Jocelyn Dupuis déclaré coupable : une histoire de chums et de fraude

C’est une chose de dépenser quelque 1100 $ dans un steak house, c’en est une autre de présenter un reçu bidon de 1500 $.

Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne
Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

PolitiqueUn chum, c’est un chum. Et une fraude, c’est une fraude.

C’est l’essence du verdict de culpabilité pour fraude et fabrication de faux documents prononcé vendredi contre l’ex-directeur général de la FTQ-Construction (FTQ-C), Jocelyn Dupuis.

Le gros bon sens a prévalu dans cette affaire de bouteilles de vin à 300 $ l’unité et de copieux repas syndicaux bien arrosés. Une orgie de dépenses extravagantes, signée Jocelyn Dupuis.

Sur une période de 11 mois, en 2007-08, le syndicaliste a réclamé à la FTQ-C des remboursements de dépenses de 225 000 $ pour ses séjours à l’hôtel, ses sorties au resto et ses déplacements. Parcourir 1400 km en une semaine, à Montréal, il faut le faire! Organiser des soupers de stratégie syndicale à 1500 $ un 30 décembre au soir, avec deux bouteilles de Château Palmer bien chambrées pour alimenter les discussions sur la lutte des classes, c’est faire preuve d’un sens de l’engagement remarquable.

Quand les syndiqués de la FTQ-C crient «So, so so…» sur les chantiers, Jocelyn Dupuis entend sans doute «$o, $o $o».

Pour « accélérer » les procédures qui traînent depuis l’arrestation de Dupuis, en mars 2010, la Couronne s’est concentrée sur 144 reçus en provenance de six restaurants, ramenant le montant de la fraude à un peu plus de 63 000 $.

Le modus operandi de Dupuis était subtil comme un deux par quatre. Il appuyait très fort sur le crayon dans ses activités de bricolage. Il fabriquait des faux reçus de restaurant, il imitait la signature de serveuses, il exagérait grossièrement les montants réclamés.

C’est une chose de dépenser quelque 1100 $ dans un steak house, c’en est une autre de présenter un reçu bidon de 1500 $.

Lors de son procès, Jocelyn Dupuis a présenté une défense broche à foin qui tient par le fil de l’amitié.

Il a admis (par la voix de son avocat) avoir fabriqué des faux, au vu et au su de la FTQ-C. Trois syndicalistes (Rénald Grondin, Alain Pigeon et André Kègle) ont affirmé que l’exécutif remboursait Jocelyn Dupuis sans même éplucher ses rapports de dépenses.

Le tour de passe-passe, fausses factures à l’appui, était destiné à rembourser Jocelyn Dupuis pour de soi-disant dépenses légitimes qu’il engageait, en liquide et sans reçus, lors de manifestations syndicales impromptues ou de fêtes syndicales.

Puisque la FTQ-C acceptait si joyeusement que son directeur général mène un train de vie princier, on ne pouvait pas affirmer qu’il avait commis une fraude, selon la théorie pour le moins audacieuse avancée par l’avocat de Dupuis, Jean-Daniel Debkoski. Qui plus est, le «crime» était sans victime, les travailleurs de la construction et la centrale bénéficiant de l’engagement et du dévouement de Dupuis.

Le juge Denis Lavergne n’a pas acheté ces balivernes. Si les dépenses profitaient au syndicat et aux travailleurs, pourquoi dissimuler leur remboursement dans des faux comptes de dépenses?, s’est-il interrogé. N’aurait-il pas été préférable d’adopter un système «plus simple et plus transparent», comme des remboursements à même une petite caisse?

La défense de Jocelyn Dupuis «défie le bon sens, la logique et la raison», tranche le juge Lavergne. Cette défense reposait sur les témoignages de trois syndicalistes serviles qui vouent au fraudeur une admiration et une amitié sans bornes.

Hélas, deux d’entre eux (André Kele et Reynald Grondin) exercent toujours des fonctions officielles à la FTQ-C… tandis que le syndicaliste qui a dénoncé Jocelyn Dupuis, Ken Pereira, a été contraint de s’exiler dans l’Ouest canadien pour trouver du travail.

Pour avoir dénoncé publiquement les dérives à la FTQ-C, le lanceur d’alerte est persona non grata sur les chantiers du Québec.

La sentence qui sera infligée à Jocelyn Dupuis m’importe peu. Il est déjà neutralisé. Il a dû quitter son poste en novembre 2008, en raison de la multiplication des scandales dans la FTQ-C. Ses liens avec le crime organisé et ses relations de copinage avec les principaux entrepreneurs du Québec ont achevé sa crédibilité, dans le cadre des travaux de la commission Charbonneau.

L’indolence de la FTQ-C, son déni de la réalité et ses pratiques antidémocratiques restent impunis. Jocelyn Dupuis est le produit d’une sous-culture alarmante, certes affaiblie, mais encore bien vivante.

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À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Apres une tel commission,et autant de frodeur au gouvernement autant la commission gomery que Charbonneau ,..plus facile accuser un syndicalite….

Le « deal avec P. Marois » c’est durant un autre procès que nous entendrons les détails, Dupuis ne faisait pas partie de ce « deal ». Stay tuned, will be right back after these messages. Les proècs ne sont pas terminés, bien au contraire, il y en a pour au moins 16 mois selon si les truands se déclarent coupables. Nous aurons monseigneur Arsenault « au centre de la table et bien entendu, Pauline Marois et son époux pour nous expliquer ce qui s’est passé. Il m’apparaît presque certain que les trois se déclareront coupables ou au contraire voudrons se battre contre une lutte perdue à l’avance. La Commission Charbonneau n’est pas là pour faire des procès, c’est le travail du DCPC de le faire car c’est elle qui a tous les dossiers de poursuites et qui étaleront la preuve au grand jour, sous toute réserve que les truands plaideront non coupable. Il y a aussi les truands de la ville de Montréal qui n’ont pas vu le dernier chapître et malgré que certains de ceux-ci ont vendu leur maison pour 1$, le DCPC pourrait invoquer que leur maison a été payé grâce à de l’argent provenant de la criminalité et se retrouveront où ils devraient être, dans la rue. Pour ce qui est des pensions de ces truands, bye bye les pensions. Il y a aussi le procès de maire Vaillancourt et de ses fonctionnaires et les échevins qui auraient dû alarmer le ministère des affaires municipales » Se taire est aussi dévastateur au sens de la Loi puisqu’il est interprété comme étant de l’aveuglement volontaire et donc une participation indirecte reconnue comme étant une participation indirecte aux crimes. J’ai bien hâte de voir Accurso qui se taiera ou débalera toute la merde qui l’entoure pour ne pas couler seul. Des heures de plaisir sur ici radio canada commandité par « monsieur NET » qui nous débarrasse des taches mais pas celles de la criminalité.