Une politique étrangère musclée

Le premier ministre Stephen Harper s’est secrètement rendu en Afghanistan aujourd’hui pour souligner le dernier droit de la mission de combat  et le début prochain de la mission de formation du Canada. Le verra-t-on apparaître maintenant en Italie où sont stationnés les militaires qui participent aux frappes aériennes contre le régime libyen? Après tout, cette dernière mission est devenue, depuis le sommet du G8 de la semaine dernière, la principale vitrine de sa politique d’appui à la démocratisation du monde arabe.

Contrairement à la plupart des pays du G8, le Canada a décidé de privilégier la méthode forte en s’engageant à prolonger la mission en Libye – on ne sait à quel prix – tout en refusant d’accroître son aide bilatérale à la Tunisie et l’Égypte, deux pays qui tentent de solidifier leur démocratie émergente au moyen de solutions pacifiques, c’est-à-dire le développement économique, sociale et institutionnel. La seule aide du Canada sera indirecte, à travers quelques institutions financières internationales, dont la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, la Banque africaine de développement et la Banque européenne de développement. Le Canada a déjà versé 12 milliards à ces institutions, a insisté M. Harper. Ce qu’il ne dit pas, c’est que ces institutions n’offrent pas une aide directe, mais des prêts, ce qui finit par coûter peu de chose aux bailleurs de fonds.

Cela en dit long sur l’orientation de la politique étrangère canadienne pour les années à venir et son manque de vision à long terme. Les jeunes qui se sont soulevés durant le printemps arabe ont misé sur la démocratie pour créer les conditions favorables à leur sécurité économique et sociale. Ils ont délibérément rejeté les solutions violentes, l’extrémisme ou l’intégrisme politique. Leurs révolutions sont encore fragiles et pourraient ne pas résister à une aggravation de la situation économique. Mais au lieu d’appuyer avec vigueur ceux qui ont évité l’affrontement et les bains de sang, voilà que le Canada se tient en retrait, ne propose rien. La démocratisation du monde arabe que tant de gouvernements appelaient de tous leurs vœux est en marche et ces jeunes ont prouvé que cela pouvait se faire sans avoir recours aux armes. Le Canada en serait-il rendu à ne pouvoir imaginer une autre voie que celle si coûteuse de la mission militaire?

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En êtes-vous vraiment étonné?

Ça fait depuis 2006 que le gouvernement Harper a aiguillé le train canadien sur cette voie, et ce, même en étant minoritaire.

La province de Québec n’est qu’une seule des 10 composantes canadiennes et les québécois ne peuvent à eux seuls déterminer la politique étrangère de ce vaste pays dominé par une culture majoritaire anglo-saxonne de plus en plus alignée sur les États-Unis d’Amérique.

En bon démocrate que je suis, j’assume notre choix collectif de vouloir demeurer au sein du Canada à tout prix.

En tant que culture minoritaire et où le poids de la seule province majoritairement francophone ayant des aspirations différentes de la majorité anglophone des 9 autres provinces, je ne me berce pas d’illusions et j’en prends mon parti.

Jusqu’à ce que l’on me demande mon avis lors d’un éventuel peu probable troisième référendum sur la souveraineté du Québec, j’prend mon trou et pis j’me la ferme.

La province de Québec n’a rien à dire et ne peut rien faire pour modifier la politique extérieure d’un pays qui refuse d’accepter et de reconnaître les québécois pour ce qu’ils représentent en leur sein.