Une question de multiculturalisme ?

« En matière d’accommodements accordés aux minorités, l’opinion publique du reste du Canada n’est pas plus monolithique que celle du Québec. »

Photo : Daphné Caron

Lorsque le chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Patrick Brown, s’est insurgé sur Twitter contre les dispositions de la loi 62 qui prescrivent que les services publics au Québec soient offerts et reçus à visage découvert, il a encaissé une volée de bois vert dans les médias sociaux.

Des dizaines d’abonnés qui se disaient électeurs ontariens ont prévenu que le parti de M. Brown ne devrait plus compter sur leur vote au scrutin provincial du printemps prochain.  Beaucoup ont reproché à cet ex-député fédéral de trahir un idéal qu’il a défendu dans le passé. On a ressorti des vieux tiroirs des publicités électorales de 2015 qui saluaient, en anglais, la promesse de l’ancien premier ministre Stephen Harper d’interdire les niqabs lors de la prestation du serment de citoyenneté canadienne.

En matière d’accommodements accordés aux minorités en général et à la minorité musulmane en particulier, l’opinion publique du reste du Canada n’est pas plus monolithique que celle du Québec. À l’époque de la charte de la laïcité du Parti québécois, des sondages avaient d’ailleurs montré que le projet comptait davantage d’adeptes au sein de la population du ROC que parmi sa classe politique. Le gouvernement de Stephen Harper, tout comme celui aujourd’hui de Justin Trudeau, n’avait pas pour autant écarté l’hypothèse de contester la charte devant les tribunaux.

Quand une initiative québécoise est la cible de tirs nourris dans le reste du Canada, on a tendance à imputer la réaction à un certain courant anti-Québec. Mais dans le cas de la loi 62, des alliés naturels du gouvernement Couillard sont montés aux barricades contre celle-ci. Il faut se lever de très bonne heure pour accuser la première ministre néo-démocrate albertaine, Rachel Notley, et sa collègue libérale ontarienne, Kathleen Wynne, de sympathiser avec les femmes musulmanes qui portent niqab ou burqa par manque de convictions féministes.

L’adhésion de la frange progressiste de la classe politique du reste du Canada au multiculturalisme est-elle à la source de son indignation face à la loi 62, comme le soutiennent bien des commentateurs québécois ?

À lire ce qui s’écrit en français au Québec, on pourrait croire que les élus du reste du pays vouent un véritable culte au multiculturalisme instauré sous le règne de Pierre Elliott Trudeau. Expérience faite au quotidien, le Québec est, de loin, l’endroit au Canada où il en est le plus souvent question, et c’est presque toujours pour en parler en mal.

S’il fallait nommer une pièce de l’héritage trudeauiste qui fait figure de politique phare, partout au pays, ce serait plutôt la charte des droits et libertés. Bon nombre de Québécois comptent parmi ses adeptes.

Advenant que la loi 62 soit déboutée par les tribunaux, ce ne serait pas au nom du multiculturalisme à la canadienne, mais bien parce qu’elle contrevient aux chartes du Canada… et du Québec.

Les droits garantis par ces chartes au chapitre de la liberté d’expression ou de religion ne sont pas absolus. Les juges peuvent conclure que des entorses sont justifiées dans la mesure où elles constituent une limite raisonnable aux droits individuels au nom de l’intérêt supérieur d’une collectivité.

Mais peu de constitutionnalistes croient qu’interdire à des femmes l’accès à un autobus ou à un métro parce qu’elles portent un niqab ou une burqa est un moyen raisonnable pour affirmer le caractère laïque d’une société ou assurer sa sécurité publique.

Le premier ministre, Philippe Couillard, prédit pourtant que la loi 62 passera l’incontournable test des tribunaux. À l’époque de la charte péquiste de la laïcité, les ténors du gouvernement Marois avaient offert le même genre d’assurances.

Dans les faits, ni l’un ni l’autre de ces gouvernements n’a fourni d’avis juridiques à l’appui de son projet. La commission québécoise des droits de la personne les a tous deux prévenus qu’ils fonçaient vraisemblablement dans un mur.

Le premier ministre Couillard aurait pu dissiper le flou juridique qui entoure aussi bien la loi 62 que les solutions de rechange avancées par les principaux partis d’opposition pour affirmer la neutralité religieuse de l’État québécois en sollicitant l’avis de la Cour d’appel du Québec. Ce faisant, il aurait contribué à éclairer le débat non seulement au Québec, mais également dans le reste du Canada. Comme Pauline Marois avant lui, M. Couillard a plutôt opté pour avancer à l’aveugle.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

31 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Le gouvernement des juges est aussi un héritage de Saint-PET.
Nous élisons des gouvernements pour qu’ils gouvernent. S’il faut que nos gouvernants demandent un avis juridique à chaque fois, alors nous devrions élire des juges au parlement. La charte des droits du Québec peut et sera modifier un jour prochain pour s’adapter aux nouvelles réalités. Comme M. PET nous a enfoncé dans la gorge sa vision sacrée de ce que devrait être ce pays en amenant la clef d’amendement avec lui dans sa tombe, je vous prie de croire que nous ne sommes pas au bout de nos peines.

Vous semblez oublier le fait que l’état est composé de 3 pouvoirs, le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Aucun des 3 n’a le pouvoir total, sinon nous serions en dictature. Le rôle du judiciaire c’est de s’assurer que l’état ne viole pas les droits de ses citoyens du point de vue constitutionnel et l’interprétation des chartes revient aux tribunaux; les juges ne gouvernent pas, ils et elles interprètent les lois pour s’assurer qu’elles sont conformes à la constitution et ne violent pas les droits des citoyens. Le Québec peut bien amender sa charte des droits tant qu’il le veut, ce n’est qu’une loi comme les autres, mais la charte canadienne, elle, est une loi constitutionnelle qui ne peut être amendée que selon une règle très stricte. Vous avez raison sur un point: si quelque gouvernement voulait amender la charte canadienne pour limiter les droits qui y sont prévus, il ne serait pas au bout de ses peines…

@ NPierre 10 novembre 2017, 11 h 21 min

Les Chartes sont des lois comme les autres… pour que ça ne soit pas le cas, encore eut-il fallu qu’elles soient parties d’Actes constituants dûment soumis à l’approbation référendaire des Peuples Souverains concernés, à savoir celui des Premières nations, celui du Canada et celui du Québec. Ce ne fut jamais le cas. Les Actes constituants du Royaume de la Couronne canado-britannique n’ont reçu l’approbation que des Parlements de Westminster et d’Ottawa… pas même celui du Québec…

Ce qui fait de ces lois, de simples lois… rien d’autres. En voter de nouvelles qui viennent contredire, de l’avis des juges, devrait s’imposer d’office… Mais ce n’est pas le cas dans ce beau Royaume démocratiquement illégitime du Canada sans OUI référendaire.

Quant au fait d’amender les Chartes pour se conformer à la volonté de la députation, ça ne changera pas la nature des Chartes, des lois comme les autres… tant et aussi longtemps que Le Peuple n’aura pas donné son aval, jamais aussi clairement et directement que par référendum.

Le port d’un voile islamiste affiche son adhésion à la pratique de la ségrégation sexuelle patriarcaliste abrahamique islamiste. C’est inadmissible dans un État démocratique égalitariste. On ne peut à bons droits démocratiques pratiquer la ségrégation sexuelle, pas plus que la polygamie, les châtiments corporels, les mutilations génitales, etc…

Je persiste à croire que l’intérêt de la collectivité devrait primer sur les préférences personnelles. Où ira le monde si chacun de nous peut faire ce qu’il veut sans se soucier du bien-être commun ? Ça n’a aucun sens.

Dans ce cas-ci, il me semble que si la sécurité est invoquée le jugement devrait porter sur le simple fait qu’il y aurait un danger potentiel si la personne gardait son voile. Pour ce qui est de l’emprunt d’un livre à la bibliothèque, y a t’il risque de vol de document si on ne voit pas le visage de la personne ? Et puis, j’avancerai même qu’à la limite, un gouvernement pourrait faire adopter n’importe quelle loi. Ce sera au peuple de décider par la suite si ce gouvernement doit être battu pour amender la loi. Les tribunaux ne devraient intervenir que dans des cas extrêmes.

Les Kurdes sont menacés par l’Iran, le gouvernement de Bagdad, l’EI et la Turquie.
Les Ukrainiens par l’armée du président Poutine.
Les Sud coréens par l’arme atomique du Nord.
Le Québec par deux cents femmes voilées.
Une chance que le ridicule ne tue pas.

Votre texte est non seulement réducteur du phénomène très complexe de la radicalisation d’une frange de l’islamisme mais il est tellement simpliste qu’on s’étonne de le lire dans ce genre de forum.
Avec toutes les informations disponibles par les diverses sources d’informations concernant les graves chocs socioculturel et politiques que représentent la radicalisation de certains comportement asociales on ne peut pas faire ces analogies simplistes.
Nous ne sommes plus devant des problèmes de simple d’acculturation, mais devant de véritables chocs de civilisations. Parmi les personnes qui soulèvent ces graves problèmes partout dans les pays Occidentaux ont retrouvent beaucoup de femmes et d’hommes musulmans.
Alors svp, lire ou relire les centaines de milliers de documents, visionner les milliers de vidéos pour comprendre ces graves défis qui se présentent à nos Société (encore démocratique).

Alors deux cents femmes voilées c’est un nombre ridicule pour vous. Ça devient sérieux à 2,000? à 20,000? Je vous fais remarquer qu’il y a moins de tigres que de femmes voilées au Québec mais qu’il y a quand-même des lois pour eux… Pas parce que c’est dramatique en ce moment mais pour éviter que ça le devienne…

Si la loi 62 ne passe pas le test de la charte canadienne des droits et liberté; c’ est qu’ elle a été mal ficelée et/ou il n’ y aura aucune loi de ce genre qui passera le test!
Question comme ça , pourquoi on ne change pas la charte ? Le Québec peut toujours utiliser la clause nonobstant , mais que fera le ROC par la suite ? Il est évident que les canadiens en général sont en harmonie avec le Québec et qu’ ils trouvent pas ça normal que certaines femmes se promènent dans le public avec seulement les yeux comme reconnaissance !

Quoiqu’ en dise nos multi cultureux à l’ extrême , le visage à découvert est somme toute la normalité et bien sûr ; il est prouvé depuis longtemps que le nicab et la burqua ne sont pas des signes religieux mais des signes d’ intégristes extrêmes de soumission et de dévalorisation de la femme !! C’ est pourtant tellement logique !

En effet, la population dans le ROC n’a pas plus de tolérance pour le niqab et je suis convaincu que la grande majorité des gens sont choqués par le port de ce vêtement en public. Le problème est bien plus complexe que la simple liberté de religion. Rien n’interdit à ces femmes de croire dans leur religion mais leur droit doit être balancé avec le droit des autres à la sécurité. Il est déjà interdit de se promener en public le visage couvert dans un dessein criminel mais quand on voit quelqu’un dont la face est cachée, on ne sait jamais quel dessein cette personne peut avoir. Il n’y a même pas de garantie que la personne qui porte ce vêtement est une femme… ce pourrait bien être un homme!

Donc, quand ce dossier se retrouvera devant les tribunaux, nous ne savons pas encore quelle sera la preuve qui sera présentée et ce sera sur cette preuve que le tribunal se prononcera. Ce n’est pas simplement une affaire de liberté de religion, il y a bien d’autres questions dont, entre autres, l’égalité entre les sexes, la laïcité et la sécurité du public. Ces droits entrent en compétition les uns avec les autres et le tribunal devra déterminer quels sont ceux qui sont plus importants que les autres lorsqu’ils seront en conflit.

Contrairement à ce que croit C. Hébert, le gouvernement Couillard avec la loi 19 (p.l. 62) possède un appuie assez impressionnant de 22 juges de la Cour européenne des droits de l’homme. Cette Cour a jugé qu’interdire la dissimulation du visage de manière absolue dans l’espace public était disproportionné par rapport au but à atteindre, soit la sécurité publique, mais qu’elle se justifiait dans le but du « vivre-ensemble ».

Cependant, la Cour notait : « [Q]ue l’objectif évoqué par le Gouvernement [sécurité publique] serait atteint par une simple obligation de montrer leur visage et de s’identifier lorsqu’un risque pour la sécurité des personnes et des biens est caractérisé ou que des circonstances particulières conduisent à soupçonner une fraude identitaire. » (Communiqué de la CEDH). C’est l’objectif de la loi 19, même si la ministre l’a présentée maladroitement.

En addenda
Madame Hébert écrit qu’ « [a]dvenant que la loi 62 soit déboutée par les tribunaux, ce ne serait pas au nom du multiculturalisme à la canadienne, mais bien parce qu’elle contrevient aux chartes du Canada… et du Québec. » Madame Hébert oublie cette particularité toute canadienne de la Charte, l’article 27 qui déclare : « Toute interprétation de la présente charte doit concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens. » Son guide ajoute ceci : « Les Canadiens sont fiers du fait que le Canada accueille de nombreux groupes culturels. L’article 27 reconnaît de façon officielle cette réalité multiculturelle du Canada. »

Alors que l’Inde connait une des pires période de « smog » de son histoire, tout particulièrement dans sa capitale New-Delhi, alors que la situation est passablement dramatique, je me suis trouvé porté à rire si, une chose comme celle-ci arrivait « cheu nous » avec cette Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État, lorsqu’actuellement tellement de personnes portent masques ou se promènent le visage soigneusement voilé.

Si une femme ici, choisit de se promener voilée, c’est aussi pour son bienêtre ou pour sa santé mentale. Comme d’autres préfèrent se déplacer avec des lunettes fumées ou une tuque du Canadien. Après tout pour certain(e)s, la « sainte-flanelle » est aussi une religion.

L’État est-il neutre de la même façon tant avec les adeptes du Canadien qu’avec les adeptes de l’islam ? Théoriquement oui ! Du moins, c’est ce que suggèrent les propos de la ministre Vallée.

Ce qui agace ce n’est pas tant le fait que l’État entende favoriser et affirmer cette neutralité, peut-on être contre le principe de neutralité ? Est-il si fondamental de le préciser dans ce cadre législatif ?

Ce qui semble ne pas être assumé, c’est cette manière maladroite de cibler deux types de vêtements particuliers, lesquels sont hyper-marginaux dans le paysage tant québécois que canadiens, lesquels ne sont pas des signes spécifiquement religieux puisque ce genre de vêtements est antérieur à l’islam, lesquels vêtements ne sont pas mentionnés nommément dans le texte de loi. Pas plus qu’on ne mentionne une quelconque religion en particulier.

Pour ne blesser aucune sensibilité, on s’enferme dans un flou de neutralité.

De même ce qui interpelle, ce n’est pas tant qu’on demande aux vastes champs d’application des officiants de rester neutre ; ce qui renverse et qui interpelle, c’est qu’il soit demandé aux usagers d’être neutres eux-mêmes et donc d’adopter strictement ce principe de neutralité dans l’usage des services publics, principe de neutralité auquel ils peuvent déroger avec l’usage de services privés ou dans leur vie de tous les jours. Quand prendre le métro ou le bus, c’est une transition souvent indissociable de la vie de tous les jours.

Dans ce cas, c’est le principe de l’incohérence qui l’emporte sur le savant principe de la neutralité. C’est encore l’arbitraire qui pourrait l’emporter sous l’aune des vertus et de la tolérance.

Une fois de plus, c’est ignorer les principes vertueux sur lesquels se sont fondés l’interculturalisme qui donnait une certaines valeur et un sens profond aux conclusions de la Commission Bouchard-Taylor. Ce n’est l’État qui doit légiférer, tout au plus doit-il accompagner et encadrer tout ce qui contribue en principe à l’éveil de toutes les citoyennes et des citoyens.

« C’est au Québec, là où la loi s’appliquera, que l’appui est le plus fort: 76% des répondants s’y déclarent favorables. Suivent la Colombie-Britannique (69%), la Saskatchewan (69%), le Manitoba (69%), l’Ontario (66%) et l’Alberta (64%). Les provinces atlantiques (57%) sont la seule région où le taux d’approbation se situe sous la barre des 60%. » (La Presse)

Une fois qu’on a enlevé le vote ethnique, le Canada profond pense la même chose que le Québec profond sur la Loi 62.

Vous autres vous tromper horriblement . Les femmes sont libre de marcher dans les rues avec lé burqua face couvert par tous . La loi oblige seulement les femmes de montrer leurs visage pour q q seconds juste pour leur identifier cest tous ….. Cest ne pas la fin de monde ? je suis pour la loi . Dans Un urgence ou cas de sécurité il faut quon puissent identifié les gens . Tres simple

« Les droits et liberté de la personne ne sont pas absolus ». Soit. Toutefois vous omettez de mentionner que les juges de la Cour suprême du Rocanada sont sacrément extrémistes en matière de multiculturalisme quand vient le temps de juger de limites raisonnables aux droits individuels au nom de l’intérêt supérieur de la collectivité québécoise. « Le gouvernement des juges » rocanadian est omnipotent, les Rocanadians lui louent une ferveur divine; faudrait-il à tout le moins que soit rappelé à ces derniers que le fondement même de la démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Ouf! se couvrir le visage à cause de la pollution ou pour protéger les autres de ses microbes…ça n’a rien à voir avec ce qu’il nous importe ici! Se couvrir pour cacher son visage au Québec ou au Canada est inconcevable! Où est le danger ? Vous venez d’intégrer un pays de liberté et d’intégralité où les femmes ont droit de paroles, de travail égal, de vivre librement et de s’affirmer…de dire ce qu’elles pensent et peuvent diriger des entreprises . Si vous avez choisi de vivre ici, vous devez aussi accepter de vous libérer du carcan machiste de vos fils, maris et pères! À raison de quoi, vous devez retourner dans votre vie ultérieure et accepter vos conditions…ici, les femmes s’affirment et vivent librement…souvent seule mais sans se cacher!

@ svy1010,

Pour bien comprendre ce que c’est que l’immigration, il faut avoir été soi-même émigrant. Lorsque vous émigrez dans un pays comme le Canada, vous avez certaines attentes et certains espoirs. Lorsque vous arrivez, vous venez d’abord avec vos usages et vos habitudes d’origines.

Au fil du temps, vous vous acclimatez et plus vous vous intégrez facilement dans la nouvelle société d’accueil et plus vous avez de chances de vous intégrer et d’adopter les usages en vigueur dans cette société. Si ce n’est pas le cas, vous serez probablement tenté par un repli sur vous-même, ce qui signifie un repli identitaire. Ce qui signifie certains usages vestimentaires.

Si vous n’êtes pas heureux, il n’est pas si facile de retourner dans son pays d’origine. Pourquoi ? Parce que pour partir, cela prend de l’argent.

Le Canada est un des pays qui reçoit le plus grand nombre d’émigrants en proportion du nombre d’habitants. Mais c’est aussi un des pays qui est le moins capable jusqu’à présent de retenir ses nouveaux arrivants. Les immigrants qui arrivent au Québec migrent vers d’autres Provinces et globalement les immigrants de toutes part au Canada retournent soi dans leur pays d’origine ou bien migrent vers d’autres destinations.

Il y a aussi beaucoup de Canadiens, incluant des Québécois qui migrent chaque année vers d’autres cieux, certains sur une base temporaire, d’autres pour vivre ailleurs pour toujours. Ceux-là partent vivre dans d’autres Provinces ou d’autres pays.

Qui plus est, les nouvelles technologies permettent aux gens d’être mieux informés. Ainsi, il n’est pas rare que les gens magasinent un pays avant d’y immigrer ou qu’ils choisissent un pays sur une base intérimaire, donc sans avoir vraiment envie de s’y intégrer.

Pour avoir communiqué avec bon nombre de magrébins qui émigrent au Québec, ce que la plupart d’entre eux regrettent, c’est d’une part le soleil et la beauté des paysages de la mer Méditerranée. Comme je les comprends, j’ai moi-même vécu une partie de ma vie sur la Côte d’Azur, à Nice notamment.

— Usuellement lorsque vous comprenez bien les gens, ils se dévoilent devant vous beaucoup plus facilement.

Deux petites questions en passant : Pourquoi faites-vous vos commentaires de manière masquée (pseudonyme) et non à visage découvert en déclinant votre véritable identité ? N’est-ce pas un peu simpliste de critiquer les autres quand on n’est pas le moindrement du monde, critique envers soi-même ?

« Si vous avez choisi de vivre ici, vous devez aussi accepter de vous libérer du carcan machiste de vos fils, maris et pères! »
Comme ça a l’air facile comme vous le dites!
Je n’ai jamais vécu de problème d’immigration ou d’intégration, mais de la violence conjugale, oui, aussi tabou cela puisse-t-il être pour un homme blanc hétéro. J’avais une bonne job, un réseau, des amis, je connaissait les ressources mais ça a pris un temps fou pour seulement comprendre que j’était victime de violence et de manipulation et encore plus pour m’en sortir, panser mes plaies et me faire une nouvelle vie. J’imagine très mal comment on peut exiger un tel saut dans le vide à quelqu’un sans amis ni réseau, qui ne connait pas les coutumes, qui n’a pas de logement et qui maîtrise peut-être mal la langue. Endurer la domination (aussi inexcusable soit-elle) doit sembler moins pire à certaines que d’affronter l’inconnu et l’itinérance. C’est acculer au pied du mur des personnes en situation déjà difficile

« Mais peu de constitutionnalistes croient qu’interdire à des femmes l’accès à un autobus ou à un métro parce qu’elles portent un niqab ou une burqa est un moyen raisonnable pour affirmer le caractère laïque d’une société ou assurer sa sécurité publique. »

Il n’est pas seulement question de laïcité, ici, est ce pour plusieurs raisons. De UN, le port d’un voile islamiste n’est pas une obligation religieuse. De DEUX, ce port affiche son adhésion à la pratique de la ségrégation sexuelle patriarcaliste abrahamique islamiste. La pratique de la ségrégation sexuelle n’est pas admissible en démocratie égalitariste, pas plus que ne l’est la ségrégation raciale, ou esclavagiste.

Il n’est donc pas question de seulement affirmer le caractère laïque de l’État et de seulement se préoccuper de la sécurité publique, mais aussi de s’assurer que la pratique de la ségrégation sexuelle n’est pas pratiquée, puisqu’elle est inadmissible dans une démocratie égalitariste ; comme on s’assure que la polygamie n’est pas pratiquée ; ni les mutilations génitales, etc.

On interdit pas à des femmes l’accès à un autobus, on interdit le fait que des femmes affichent adhérer à la pratique de la ségrégation sexuelle… tout en la pratiquant d’évidence… nuance !

Toutes choses égales par ailleurs, si le port d’un brassard rouge était le signe du fait qu’on endosse la pratique des mutilations sexuelles ou qu’on a soi-même accepté d’être victime de mutilations sexuelles, ne serait-il pas avisé d’interdire le port de tel ignobles signes ostentatoires de pratiques à proscrire ? La réponse est clairement OUI.

« À l’époque de la charte de la laïcité du Parti québécois… »

C’est payant, l’imprécision, mmh ? Comme certains péquistes eux-mêmes,qui utilisent « laïcité » quand ça fait leur affaire et « des valeurs » quand ça fait leur affaire, la citoyenne Hébert joue ici sur deux tableaux. Il s’agit en fait non de la Charte de la laïcité, mais bien de la foutue Charte des valeurs (sic) du Parti québécois.

Laïciste convaincu, persuadé que seule la séparation du politique et du religieux dans la sphère restreinte de l’État peut à terme assurer la concorde entre les différentes formes que prend la vie spirituelle des citoyens dans la vaste sphère de la vie sociale, j’ai su que mon chat était mort à l’instant précis où le borné Drainville a annoncé que ça allait s’appeler « Charte des valeurs » et non « Charte de la laïcité ». Dévoyé, contrefait, le principe de laïcité devenait un vaste foutoir où il fallait, soi-disant, traiter de toutes sortes d’autres sujets que les rapports entre les cultes et l’État.

Dans le même souffle, on comprenait que tous les cultes n’étaient pas logés à la même enseigne – à l’encontre du principe régulateur de Mazzini « Égalité de tous les cultes » – puisque le PQ ne levait pas le petit doigt pour déplacer le crucifix du Salon bleu (pourtant un des rarissimes lieux au Québec où il ne saurait y avoir de symbole religieux, ni sur les murs ni sur les têtes ), et même annonçait son intention de demander un « avis judiciaire » pour ne pas le déplacer, alors que quelques mètres plus loin auraient suffi.

Ennemie de la laïcité, la citoyenne Hébert a beau jeu d’appeler « Charte de la laïcité » la regrettable « Charte des valeurs » du PQ, car cela lui permet de disqualifier le principe de séparation du spirituel et du politique, des Églises et de l’État, en l’assimilant, dans l’esprit du lecteur, à la contrefaçon identitaire sécrétée par les nationalistes québécois.

Voilà. Je devais m’efforcer de rappeler la distinction là où Hébert instaure la confusion.

Libera chiesa in libero stato !

Bien entendu, les chroniqueurs et journalistes ne lisent pas les petits commentaires tels que celui-ci, même si les gens s’obstinent à commenter leurs articles, victimes de l’illusion trompeuse que les « blogues » auraient remplacé les forums – tous supprimés depuis belle lurette – de nos médias chéris.

Mais vu que je suis un sans-tribune, comme la quasi totalité de la population, je ne peux m’empêcher de revenir à la charge, une fois encore, sur la question du SOI-DISANT multiculturalisme.

Pierre-Elliott Trudeau, fondateur du prétendu multiculturalisme, dans une entrevue à la revue ‘Cité Libre’ de janvier-février 1997:

« Et c’est pour ça que je ne veux pas parler de deux nations, mais de deux langues. Pour moi, la langue est un instrument de communication que l’on peut acquérir avec un certain entraînement. Par contre les liens du sang, ou la « culture ancestrale » ne peuvent pas s’apprendre. »

La raison pour laquelle tant de braves Canadians voient du racisme partout au Québec tient au fait qu’ils prennent le fait d’être French pour un fait racial, héréditaire, génétique, naturel-biologique, comme si les gens étaient d’un peuple ou d’un autre À LA NAISSANCE (nature) au lieu de le DEVENIR (culture) comme c’est en réalité le cas. Les prétendus « liens du sang » auxquels croit Pierre-Elliott Trudeau n’existent pas. C’est une billevesée, une chimère, une sornette que l’antifasciste libéral Giuseppe Antonio Borgese appelait fort justement « les superstitions biologiques ». Les peuples ne sont séparés les uns des autres QUE par leur ignorance mutuelle (qui est franchissable) et non par ces abracadabrantes « frontières du sang » (qui, si elles existaient, seraient infranchissables) ; façonnés par la culture et l’histoire acquise du vivant de chaque individu après son arrivée dans le monde, et non par ces répugnants « liens du sang » qui ne sont que tambouille raciste et négation de l’unité du genre humain.

L’expression « culture ancestrale » est un oxymoron (amalgame de contraires). Si une chose est culturelle, donc elle n’est pas ancestrale. Et par conséquent, le mot « culture » dans « multiculturalisme » est une attrape – une attrape d’autant plus efficace qu’elle est involontaire, autrement dit fondée non sur le mensonge mais sur l’erreur.

Pour remettre les termes en place et les yeux en face des trous, c’est non de « multiculturalisme » mais au contraire de « multinaturalisme » qu’il faudrait ironiquement parler. Sauf que les néologismes ne se justifient que quand il n’y a pas de mot déjà à disposition dans la langue. Or il y en a déjà un : polygénisme.

Voilà : le prétendu « multiculturalisme » est en réalité un polygénisme. Plus précisément un polygénisme mixophile, qui se prend pour un antiracisme parce qu’on peut l’arc-bouter à la mixophobie maladive du polygénisme disons classique, de type « East is East and West is West and never the twain shall meet ».

Et quoi qu’il en soit, personne – même pas un raciste avéré et patenté, hélas – n’a de leçons d’antiracisme à recevoir d’une vulgate qui croit dur comme fer aux théories du sang et autres répugnantes sornettes euphémistiques comme « descent », « ancestry », « lineage », « parentage », « heritage »…

Coucou, c’est encore moi.

« …un moyen raisonnable pour affirmer le caractère laïque d’une société… »

Moi qui porte le chapeau à trois pointes (je suis à la fois laïciste, athée et anticlérical), j’ai le plaisir de vous annoncer que la citoyenne Chantal Hébert – oh, bien involontairement ! – est plus radicale que moi dans sa façon de poser le problème.

Ce ne sont pas les sociétés qui sont laïques, seulement les États. La laïcité est un principe régulateur des rapports entre les cultes et l’État, non entre les églises et la société at large. Le principe immortel de Cavour « Libera chiesa in libero stato », « Une Église libre dans un État libre » eût été suffoquant, voire liberticide, si un petit malin l’avait contrefait en « Une Église libre dans une société libre ».

Je crains fort que l’esprit de la citoyenne Hébert ne se soit laissé égarer par la notion dangereusement trompeuse et subrepticement extrémisante d' »espace public ». Tout le débat, dès le départ (comme je me suis usé la salive à le dire, totalement en vain, sur les foutus blogues de différentes publications) a été miné et extrémisé par ce curieux et faux binôme sécrété par nos braves « lologues » : espace public / espace privé. Or, ça n’est pas vrai que ça se divise comme ça, en deux (en tout cas pas dans une démocratie libérale). Il y a la sphère privée, certes. Il y a la sphère de l’État fort restreinte, quand on y pense. Et puis il y a surtout la vaste sphère de la vie sociale, « là où tout est désordre et vie », comme disait le comte Sforza. Là où je m’attrique comme je veux, là où tous les cultes que l’on voudra peuvent se déployer dans une relative concorde, sachant que par ailleurs, la distinction essentielle entre la sphère politique et la sphère spirituelle de nos vies a été dûment établie dans la sphère restreinte de l’État.

La notion « espace public » confond en un seul pain la société et l’État, et elle vous a par conséquent un petit côté prétotalitaire de derrière les fagots. L’État soviétique, l’État fasciste confondaient tout à fait, effaçaient tout à fait l’essentielle distinction entre la société et l’État.

Qu’il n’en aille pas ainsi de nous.

L’État doit être laïque JUSTEMENT pour que, au sein de la vie sociale

Bonjour;
S’il y a un domaine ou le Canada excelle, c’est bien la création d’organismes, sociétés, services, commissions, superflue, inutile et coûteux. Ça mange quoi en hiver le multiculturalisme? Une patente inventé par P.E.T. Trudeau pour noyer le nationalisme québécois. Au départ il y a une « culture » rurale, une urbaine, ubne régionale, italienne, grècque, etc et on s’endure l’un l’autre.

POUR CE QUI EST DU NIQAB; à l’assermentation pour la citoyenneté canadienne, il aurait été clairement expliqué aux candidates, que au Canada le port du masque est occasionnel et sert à protéger une personne qui travaille dans un environnement dangereux, poussière, microbes, gaz néfaste, l’Halloween, etc. ET aux VOLEURS ou CRIMINELS qui veulent cacher leur identité. Le Canada vas vous laissez porter le « masque religieux » à plein temps, pour le temps que vous avez besoin pour compléter des études, ou des transaction d’affaires, etc. Pas question de résidence permanente et encore moins de citoyenneté.

Malheureusement nos politiciens « bien-pensants » et des juges aux jugement embrouillé, ont interprété la Charte des Droits et Libertés comme un droit de nous imposer les règles de certaines « autre » religions. La culture commune en Amérique du Nord est basée sur les RELIGIONS CHRÉTIENNES. Les canadiens peuvent êtres islamique, juif, bouddhiste, Sikh, Taoïstes, Hindou, Zoroastriens, Athée, etc… mais leurs contraintes religieuses, sont les leurs, pas les mienne. Le Canada a mis le doigt dans l’engrenage le jour ou la Cour Suprême a jugé que la Gendarmerie Royale devait permettre à un Sikh de porter un turban plutôt que le chapeau réglementaire de l’uniforme. Nous avons eu par le suite un élève dans une école de la région de Montréal qui parce qu’il était de religion sikh, lui avait le droit de porter un couteau à l’école.

Et je coupe court. Le Canada « s’en vas au diable » et je suis en âge de m’en foutre.

Bien à vous,

Jacques Moreau
St-Bruno, Qc J3V 4R8

« La culture commune en Amérique du Nord est basée sur les RELIGIONS CHRÉTIENNES. »

Mais non, culture et religion sont deux choses. Arthur Buies, qui fut l’un des Mille sous le commandement de Garibaldi, n’était pas moins canadien-français que ses compatriotes du camp opposé qui s’enrôlèrent dans les Zouaves pontificaux.

Je crois plutôt qu’un des problèmes, en amont, est cette histoire de « suprématie de Dieu » dans le préambule de la Constitution : en aval, cela a abouti en somme à « bondieuserie über alles ».

« … la Cour Suprême a jugé que la Gendarmerie Royale devait permettre à un Sikh de porter un turban plutôt que le chapeau réglementaire de l’uniforme. »

C’est un jugement de la Cour fédérale et la décision est plus nuancée que le laisse entendre ce commentaire expéditif. La Cour a jugé qu’il n’y avait rien dans la Charte qui empêchait le commissaire de la GRC d’autoriser – on est loin de l’injonction comme le mentionne le commentaire – le port du turban et de la barbe par des policiers de religion sikh.

Vivre-ensemble à visage couvert ?

L’exigence du visage découvert est minimale, mais fondamentale : dans notre société, c’est ainsi que les gens communiquent. Voir la face d’un interlocuteur invite à l’échange et aux relations franches et harmonieuses. Il y a une contradiction flagrante entre la promotion du vivre-ensemble, si cher à nos politiciens, et la réticence à exiger le visage découvert dans l’espace public.
Il serait intéressant de savoir combien des femmes portant le niqab ou la burqa au Canada seraient bien contentes de s’en débarrasser. Malheureusement, beaucoup de ces femmes n’ont pas la liberté de s’exprimer à ce sujet. Après l’entrevue, il faudra bien retourner chez soi, dans sa communauté. A-t-on seulement tenté d’interroger ces femmes ? Peut-être que justement leur enfermement vestimentaire décourage la communication…

Et même si on tentait d’interroger les porteuses de niqab/burqa la plupart d’entre elles répondraient qu’elles veulent le garder. Parce qu’elles ont peur d’être battues (ou pire) lorsqu’elles seront en privé avec leur père ou leur mari…

Certains « commenteux » et journalistes utilisent des circonvolutions et des sophismes pour présenter les graves chocs socioculturel et politique que représentent la radicalisation de certaines pratiques religieuse dans les sociétés occidentales. Pour « couvrir » ces actions politiques sous le couvert religieux certains érigent les chartes comme un « absolu ».
Pour citer le chroniqueur Mathieu B. Côté, la constitution de 1982 trouve son origine dans la volonté de Trudeau de mettre en tutelle l’Assemblée nationale. Trudeau croyait que la souveraineté populaire conduisait à la tyrannie de la majorité et qu’il fallait la neutraliser. Faut-il mentionner aussi qu’il croyait que les Québécois, laissés à eux-mêmes, seraient autoritaires? Pourquoi endosser un ordre politique reposant sur cette vision?
Car ce ne sont pas les droits individuels que protège la Charte: c’est le pouvoir des juges à se situer au sommet de l’ordre politique. En fait, la constitution de 1982 a surtout ouvert la porte à la judiciarisation du politique, qui représente à bien des égards une négation de la démocratie. Les grandes orientations de notre collectivité ne sont plus fixées en ultime instance à travers la délibération démocratique mais en se tournant vers un pouvoir non-élu, dont l’importance a gonflé considérablement en 30 ans.
Une chose est certaine: ceux qui répètent en boucle que la question constitutionnelle est secondaire sont les premiers à se draper dans la constitution canadienne pour justifier leur opposition à une sortie du multiculturalisme et à l’interprétation déformante des droits et libertés qu’elle contient et propose.

Ce qui est évident dans tout cela, c’est que ni Philippe Couillard, ni Pauline Marois, ni Justin Trudeau, ni Harper et sa suite n’aborde vraiment ce problème des droits dans la société moderne dans le but de le régler. Ils jouent avec cette balle pour se faire du capital politique ou plus généralement pour détourner l’attention de ce qu’ils font vraiment, que ce soit les atteintes aux droits qui se multiplient ou l’intégration accélérée du Canada (et du Québec) à la Forteresse Amérique du Nord. Tous ceux qui réclament leurs droits sont laissés pour compte malgré la prétention de chacun de ces intervenants de défendre les droits d’un groupe ou d’un autre.
Le premier ministre Couillard a repris le débat à son compte après la défaite du PQ dans l’espoir de saper les bases du PQ et de l’ADQ. Il s’est vite retrouvé avec une patate chaude mais il n’y a personne à qui la passer. Se sentant accusés de s’en prendre aux femmes musulmanes, les libéraux introduisent maintenant chaque intervention avec une profession de foi dans l’égalité homme-femme. C’est un peu comme celui qui dit : « Moi ne je suis pas raciste, mais…. » avant de se lancer dans des invectives racistes. Pour « prouver » qu’ils ne s’en prennent pas aux musulmans, ils ont ajouté l’amendement qui fait que la loi s’appliquera aussi aux étudiants qui manifestent le visage couvert. Ils sont tout simplement pris dans leur propre piège et le pire pour eux est que la loi est maintenant adoptée. Pas moyen de reculer avant l’élection de 2018.
C’est pour la même raison qu’on parle de « sécurité publique » dans cette affaire – pour faire croire que c’est vraiment par souci de la sécurité publique qu’on veut réglementer la façon dont quelqu’un s’habille. On invoque aussi l’idéal moderne de la «laïcité» pour la même raison et quiconque connaît le problème de laïcité dans une perspective tant soi peu historique voit tout de suite l’absurdité de cette prétention.
Justin Trudeau dit qu’il songe à intervenir parce que lui, il tient beaucoup aux «droits individuels». Mais il n’ose pas intervenir trop bruyamment. Pourquoi? Parce que c’est le même argument qu’invoquait son père pour s’opposer au droit collectif de décider, aux droits nationaux. Et avec le temps tout le monde a vu que la Charte canadienne ou le multiculturalisme ne défendent pas plus les droits individuels des Québécois ou des Canadiens qu’avant. On n’a qu’à voir les atteintes sans précédents aux droits individuels, notamment au droit de conscience, de la loi antiterroriste de 2015 avec la bénédiction de la charte canadienne. Les libéraux ont soutenu la loi antiterroriste du gouvernement Harper et n’ont toujours pas donné suite à leur promesse de l’amender pour « protéger les droits individuels ». Ils s’en accommodent très bien. Il faut se brancher. Le Canada a participé à la guerre d’agression en Afghanistan en invoquant entre autres le grand idéal de défendre les « droits individuels » des Afghanes! Vraiment? Qui croit encore à cela?
Il y a effectivement conflit entre droits individuels et droits collectifs et aussi l’intérêt général de la société. Les réconcilier est le grand défi de la société moderne. Dicter comment une personne peut ou ne peut pas s’habiller, comment elle peut pratiquer son droit de conscience, en invoquant « la sécurité » ou même la «laïcité» de l’État ne va pas du tout dans cette direction. Ce n’est pas sérieux. La laïcité de l’État est menacée? Soyons sérieux. L’époque de l’autorité de l’Église sur l’État est révolue depuis longtemps. Par contre, puisqu’on est sur le sujet, pourquoi ne pas aborder ces questions de droits dans la perspective de l’autorité toujours plus institutionnalisée de puissants intérêts privés sur les affaires de l’État? Là on pourrait commencer à démêler les choses à mon avis. Là on aurait une base réelle pour équilibrer les choses. Ceux qui lèvent le nez sur cette affirmation peuvent continuer de penser que c’est l’EIIL qui se substitue à l’autorité publique au Canada.