Une mise à l’épreuve de la vérité économique

Lors du débat des chefs sur l’économie organisé par le Globe and Mail, c’est Stephen Harper qui a pris le plus de liberté avec les faits.

Photo : Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne
Photo : Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne

PolitiqueLe débat des chefs sur l’économie organisé par le Globe and Mail, jeudi soir à Calgary, n’a pas échappé aux travers de ce genre d’activité. Pour avoir le dessus et faire valoir leur point, les protagonistes y ont lancé des faits et des chiffres à la volée, quitte parfois à mentir ou à exagérer.

La tactique est connue, mais me semble étrange. Les coupables sont toujours débusqués. Et si un chef croit à la justesse de ses idées, pourquoi a-t-il besoin de recourir à des demi-vérités ou des mensonges pour les justifier? Si elles sont bonnes, elles devraient résister à l’épreuve des faits.

Prenez le chef néo-démocrate, Thomas Mulcair. Pour dénoncer le bilan conservateur en matière d’emplois, il a répété à quelques reprises qu’il y a 300 000 Canadiens de plus au chômage maintenant qu’avant la récession de 2008. En fait, il y en a 241 000. M. Mulcair le sait, parce que pendant longtemps il parlait d’au-delà de 200 000 chômeurs de plus comparativement à 2008. Gonfler le chiffre ne sert en rien son argument.

Le chef libéral, Justin Trudeau, a pour sa part blâmé le gouvernement conservateur pour des investissements insuffisants dans les infrastructures, ce qui aurait accru le déficit en la matière. En fait, M. Harper a investi plus que les libéraux du règne Chrétien-Martin. Et après les investissements massifs faits pour juguler la dernière récession, le gouvernement Harper a pris des engagements que M. Trudeau veut maintenant doubler. Le programme conservateur totaliserait 65 milliards sur encore 8 ou 10 ans, selon les calculs de nuls autres que les libéraux.

Mais c’est le chef conservateur, Stephen Harper, qui a pris le plus de libertés avec les faits jeudi soir. Ainsi, dans le dossier des réfugiés, il a accusé les autres partis de vouloir laisser entrer des centaines de milliers de réfugiés sans même exiger de documents ou les soumettre à une vérification de sécurité. MM. Trudeau et Mulcair se sont insurgés, et avec raison, car ils n’ont jamais rien demandé de tel.

Toujours en matière d’immigration, M. Harper a affirmé que son gouvernement avait augmenté de 25 % le nombre de personnes admises dans le cadre de la réunification familiale, alors que la hausse, comme l’a montré Radio-Canada, n’a été que de 5 %. S’il est fier de son bilan, pourquoi gonfle-t-il les chiffres?

Un dernier exemple. Le chef conservateur a vanté son bilan en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, notant qu’elles avaient diminué depuis la récession. Il a laissé entendre que le mérite en revenait à l’approche réglementaire de son gouvernement. Les émissions ont diminué un peu, c’est vrai, mais c’est surtout grâce aux efforts des provinces, comme l’a déjà rappelé le commissaire à l’environnement et au développement durable. Si M. Harper est si convaincu d’avoir la bonne approche en la matière, pourquoi sent-il le besoin de déformer les faits?

En agissant de la sorte, les politiciens ne font qu’alimenter le cynisme et leur réputation de menteurs. Dorer la pilule est une chose, mentir en est une autre.

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13 commentaires
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Les guerres de chiffres sont à la fois puériles et stériles. Mais elles illustrent une certaine réalité, c’est que les partis politiques ont bien peu à offrir. Aussi quoique dise un parti et quel que soit celui qui se trouvera en charge au lendemain du 19 octobre, il sera confronté à l’épreuve de la réalité dans une conjoncture économique qui sans être catastrophique n’est pas la plus brillante qui soit.

Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que les perspectives de croissance sont faibles et rien n’indique que même les projections de croissance modestes prises en considération actuellement, qu’elles se vérifient au cours des prochaines années.

Il y a une réalité incontournable, c’est que le PIB croit moins vite depuis le début du 21ième siècle qu’il ne croissait au cours des 40 années qui ont précédé. Lorsque cette réalité se vérifie depuis maintenant 15 ans (sans parler du creux de 2009), il devient possible de considérer que cette tendance à voir le PIB stagner ou se contracter est une tendance lourde. Qui n’est d’ailleurs pas l’apanage du seul Canada.

Il faudra donc bien trouver le moyen de répartir le bien commun autrement. Tout spécialement au chapitre de la création d’ouvrage et donc d’emploi.

De plus lorsqu’on observe le PIB réel par habitants malgré une progression au nominal, il stagne depuis des années, n’arrive pas à dépasser les 40 000$ avec de profondes disparités entre les provinces et même d’une communauté à l’autre dans une même province. C’est dire qu’au-delà des chiffres produits par les uns et les autres, il y a urgence de rééquilibrer le Canada, qui bien que dans la moyenne, n’est pas le pays le plus équilibré des membres de l’OCDE.

C’est un travail de longue haleine qui se présente aux futurs gouvernements et indubitablement, celui qui sera aux commandes devra procéder à des choix, être pragmatique et créatif pour réunir toutes les forces vives du pays. Faute de quoi, il y a un risque bien réel de déclin économique du Canada.

Ah le mensonge des politiciens… Ok, c’est pas beau. Mais au final, j’ai un bien plus gros problème avec les mensonges ou les omissions des journalistes. Juste cet été, le Toronto Star a été obligé de s’excuser auprès de Ezra Levant car l’une de ses journalistes, Catherine Porter, avait inventé une histoire le concernant. Le caractère déformé de la réalité était tellement gros que l’éditrice en chef a pris pratiquement toute la section opinion pour s’en excuser (pas le traditionnel petit carré en bas à droite dans le coin de la page 23). Est-ce qu’il y a eu un tollé de la part des journalistes du Toronto Star pour que la coupable soit renvoyée, car elle ternissait l’image de leur journal? Est-ce que ailleurs au Canada on a entendu des journalistes condamner un tel comportement? Pour ma part je n’ai rien vue. La journée où on aura des médias plus objectifs, alors après je demanderai des politiciens plus objectifs.
http://www.thestar.com/opinion/2015/07/17/catherine-porter-ezra-levant-and-journalism-standards.html

@ Martin Beaulieu,

Vous faites usage du mot « mensonge » par deux fois dans votre texte. En plus vous amalgamez le mot avec un autre mot : « omission », laissant supposer que mensonge et omission auraient exactement le même sens.

Vous déplorez le manque d’objectivité des médias, cela n’est peut-être pas faux pour certains médias. Je dois dire cependant que j’éprouve un grand inconfort lorsque je lis, je vous cite : « Pour ma part je n’ai rien vue. La journée où on aura des médias plus objectifs, alors après je demanderai des politiciens plus objectifs. »

Effectivement, on ne peut pas demander à une personne qui ne veut pas voir, de voir quoique ce soit.

En somme vous avalisez que les politiciens peuvent sans problème mentir au public à des fins de capital politique. En d’autres termes « l’intégrité » des politiciens, n’est pas très importante pour vous, lorsqu’il s’agit de défendre des intérêts partisans.

De plus, vous ignorez que tous les médias ont des « lignes éditoriales ». L’usage veut que les journalistes respectent les lignes de leur employeur. C’est à vous donc de choisir quelles lignes éditoriales respectent le mieux votre souci en matière d’objectivité.

De plus encore, on peut être subjectif et ne pas être menteur.

Enfin, les partis politiques ont cela de commun avec les médias à l’effet que les partis adoptent des « lignes de parti ». Ici toujours, c’est à vous de choisir quel parti est le plus en harmonie avec votre vision des choses. Toutefois, une ligne de parti quelle qu’elle soit ne devrait pas impliquer conjointement l’instauration du mensonge quel qu’il soit.

Vos propos justifient pleinement d’ailleurs la conclusion de madame Cornellier : « En agissant de la sorte, les politiciens ne font qu’alimenter le cynisme et leur réputation de menteurs. Dorer la pilule est une chose, mentir en est une autre. »

Toute chose relevant tant de la véracité des faits que de la perception des dits faits. Il faut donc mettre en balance le message et la réaction de celui ou celle qui lit le message. À cet effet, qu’est-ce que ça fait qu’il y ait 300 000 pertes d’emploi dans le secteur manufacturier ou 241 000 exactement ? C’est une perte considérable dans tous les cas.

— Et vous Martin Beaulieu, y-aurait-il quelque(s) galéjade(s) que vous essayeriez de nous vendre avant l’heure du choix ?

Ah! Ah! M. Drouginsky, j’avoue que vous m’avez accorché avec votre terme « galéjade ». Non, je n’ai rien de tel à offrir. Mais, mon point est que j’ai beaucoup de difficulté à voir des journalistes se plaindre de la manipulation des faits de la part des politiciens. Il y a un mois, il y a un quotidien montréalais qui a fait sa « une » avec sondage qui indiquait alors un net recul des conservateurs et une nette hausse du NPD. Après vérification, on se rend compte que près de 40% de l’échantillon est composé de répondants québécois pour un sondage national. Un biais tout à fait inadmissible pour un sondage de la sorte. Je n’ai rien contre la ligne éditoriale d’un journal, je suis même pour. Mais quand une donnée supposément objective (un sondage) est manipulé de façon aussi grossière, là j’ai un gros problème et finalement quand des journalistes du même quotidien font la leçons aux politiciens, là je décroche. Pourquoi pensez-vous que la job de journaliste est aussi populaire que celle de politiens dans les sondages d’opinion? Pourquoi autant de journalistes deviennent-ils politiciens? Peut-être sont-ils déjà préconditionnés pour leur nouveau rôle?

@ Martin Beaulieu,

Vous posez au moins deux bonnes questions : sommes-nous prédestinés ? Les journalistes sont-ils prédestinés pour devenir politiciens ou le métier de communicateur prédispose-t-il pour la politique ?

Et la seconde question est la suivante : est-ce que tous les sondages sont-ils fiables ?

Vous avez remarqué en effet que les résultats d’un sondage peuvent varier selon l’échantillonnage, j’ajouterai aussi en fonction de la taille de l’échantillonnage. Il y a certes une marge d’erreur, laquelle varie en fonction de ces paramètres. Il y a donc deux aspects : qualitatifs et quantitatifs.

Accessoirement, une des questions pourrait être de savoir à quoi servent les sondages ? La réponse est aussi en partie induite par la question : « Qui commande le sondage ? » Sont-ils faits seulement pour nous informer ou servent-ils à nous influencer ?

Si le rôle de la presse est bien sûr de nous tenir informer. Tous les médias qui rapportent les résultats des sondages ne sont pas pourvus d’analystes chevronnés. De plus vous savez tout comme moi que la plupart des sondages électoraux offrent un niveau de fiabilité de plus en plus imprécis, car nous savons que le nombre de répondants indécis sont sans cesse plus croissants, lorsque ces indécis ne sont en réalité pas si indécis que ça.

Hier encore les élections grecques ont confondu les instituts de sondages qui n’étaient pas du même avis sur qui allait remporter l’élection et plus encore pour les pourcentages obtenus par les formations.

Dites-vous bien que cette même incertitude se retrouvera également ici au Canada au niveau des médias. Cette imprécision soit dit en passant, favorise les « clics » de souris, essentiels au partage des retombées publicitaires…. Toutefois, certains sondages internes sont parfois plus précis, tandis que ces sondages-là ne sont usuellement pas relayés par les dits médias.

En effet l’ échantillon comprenait 987 électeurs québecois sur 2097 au total = 47% !!! Après cela ,comment réagir face a un tel résultat complètement illogique et pourtant écrit par un journaliste du journal à PKP! Oh! Quelle coincidence!!

» Confronté à deux partis de l’opposition qui s’arrachent la même clientèle et à l’hostilité à peine déguisée de nombreux médias, le Parti conservateur reste quand même bien en selle », dixit Lysianne Gagnon, je recite « l’hostilité à peine déguisé de nombreux médias ». Qu’est-ce qui est pire: un politicien qui déforme la réalité ou un journaliste qui déforme la réalité?
http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/lysiane-gagnon/201509/21/01-4902590-chaude-chaude-la-campagne.php

Parce que les partis sont dans une surenchère du plus plus plus…. spécialement le NPD qui promet mers et monde en nous faisant accroire que le budget serait miraculeusement équilibré, la palme d’Or du mensonge.

Lors d’ un débat télévisé les chefs de parti tentent par tous les moyens de frapper l’ imagination populaire et de scorer! Probablement aussi ils se disent que leurs affirmations sans explications et non détaillées va passer comme du beurre dans la poêle auprès des téléspectateurs!
Par contre le débat dont vous parlez Mme Cornellier n’ est pas symbolique des grands débats car il a été vu que une infime minorité de gens et par une grande majorité de journaslistes. Si les chefs font la même chose lors des grands débats nationaux télévisés; ils risque de se le faire remettre sur le nez assez rapidement et à l’approche du scrutin ce n’ est pas une bonne stratégie! Donc avis aux spécialistes du visuel , l’ approche rationelle serait plus appropriée!

Les chèques de chômage vont doubler avec le NPD et bien entendu les cotisations vont rester les mêmes dixit le fourbe barbu. Je ne crois pas un seul mot qui sort des lèvres de Thomas Mulcair. Les Québécois votent souvent pour le plus menteur alors je ne suis pas inquiet pour lui au Québec, mais hors Québec il va frapper un mur…

Pour le fourbe barbu, la liberté de presse et le port de la burka c’est la même chose…. Allez-vous écrire un billet là-dessus, Mme Cornellier?

Oups! Mme Cornelier qui est le plus beau menteur? Habituellement celui qui veut prendre le pouvoir sans connaître le lendemain!