Un défi à ceux qui savent lire (donc, vous !)

Je vous lance un défi personnel pour cette période du don. Depuis le début de l’automne, la Fondation pour l’alphabétisation a eu une idée géniale:

Surprenez-moi. Achetez un mot et revenez le partager avec moi.
Surprenez-moi. Achetez un mot et revenez le partager avec moi.

vendre des mots pour les offrir à ceux qui ne peuvent y accéder. J’ai acheté le mot Imagination. Et vous ?

Il y a beaucoup d’excellentes causes à appuyer, surtout en ces temps de récession. J’ai cependant acquis la conviction que le fait de donner la connaissance de la lecture à un Québécois, jeune ou vieux, en 2009 et 2010, est l’équivalent moderne d’apprendre à quelqu’un à pêcher. Le gain de qualité de vie que procure l’acquisition à la lecture est majeur. Autant culturel qu’économique. C’est du bonheur en mots.

Alors voilà: pour chaque internaute qui achètera à compter d’aujourd’hui un mot, et qui viendra en faire part sur le blogue, je verserai 5$ supplémentaire à la fondation. A concurrence de 100 mots (quand même!)

Deuxième défi: aux internautes un peu fortunés qui me lisent, joignez-vous à mon défi pour augmenter la somme. Je ferai part de votre générosité sur le blogue.

Et pour aller au-delà de mon achat de mot à la fondation, je vous donne à vous lecteurs de ce blogue qui avez l’inestimable capacité de comprendre les mots, un extrait de mon livre Pour une gauche efficace où je décris l’ampleur du problème et où j’esquisse quelques pistes de solution.

Assurez-vous cependant d’acheter votre mot à motdepot.com Puis, venez me dire (m’écrire) ce que vous avez acheté et pourquoi.

C’est dans la tête que tout se passe

(Extrait de Pour une gauche efficace)

D’abord, une très mauvaise nouvelle. 800 000 Québécois peuvent être considérés comme analphabètes, donc n’ont pas la capacité de lire une phrase simple. Cela empire : 49% des Québécois ont de la difficulté à comprendre un paragraphe. Des chiffres qui suscitent l’incrédulité et le désespoir ? Un peu, oui. Non que 49% des Québécois ne puissent fonctionner dans la vie de tous les jours. Comme Jacques Demers, ils ont une bonne mémoire, ont développé un système de repères, naviguent dans un monde où l’écrit est pour l’essentiel étranger, mais où l’oral est maître.

Maintenant, un peu de mise en perspective, pour ne pas broyer trop de noir. D’abord, cela va mieux. Entre 1994 et 2003, le niveau moyen de compréhension de texte chez les adultes québécois est sur une courbe nettement ascendante. Oui, mais, jusqu’où ? L’Enquête internationale sur l’alphabétisation mesure la capacité de lire, de comprendre, de calculer et de résoudre des problèmes sur un pointage maximal de 500 (qu’aucun pays n’atteint – aucun ne franchit, en moyenne, le 300). Le seuil « souhaité » de compétence va de 275 à 325. En 2003, le niveau moyen des Québécois de 16 à 65 ans était de 275. Juste sur la barre fatidique. Mauvais ? Médiocre ? Je vous laisse juge. Mais moins mauvais en tout cas que la Suisse (!) avec 272, les États-Unis avec 269 et l’Italie avec 229. Font meilleure figure la Norvège (290), le Canada tout entier (281) et, pour une raison étrange, spécifiquement, la Saskatchewan (296). Autre sujet de réconfort relatif, les jeunes Québécois de 16 à 25 ans dépassaient la barre fatidique du 275 avec un score de 291 (contre 288 pour leur voisins canadiens, mais la marge n’est pas significative).

Le sujet est important pour deux raisons : d’abord parce que sous ces moyennes se cachent des écarts importants. Ainsi, parmi les jeunes de 16 à 25 ans qui n’ont pas terminé leurs études secondaires, 70% n’ont pas un niveau satisfaisant de compréhension de lecture pour pouvoir participer pleinement à la société, lire les modes d’emplois, les notices au travail, apprendre ensuite d’eux-mêmes. C’est aussi vrai pour 33% de ceux qui ont un diplôme d’études secondaires et – je suis contrit de le souligner – 20% de ceux qui ont un diplôme d’études collégiales ou universitaires !

Un détail important : Internet. « Le lien est indéniable, selon le rapport de 2006 de l’Institut de la statistique dont je tire toute cette science: plus un adulte québécois utilise fréquemment l’ordinateur ou Internet, meilleures sont ses chances de bien performer en ce qui a trait aux compétences mesurées dans le cadre de l’enquête »  S’agit-il de la poule ou de l’œuf ? Peu importe. Il y a là un point d’entrée essentiel, et ludique, pour une partie des clientèles visées. Cela fait applaudir a posteriori le programme d’appui à l’acquisition d’ordinateurs par des ménages à faible revenu lancé à l’époque – sous les sarcasmes de commentateurs de droite – par Bernard Landry.

Quoiqu’il en soit, cet état de situation qui, je le répète, n’est pas unique au Québec et pas particulièrement aigu chez nous, appelle, il me semble, deux actions énergiques. Pour les adultes : un important chantier national de réduction de l’analphabétisme et de hausse de la formation. […]

Les adultes Québécois déjà au travail méritent également, notamment mais non seulement ceux qui souffrent d’un niveau de littératie très bas, (45 % des 26-45 ans; 59% des 46-65 ans), qu’on leur ouvre plus grandes les portes du savoir. Le veulent-ils ? Chaque année, plus de 40% des adultes non-diplômés participent à une activité de formation quelconque et 52% d’entre eux affirment avoir voulu participer, mais sans le pouvoir à cause de contraintes de temps (73%), de coûts (30%) ou de manque de confiance en soi (11%).

Pour peu qu’on veuille organiser cette formation, la volonté est tangible. La demande, débordante. Il est donc rétrospectivement indécent de constater comment le patronat a réussi à faire démanteler par le gouvernement Charest – enthousiaste dans ce recul – la loi qui l’obligeait à consacrer 1% de sa masse salariale à la formation de son personnel. Une décision à courte vue, motivée par la lourdeur administrative présumée du système (mais qui avait connu de nombreux allégements), et qui ne fut remplacé par aucun effort équivalent de formation. Un gâchis, une perte de temps et d’énergie.

Contraste frappant : depuis le début de la décennie, le pays du G7 qui connaît la plus forte croissance, le Royaume-Uni, a déployé un effort considérable pour organiser la formation des adultes. Livres blancs, projets pilotes, mobilisation des employeurs, des syndicats et des pouvoirs locaux, investissements conséquents. Chaque britannique intéressé pourra désormais ouvrir son Skills Account qui lui permettra de déterminer le niveau de formation, d’aide monétaire, de soutien indirect (par exemple, garde et transport pour les mères seules) dont il a besoin pour (ré)apprendre à lire, passer le niveau technique ou viser le niveau professionnel.

Depuis le lancement du programme en 2001, deux millions d’adultes sont sortis de l’analphabétisme et 1,8 million supplémentaire a complété une étape de formation technique. Près 50 000 employeurs participent activement au régime.

En France, le gouvernement a lancé en 2004 le « droit individuel à la formation », qui fait en sorte que tout salarié a droit à 20 heures de formation par an. La formation peut se dérouler sur les heures de travail, et alors le salarié est rémunéré (la formation en entreprise est la plus utile pour l’avenir du salarié et la plus bénéfique pour la productivité et l’innovation parce que plus proche des besoins immédiats). Elle peut également se dérouler à l’extérieur de l’entreprise, et alors l’employeur verse 50% du salaire horaire pendant la période de la formation. Le salarié et l’employeur doivent tenter de s’entendre sur le type et le moment de la formation, faute de quoi le salarié peut faire appel et obtenir un Congé rémunéré de formation, à la charge de l’employeur.  Fin 2006, soit 18 mois après l’implantation du programme, 90% des employeurs affirmaient avoir reçu des demandes de formation, 50% de la part des ouvriers, 37% de la part des cadres. La formation s’était faite pour moitié en temps de travail et pour moitié à l’extérieur.  […]

Bref, on le voit, le fatalisme n’a pas sa place en ces matières. Les réformes sont non seulement faisables, mais elle sont faites ou en voie de l’être ailleurs. Au Québec, convoquons un de ces sommets dont nous avons le secret. Décrétons des objectifs, dans les milieux de travail, dans les milieux de vie. Alors que 17% des entreprises manufacturières disent, au début 2008, subir des difficultés de production en raison de pénuries de main-d’œuvre qualifiée – du jamais vu en plus de 25 ans – le  besoin est criant.  Apprenons des expériences étrangères. Levons des fonds et des bénévoles, impliquons des retraités de l’enseignement. Appuyons massivement les 132 organismes d’alphabétisation existants. Donnons-nous une cible de réduction de 50% de l’analphabétisme adulte sur 10 ans et instaurons un système continu d’acquisition du savoir dans la vie adulte, actif et personnalisé.

Pour la gauche efficace, la ressource humaine est celle qui compte le plus.

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Convaincus ? Allez acheter votre mot à motdepot.com Puis, venez me dire (m’écrire) ce que vous avez acheté et pourquoi.

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Quelle belle initiative!

Je viens de faire l’acquisition du mot optimisme pour la modique somme de 20$. Je ne suis pas le seul à l’avoir choisi. C’est rassurant.

Robert a la gentillesse de nous donner la définition de ce mot:

Tournure d’esprit qui dispose à prendre les choses du bon côté, en négligeant leurs aspects fâcheux.

Certains cyniques invoqueront que cette philosophie relève du naïf ou de la crédulité. Je ne suis pas d’accord. Avec une bonne dose de réalisme, être optimiste, c’est être en mesure de croire qu’on peut faire mieux les choses. C’est, dans certains cas, l’assurance d’être plus heureux.

C’est assurément un mot confortable et douillet. Ce mot fait partie de ces belles choses que la vie nous offre. Cela vaut bien quelques billets.

Bonsoir Monsieur Lisée,

J’ai acheté le mot « salutations », une façon pour moi de dire bonjour à tous et contribuer à une bonne oeuvre. Excellente initiative !

Bravo M. Lisée
Je ne pourrais être plus d’accord avec vous sur l’importance pour une société d’avoir des citoyens qui au moins savent lire.

Bravo pour votre initiative.
J’ai pour ma part ‘Offert l’Aube au Monde’. C’est le nom de ma fille tout juste née.

J’ai vu cette originale initiative via le Facebook d’un ami de longue date, et en même temps, j’ai vu le message d’une amie qui recherchait de l’énergie pour passer à travers le dernier droit avant la période des fêtes. Alors, j’ai acheté le mot « Energie » pour 10$, pour le donner avec joie et coeur à cette amie qui en avait besoin! 🙂

J’ai acheté le mot TEMPS car j’en ai à profusion et prêt à le partager avec quiconque serait intéressé pour une bonne cause évidemment.
Belle initiative de votre part et
Joyeuses Fêtes !

Merci de m’avoir pointé en direction de cette belle initiative. Pour un maigre 20$, j’ai acheté « le savoir qui habilite ». Comment peut-on agir sans savoir?

Comme on manque d’analphabètes au Québec, on en fait venir….

« Nouveau facteur d’analphabétisme au Québec et à Montréal en particulier depuis quelques années: l’arrivée d’immigrants et de réfugiés analphabètes. Un problème dont on se préoccupe assez au ministère de l’Education du Québec pour consacrer à la seule alphabétisation des jeunes immigrants sous-scolariés un budget additionnel de 30 millions$, soit 5 millions$ de plus que le MEQ consacre à l’ensemble de la population analphabète du Québec. »

« A court terme, les immigrants analphabètes seront un facteur d’augmentation du taux d’analphabétisme au Québec » croit André Dugas, professeur de linguistique à l’UQAM ».

« Vingt p, cent des jeunes immigrants qui arrivent annuellement sont sous-scolarisés, voire complètement analphabètes,selon Georges Latif, chef de service aux communautés culturelles au MEQ. »

« Au centre haïtien de Rivière-des-Prairies, on admet que l’analphabétisme est assez répandu chez les nouveaux arrivants haïtiens… « C’est un double choc pour les Haïtiens analphabètes qui arrivent ici, note M. Lucien Delmas,coordonnateur au centre. En plus de ne savoir ni lire ni écrire, ils ne connaissent pas non plus les bases d’une société moderne et développée. » (La Presse, Martine Turenne, 24 fevrier 1990.)

Je viens d’essayer d’acheter délicatesse et décence, mais on me dit que ces mots sont en rupture de stock…

Je m’en doutais.

@matthieu K

Bien sûr, parce que l’article annonçait ce qui arrive aujourd’hui.
Allez voir le palmarès des écoles qui en arrachent le plus au Québec.
Allez voir qui échouent le plus en français.
Tout ça est annoncé en 1990 par Marie Turenne

Lorsqu’on nous parle d’immigration, on nous parle toujours du haut taux d’universitaires parmi les immigrants sélectionnés. Mais on nous cache le haut niveau des sous-scolarisés parmi les réfugiés et parrainés qui représentent 2 immigrants sur 5 au Québec

Quelle belle initiative monsieur Lisée.
J’ai pour ma part choisi d’offrir l’Intégrité. Il me semble que l’état du monde s’améliorerait s’il y en avait un peu plus. Beaucoup de problêmes personnels et mondiaux seraient résolus. Il y aurait un peu moins de toutes ces souffrances inutiles… Que ce petit $20 m’exauce!
Mes meilleurs Voeux à tous.

J’ai offert le mot « mot » que j’ai combiné avec « d’amour » pour ma blonde parce que j’en manque des fois.

Ongulé, mais je n’ai pas acheté parce que je refuse de donner mon numéro de carte à la planète, même dans un circuit prétendument protégé. J’aurais choisi ongulé pour toutes les limites qu’il permet de franchir sans choquer les consciences ou les oreilles délicates. Quand on pense à la quantité d’ordres, de familles, de genres, d’espèces que ce terme recouvre.
De cheval de retour, à drôle de zèbre, en passant par tête de mule ou de cochon, de grande girafe ou de gros éléphant ou de gros hippopotame, etc., on pourrait faire l’économie de formules désagréables et agressives dans les relations familiales et sociales. ; ce qu’on appelle paradoxalement des noms d’oiseaux. On dirait seulement et uniquement : ongulé. Traiter l’ennemi juré d’ongulé permettrait également de protéger les oreilles des enfants agressés de partout de nos jours par des images et des vocables débilitants. Ongulé, pour une espèce d’écologie du langage.

J’ai offert l’égalité, pour l’égalité entre les hommes et les femmes, et pour l’égalité économique entre citoyens. Parce que l’alphabétisation contribue à cette égalité. Parce que je viens d’entendre dire Marc Van Aunderode dans une entrevue radio que ce ne serait pas une bonne idée que d’augmenter le salaire minimum, parce que le salaire minimum a augmenté plus vite que le salaire moyen (ce qui signifie qu’on aplatit la distribution des revenus selon lui – ce qui serait mauvais, sans autre explication). Toujours selon monsieur, face à une augmentation du salaire minimum, les PME seront tentées de recruter « des femmes à la maison » plutôt que des jeunes, ce qui serait mauvais également. J’ai donc senti un immense besoin d’acheter et d’offrir l’égalité.
Merci pour le 5$

Merci d’attirer notre attention sur cette campagne. J’offre ‘chanson’ pour la poésie et l’espoir.

No 3 Gabriel Dagenais
Touchant pour *L’Aube au Monde* Félicitations!

J’opte pour la Douce Sérénité**

Je suis moins intello… j’ai offert le mot « Bière » à mes collègues baciens (du BACE, Bureau de l’alphabétisation et des compétences essentielles). Mes collègues fonctionnaires ont bien besoin d’un verre pour se dérider.

J’offre LA JUBILATION : Parce que c’est le sentiment que j’ai ressenti la première fois que j’ai lu quelque chose par moi-même et que je ressens encore parfois au cours d’une lecture passionnante. Je jubile d’avoir accès à des univers entiers grâce à quelques petits signes qui n’ont l’air de rien comme ça.

Bonjour,

Comme je travaille dans le domaine de l’alphabétisation, j’en profite pour partager avec vous cette « histoire de la semaine » que je reçois en provenance de la Base de données en alphabétisation des adultes.
http://www.bdaa.ca/histoire/archive/2007/07mai28.htm

Je l’ai imprimé et quand je me sens mal ou que je suis dans le stress au travail, je prend 2 minutes pour la lire, ça me replace un peu et me rappelle pour quoi je travaille.

J’ai acheté le mot « Évolution » parce que je suis un fan de Darwin et les créationnistes sont mes ennemis. Je pense que Darwin est un modèle pour tous ceux qui aiment la science. Sa théorie a changé le monde plus que n’importe quelle autre découverte. Avant Darwin, tout le monde était créationniste. J’avoue que je l’aurais été moi aussi. Aujourd’hui, je combats le prosélytisme créationniste depuis 30 ans de façon humble mais constante. Mon site sur le sujet : http://pages.infinit.net/pclou200/evolcreat.html

Merci pour votre excellente idée.

J’ai offert le mot espoir – espoir d’un monde meilleur, avec plus de justice, d’égalité, de respect, de participation de toutes et tous, de confiance, d’amour, et de toutes ces bonnes choses qu’on a souvent tendance à moins valoriser que l’argent et la performance.

Je ne connaissais pas cette possibilité de don. Merci de nous l’avoir fait découvrir.
J’ai choisi «les mots» pcqu’ils sont ma passion — je les aime tous et quand ils sont bien agencés, ça donne parfois des textes sublimes.
Et puis je pense que tout le monde, mais vraiment tout le monde devrait avoir accès aux mots. L’alphabétisation est une œuvre superbe!

Bonjour
Nous nous sommes servis mon chum et moi des affiches de la fondation pour offrir en deux affiches une filleule à son frère et sa soeur. Rarement 10$ auront été si bien investis.

Il n’est jamais trop tard pour motdepot..J’ai acheté le mot « intérêt » … Quel meilleur placement que celui de l’alphabétisation d’un plus grand nombre de québécois !