Une étrange campagne

Pour s’intéresser à des enjeux électoraux, il faut être capable de se projeter dans l’avenir. Or, en ce moment, on a du mal à se figurer à quoi ressemblera le prochain Noël.

Photo : Christian Blais

Toutes les campagnes électorales sont différentes, mais celle-ci se démarque vraiment du lot de par son étrangeté. 

Il y a bien sûr la question de sa pertinence, qui est toujours dans l’air au moment où j’écris ces lignes, au 17e jour de campagne. Justin Trudeau n’est pas le premier chef de gouvernement à déclencher des élections dans le seul but d’obtenir une majorité au Parlement. Généralement, les électeurs passent rapidement à un autre appel quand les débats sur les enjeux importants finissent par être abordés. Mais cette fois-ci, la question ne veut pas mourir. La quatrième vague de COVID-19 qui prend son élan nous rappelle que nous sommes toujours au milieu d’une bataille qui est loin d’être gagnée. Et alors que notre propre énergie est consacrée à combattre la fatigue pandémique, il y a quelque chose de choquant à voir les ministres fédéraux passer leurs journées à échanger des attaques avec leurs adversaires. Comme s’il n’y avait pas une certaine quantité de pain sur la planche présentement !

Il est aussi incroyable de constater qu’en ce qui a trait aux changements climatiques, on en est encore à tergiverser sur des principes de base, comme l’utilité de la taxe carbone et la nécessité de réduire les subventions aux énergies fossiles. Parmi les partis pouvant aspirer à gouverner, on trouve les conservateurs qui proposent de faire reculer les cibles canadiennes de réduction des gaz à effet de serre (alors que l’idée est plutôt d’avancer…), et les libéraux qui ont un plan costaud, mais dont le bilan environnemental après six ans au pouvoir est en demi-teinte. On vient de vivre un été où catastrophes naturelles et canicules se sont succédé sans répit. Le moment n’aurait-il pas été parfait pour faire passer le débat à un autre niveau ? (Il aurait aussi été idéal pour les verts, si ceux-ci n’étaient pas bizarrement en train de s’entredéchirer sur la question israélo-palestinienne.)

Les images de manifestants hurlant leur haine de Justin Trudeau pendant des rassemblements partisans représentent également quelque chose d’inédit dans notre histoire politique récente. Il y a longtemps qu’on sait qu’une certaine frange de la population se réveille la nuit pour détester le premier ministre ; chaque publication sur les réseaux sociaux mentionnant son nom récolte immanquablement des commentaires disgracieux. Mais entre publier un émoji de vomi sur la page Facebook de L’actualité et embarquer ses enfants dans la voiture pour aller l’insulter en personne, il y a une sacrée différence. Un troublant virus (américain ?) est en train d’infecter la vie politique canadienne, et il faudra tôt ou tard s’y attaquer. 

Au final, l’étrangeté de cette campagne tient peut-être surtout à ceci : pour s’intéresser à des enjeux électoraux, il faut être capable de se projeter dans l’avenir. Or, en ce moment, on a du mal à se figurer à quoi ressemblera le prochain Noël. Ça ne nous empêche pas de nous intéresser aux ententes sur les services de garde ou sur la réforme de l’assurance-emploi… mais ça demande certainement plus de motivation.

Ça aiderait sûrement si les partis nous expliquaient quelle est leur vision de la sortie de crise et du Canada postpandémie. Embaucher des pompiers et augmenter la récupération de plastique, c’est bien, mais encore ? Qu’ils fassent preuve de l’ambition, de l’imagination et de l’audace que les temps extraordinaires exigent. Qu’ils nous donnent l’impression que notre vote servira vraiment à quelque chose.   

Peut-être que, d’ici la publication de ce texte, la campagne électorale finira par interpeller réellement la population. Je le souhaite. Le gouvernement qui sera élu le 20 septembre gérera la relance postpandémie et aura une influence certaine (négative ou positive) sur la contribution du Canada à la lutte mondiale contre les changements climatiques. Que le cœur y soit ou pas, il faudra bien s’y intéresser. 

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Avec les changements climatiques, on aurait pu croire que les Verts auraient le vent dans les voiles mais voilà qu’ils passent leur temps à se tirer dans le pied. La condescendance de Mme Paul est incroyable envers les Québécois qu’elle voudrait «éduquer», elle qui a causé un cafouillage incroyable dans son parti avec la question palestinienne… oui, la question palestinienne! Comme si les Verts étaient sur le point de gouverner! Avec un chef comme Mme Paul, les Verts vont demeurer insignifiants encore longtemps alors que la crise des changements climatiques aurait pu leur donner la poussée qu’ils attendaient avec impatience.

Il y a quelques mois, j’avais hâte de voter Vert, maintenant ils ont perdu mon vote car ils sont trop irresponsables pour avoir même un siège au Parlement. Tu parles d’une campagne étrange, en effet!

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