aux autres.»
[Florence Halley]

Bonjour,

Bien évidemment que toute cette pseudo commission d’enquête ressemble de plus en plus à une grossière farce. Est ce que Monsieur Serge Ménard réussira tout d’abord à vaincre cette triste habitude d’avoir les « doigts dans le nez » assez régulièrement ? Toute cette pantalonnade, toutes ces simagrées nationalistes afin de faire « fortiller et frétiller » Baptiste et sa pareille sur leur chaise devant la TIVI, les nationalistes québécois étant les plus grands consommateurs de TIVI et de loin au Canada. Et comme disent nos amis anglophones : Big deal si ce n’est pas : Big Joke ! Et tout ça comme me disait un vieux péquiste défroqué pour l’Option Nationale, cet ancien défenseur acharné de la langue française devant « l’Éternel seulement et ancien bâtisseur attitré de pays imaginaire par le porte à porte et les assemblées de cuisine » : Ce qui veulent eux autres ces opportunistes de péquistes, c’est inque nous faire artrousser le poil su’l corps et de nous mettre des « frémilles dans les jambes » disait ce fier indépendantiste défenseur de la langue de Molière en parlant d’avoir des fourmis dans les jambes ?

En effet, sans élaborer sur cette vieille fable de la cigale et de la fourmi, voilà où nous en sommes rendu avec cette commission bidon ? Et tout ça prend son origine dans les grosses chaleurs de l’été dernier, dans ces grosses canicules où Baptiste et sa semblable sans air conditionné allait s’aérer le patriote au dehors parce ce que c’était « trop collant de watcher la TIVI » en dedans. Autant sur des paysages apocalyptiques de Laval sur le fameux boulevard des Laurentides, ce fier concurrent du Boulevard Taschereau sur la Rive Sud que sont ces monstruosités visuelles, Baptiste et sa pareille nationaliste « vargeaient à tour de bras dans de vieilles casseroles » toutes bosselées en longeant les deux rivières « brunes », soit cette foutue rivière des Milles Iles ainsi que cette réputée Rivière des Prairies. Ainsi qu’à Montréal en grande majorité dans les bouttes de péquistes, les coeurs nationalistes battaient la chamade pour s’aérer tout simplement le dessous des bras, trop chaud pour « argorder la TIVI », trop collant comme disaient nos péquistes qui dans le fin fond en essayant de se montrer sensibles aux revendications estudiantines voulaient essayer de faire mouche en faisant « artrousser la Cause Nationale » dans les sondages. Car pour les bonnes intentions et la cohésion sociale, on repassera.

En outre, ce qu’il pouvait être jouissif pour un péquiste de voir Notre Dame en Béton « varger de ses puissants bras » dans les casseroles qui ne faisaient pas long feu avec tout le torque dans les bras de cette fille à Grégoire qui hérita de la pogne et du torque dans les bras de son Paternel. Car étudiante, la Dame en Béton d’après de vieux voisins péquistes affirmant haut et fort : Anna changé des flats sur les tailleurs des chars pis des pick up. Et souvent sur des gros trucks en plusse der faire les rotations de « tires d’hiver et d’été » disaient ces fiers défenseurs du français en Canada.
Toutefois, nos nationalistes oubliaient que Notre Dame en Béton passa violemment au batte toute la gang des caribous péquistes, soit ceux avec la triste réputation de Purs et de Durs formant le cheptel des caribous.

En terminant, tout en ayant marché quelques fois avec les étudiants lors de mes brefs séjours de l’été dernier dans la République du Plateau, je peux affirmer que la très grande majorité des étudiants interrogés par le soussigné étaient tout à fait honteux de cette « récupération nationaliste » du printemps dernier par toutes ces Madames Tartenpion qui sortaient main dans la main avec Baptiste et sa semblable et le p’tit Fleurdelisé afin de récupérer « toute la patente » au profit de la foutue Cause nationaliste. Et pour bien me faire comprendre en évitant surtout d’être itératif, nous en payons encore le prix aujourd’hui, le prix de la honte. Pour des objectifs bidons de supposés appuis aux étudiants de nos nationalistes qui dans le fond pour beaucoup d’entre eux ont fait d’une pierre quelques bons coups tout en combattant le « temps collant devant la TIVI du quotidien. Avec plaisir, John Bull.

Je vois que vous écrivez plus tardivement M. Rioux. Serait-ce sous l’influence de votre «gorlot» préféré ?

Quoiqu’il en soit, comme tous les fédéralistes qui n’ont pas le courage ne serait-ce que d’envisager leur propre prise en main et qui préfère vivre au crochet du ROC grâce à la péréquation qu’ils s’amusent pourtant à pourfendre, rien de ce qui vient de Québec ne saurait, Monsieur Yves Rioux, trouver grâce aux yeux ce cher John Bull, atteints d’une profonde myopie et d’un strabisme qui vous empêche d’évaluer un tant soit peu objectivement une situation.

Évidemment, juste le fait de penser que le travail de M. Ménard, ancien Bâtonnier au Québec, pourrait écorcher vos tendres amis fédéraux, les Libéraux vous pousse à les mettre tout de go au pilori.

Mais s’il vous plait, Monsieur Yves Rioux, reconnaissez que l’origine des problèmes qu’étudie la commission Ménard est essentiellement la responsabilité de cet ineffable Jean Charest qui, voulant faire diversion afin de banaliser la rogne québécoise au sujet de sa turpitude et celle de ses acolytes, a vilement mis en place les conditions sociales qui devaient aboutir à la contestation étudiante.

Mais dites-moi M. Yves Rioux, je constate depuis peu une diminution spectaculaire de la qualité de votre langage. Est-ce que ce M. John Bull perd de son influence sur vous ?
«La haine rend non seulement aveugle et sourd mais incroyablement bête.»
[Konrad Lorenz]

Démonstration de la force de ce pouvoir policier qui dicte son agenda aux gouvernements. De peur de s’aliéner son bras armé, le PQ noie le poisson par cette commission d’enquête… qui n’a pas les moyens de ses ambitions.

Bonjour,

Certainement qu’une vraie commission d.enquête s’imposerait devant toute la violence des policiers lors de cette répression policière contre les étudiants tandis que les Madames Tartenpion ainsi que Baptiste et ses semblables voulaient faire d’une pierre deux coups dans les grosses chaleurs de l’été dernier. Alors que nos bons nationalistes s’aéraient le dessous des bras en amenant le p’tit Fleurdelisé afin de récupérer « toute la patente » comme nos péquistes du Québec profond disent dans le dialecte provincial, et cela au profit de la foutue Cause qui se branle dans le manche.

Une vraie commission d’enquête au plus vite sur tous ces accrocs aux libertés civiles alors que le Québec jouit déjà d’une triste réputation au niveau international pour ses montées d’intolérance dues à son nationalisme éculé, revanchard et tout à fait ringard. Tout comme l’ONU il y a quelques années fit « CHARCUTER » la Loi 101 pour son intolérance en jugeant des pans entiers de celle ci tout à fait discriminatoires. Non ce n’est pas le temps maintenant de se ramasser encore une fois avec les deux « yeux au beurre noir » pour cause d’intolérance dans les processus nationalistes d’extrême droite car tout juste sur les ondes de Radio Canada sur RDI, Madame Béatrice Vaugarte d’Amnistie Internationale vient de déclarer officiellement que la pseudo charte des soi disant valeurs québécois est tout à fait illégale et discriminatoire. Et que cette « fanfaronnade loufoque » pour exciter tous les Baptiste et ses semblables nationalistes du trognon devrait à tout le moins être retirée du décor. En terminant, cette pseudo charte des soi disant valeurs à la québécoise ne visait qu’à « faire artrousser le poil su’l corps de nos Purs et de nos Durs » . Ainsi hérissée, la Bête péquiste pensaient ils aurait plusse de mordant au lieu du Mou habituel des Ti Poils superflus ……. Au plaisir, John Bull.