Évasion à Orsainville : une crise grave pour Lise Thériault

Si des gens ont menti dans une affaire aussi sérieuse que l’évasion de trois dangereux criminels allégués, ce n’est pas une enquête administrative qu’il faut déclencher, mais bien une enquête criminelle, dit Brian Myles.

PolitiqueMise à jour : Le Parti québécois a réclamé en fin de journée jeudi la démission de la ministre Thériault en l’accusant d’avoir elle-même menti. Radio-Canada et La Presse ont réussi à faire lever en partie l’ordonnance de non publication qui pesait sur le procès des trois accusés, Serge Pomerleau, Denis Lefebvre et Yves Denis. Contrairement à ce que Mme Thériault avait avancé, le juge Louis Dionne n’est pas responsable de la décision d’abaisser leur côte de sécurité. Mme Thériault a induit les médias et le public en erreur sur ce point, contribuant à embrouiller une situation qui est déjà compliquée. Elle devra rendre des comptes, et vite, pour apaiser la crise qui la concerne maintenant au premier chef.

Lise Thériault avait fort bien tiré son épingle du jeu dans les débats parlementaires sur l’abolition du placement syndical dans l’industrie de la construction. Elle avait tenu tête à une belle brochette de syndicalistes iconoclastes, toujours prompts à utiliser le chantage et l’intimidation pour arriver à leurs fins.

La nouvelle ministre de la Sécurité publique traverse cette semaine une crise beaucoup plus importante, après l’évasion de trois présumés associés des Hells Angels (Serge Pomerleau, Denis Lefebvre et Yves Denis) par hélicoptère à la prison d’Orsainville. Aux dernières nouvelles, ils n’avaient toujours pas été capturés.

Dans les premiers jours, Mme Thériault y est allée de quelques contradictions sur ce qu’elle pouvait dire et ce qu’elle devait taire pour ne pas briser les ordonnances de non-publication qui pèsent dans les procès pour meurtre et trafic de drogue des trois présumés caïds, reconnus pour faire la pluie et le beau temps en Abitibi.

Jeudi, elle a lâché une petite bombe à la radio pour justifier la tenue d’une enquête administrative sur ce cafouillage. Mme Thériault a déclaré qu’elle avait de la difficulté à se faire un portait juste de la situation, car elle aurait reçu des informations contradictoires, voire mensongères. «Est-ce qu’il y a des gens qui mentent quelque part dans l’appareil ? Certainement. L’enquête administrative va se pencher sur ça aussi», a-t-elle dit, laissant bouche bée le critique de l’Opposition, Stéphane Bergeron.

Si des gens ont menti dans une affaire aussi sérieuse que l’évasion de trois dangereux criminels allégués, ce n’est pas une enquête administrative qu’il faut déclencher, mais bien une enquête criminelle pour de possibles gestes de complicité. Qui a intérêt à brouiller les pistes ? Et pourquoi ?

Depuis le début de la semaine, l’absence de mesures de sécurité pour empêcher des hélicoptères de se poser dans les aires ouvertes des prisons a fait couler beaucoup d’encre. C’est compréhensible, puisque les évadés d’Orsainville sont les deuxièmes à faire le coup de l’hélicoptère fugitif, après Benjamin Hudon-Barbeau (un autre associé des Hells) et ses présumés complices, en mars 2013.

Les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) savaient que Pomerleau, Lefebvre et Denis préparaient une évasion par la voie des airs. Ils avaient même rencontré les autorités carcérales pour les prévenir de rester sur leurs gardes.

Les avertissements n’ont pas été pris au sérieux. La cote de sécurité des prévenus a été abaissée. Ils pouvaient circuler un peu trop librement dans la prison pour des individus reliés à une organisation aussi puissante et structurée que les Hells Angels. Ils avaient les plans de la prison ; Pomerleau a même utilisé 4 000 minutes sur un téléphone cellulaire, un appareil pourtant interdit entre les murs.

Comment sont-ils arrivés à obtenir un traitement préférentiel ? Serait-ce à force de menaces et d’intimidation auprès du personnel de la prison, comme le laissent entendre certains reportages ? Ou parce que des membres de leur «famille» criminelle ont réussi à corrompre et à soudoyer leurs geôliers ?

Les élus peuvent discuter tant qu’ils veulent de l’utilité des zones d’interdiction de vol au-dessus des prisons, et de la part de responsabilité qui incombe à Ottawa (pour son refus de brouiller les ondes cellulaires en prison) — ou encore, de celle qui incombe au PQ, pour avoir réagi trop faiblement à l’évasion d’Hudon-Barbeau.

Tout ce débat sur l’installation de câbles, d’arbres ou de filets de sécurité dans les prisons est bien divertissant, mais il passe à côté de l’essentiel.

Cinq ans après l’opération «SharQc», la filiale montréalaise du gang vient de renaître de ses cendres. Un nouveau groupe de sympathisants aux ramifications internationales, les Red Devils, s’implante tranquillement au Québec.

Les Hells Angels ont-ils repris suffisamment de force, au Québec, pour en revenir à leurs tactiques d’intimidation et de corruption ?

S’il s’avère que des membres du gang ou leurs associés ont réussi à miner l’intégrité des services correctionnels, il y a péril en la demeure. Il faudra plus qu’une enquête criminelle pour y voir clair. On ne peut accepter que le crime organisé sape les bases des institutions de la société civile.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Faut pas chercher loin, l’incompétence des gestionnaires est tout proche.

Mme Thériault a gaffé mais, ça fait un peu plus d’un mois qu’elle est dans ses nouvelles fonctions peut-on lui donner une petite chance?Qu’a fait M.Bergeon comme ancien ministre j’ai hâte de le savoir.L’opposition s’époumone entre autres Mme Maltais.Ce n’est pas ces petites crises de vedettes qui va faire que l’on va retrouver les trois bandits.Marie Gaétane Charest

Comme certains éléments de « l’ordonnance de non-publication » ont été levés. Le public sait dorénavant que dans les faits la cote de sécurité des prévenus n’avait pas été abaissée. Ce qui nous ramène à votre première proposition, laquelle serait de savoir pourquoi, ces gens-là se trouvaient dans la cour par un beau samedi à peu près et pour ainsi dire sans aucune surveillance. Et dans ce cas effectivement, une enquête criminelle serait plus appropriée qu’une enquête purement administrative.

Quoiqu’il en soit, l’enquête criminelle a peut-être déjà commencée lorsque pour des questions de prudence, les enquêteurs sont dans un premier temps à la recherche, collecte et compilation de diverses informations en vue de l’ouverture en bonne et due forme d’une enquête dite contre X prochainement.

C’est donc selon mon opinion, seulement une question de temps, lorsque la priorité reste de trouver les fugitifs prioritairement.

Quoiqu’il en soit, ces récents évènements ne font que placer une fois de plus les projecteurs sur notre réalité sociale « ici » au Québec, avec un système judiciaire saturé, des prisons surpeuplées, le manque de ressources assignées pour répondre positivement au rôle qui revient également au système de conserver et maintenir non seulement l’ordre public mais aussi de travailler dans le bon sens en toute proactivité pour permettre la réinsertion.

Si ce n’était seulement que le système carcéral qui prenne l’eau, ce ne serait pas trop grave. Tandis que des problèmes de société, il s’en trouve partout.

Vous concluez de la façon suivante : « S’il s’avère que des membres du gang ou leurs associés ont réussi à miner l’intégrité des services correctionnels, il y a péril en la demeure »

Je ne suis pas expert en la matière, si ce n’est, partout dans le monde à ma connaissance, le crime organisé est à tous les niveaux de l’économie réelle. Alors pourquoi ne serait-il pas d’une manière ou d’une autre également présent et sous diverses formes dans une partie du personnel des prisons ? — Pas si facile de retrouver une aiguille dans une meule de foin.

Ahhhh…j’te dis qu’on a les « crises » faciles au Québec!

http://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/andre-pratte/201406/11/01-4775012-la-petite-evasion.php

Extrait:

« De nos jours, des crises artificielles de ce genre, il y en a toutes les semaines. Chaque incident étonnant ou spectaculaire est gonflé hors de toutes proportions. Le gouvernement est pressé d’agir, de congédier des personnes, de changer les lois. Cette semaine-là, il n’y a qu’une priorité: régler LA «crise». La semaine suivante, il y aura une nouvelle «crise», une nouvelle urgence. C’est la pire façon de gérer les fonds publics.

Il y a trois semaines, à la suite de l’enlèvement d’un nouveau-né à l’hôpital de Trois-Rivières, plusieurs ont proposé que les bébés soient désormais munis de bracelets GPS. Le mois d’avant, on ne parlait que des gicleurs devant être installés dans toutes les résidences pour personnes âgées. Il y a eu aussi la «crise des accommodements», la «crise des noyades», la «crise des algues bleues», ça n’en finit plus.

Chaque «crise» apporte sa fournée de règlements et de paperasse. Certaines mesures sont évidemment utiles. Beaucoup d’autres sombrent dans l’oubli… sauf pour ceux qui doivent remplir les formulaires année après année. »

C’est drôle, mais je croyais qu’au Québec on était pour la réinsertion. On aime nos criminels dans la société où ils peuvent se réhabilité. Encore tout récemment, il y en a un quia été libéré et qui… vient de tuer son ex-conjointe et son fils…Disons simplement que nos trois hells ont accéléré le processus. Arrêtons l’émotion, le vrai scandal est notre attitude vis-à-vis le criminalité.

L’opposition est selon moi un pitt-bull enragé qui ne décolère pas encore moins voir le PLQ reprendre des dossiers déjà entamés par le PQ et procéder à leur mise en oeuvre, c’est frustrant pour eux, puisqu’ils se voyaient bien en selle et majoritaires par surcroît. Si le PQ reprend du service de l’arrogance croyant se faire du capital politique au sein de la population, ils ont tout faux et démontrent une fois de plus que c’est leur marque de commerce. Ayant regardé une partie de la période de questions hier, j’ai trouvé la mine du ministre Bergeron bien piteuse, il devrait tant qu’à moi défendre son propre dossier. De plus, je peux comprendre qu’il y a eu évasion mais je suis d’avis que des criminels notoires ont tranquillement installés leurs pions au sein des administrations carcérales. Je ne veux pas défendre la ministre mais il y a matière à réflexion et je suis convaincue qu’il y a eu cafouillage au sein des différents services pour finir par transmettre des informations erronées afin de dérouter quiconque tentera d’obtenir ce qui s’est vraiment passé. Cette évasion a été bien planifiée puisque le fils de l’un s’est fait arrêter pour y faire un bref séjour de 50 jours afin de se familiariser avec les lieux pour ensuite passer à l’action, ne me surprendrait pas. Espérons que cette pause estivale sera salutaire pour tous et d’ici peu et que nos 3 moineaux reviennent au bercail connaître leur sentence, puisque leur procès se poursuit et c’est tant mieux. Apprendront-ils leur verdict via leurs cellulaires?

Savez-vous ce qu’est la responsabilité ministérielle ? Il semble que non. Dans notre système parlementaire britannique, un ministre est soumis au contrôle de l’Assemblée Nationale, de tout ce qui se passe dans son ministère, même lorsque les événements reprochés au ministre, ont débuté sous la tutelle d’un ministre membre d’un autre parti et il doit démissionner s’il n’a plus la confiance des représentants du peuple.

La responsabilité ministérielle est-ce que M.Bergeron l’a prise lors de l’avant dernière évasion?A voir son air piteux en chambre on dirait que non….Marie Gaétane Charest

« La responsabilité ministérielle est-ce que M.Bergeron l’a prise lors de l’avant dernière évasion? » Sans doute, mais la cavale a duré que quelques heures, alors que celle-ci dure toujours et que la ministre ne finit plus d’entretenir la confusion.

Donc, les enquêteurs de notre SQ auraient perdu de leur efficacité en moins de 2 mois, soit entre le règne éphémère du PQ et la victoire Libérale???

La SQ serait donc une police péquiste?

Eh ben…

N’importe quoi.

Holà! Pas trop vite! La première faiblesse de la fonction publique au Québec, c’est l’absence d’imputabilité. Il n’y a jamais de sanctions! Commençons par une enquête administrative;, la bêtise, l’incompétence et le laxisme étant les fautes les plus communément partagées, il y a fort à parier que l’on confirmera rapidement cet état de fait. S’il s’avère qu’il y eu collusion, l’enquête criminelle suivra.
Il semble qu’il n’y ait pas seulement une centaine de députés représentant l’autorité au Québec, mais deux-cents journalistes et dix-mille gérants d’estrade.
La ligne hiérarchique, connais-pas.

— J’aimerais ajouter un mot relativement à votre « Mise à jour » :

Suivant mon appréciation de la cette situation, je ne pense pas que madame Thériault ait sciemment induit les médias et le public en erreur. Mon sentiment est que madame Thériault ne voulait pas inférer ni dans le processus judiciaire, ni dans les recherches qui sont en cours pour repêcher les fugitifs.

Tout au plus pourrait-on lui reprocher, du moins c’est mon avis, si tant ait qu’il y eût quoique ce soit à lui reprocher, c’est son excès de prudence qui dans la joute politique peut être l’objet d’interprétations excessives.

Personnellement en tant que public justement, je ne me sens pas le moins du monde trompé par les déclarations de madame Thériault, considérant que dans ce genre de situations : tout vient à point à qui sait attendre.

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