Une rafle importante contre le crime organisé

C’est tout un coup de filet de l’UMECO. Il reste maintenant à espérer que les tribunaux seront en mesure d’absorber les procès à venir. 

Leonardo Rizzuto (à gauche) et Loris Cavaliere au Palais de justice de Montréal en 2008. (Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne)
Leonardo Rizzuto (à gauche) et Loris Cavaliere au palais de justice de Montréal en 2008. (Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne)

PolitiqueLa rafle policière réalisée jeudi par l’Unité mixte d’enquête sur le crime organisé (UMECO) a frappé l’imaginaire. La mafia, les Hells Angels et les gangs de rue auraient mis leur expertise en commun pour gérer l’importation, la distribution et la vente de drogue au Québec. Des gangs dont les méthodes de recrutement et les membres étaient aux antipodes réussissaient à discuter business sans se tirer dessus.

Stefano Sollecito (fils du mafieux Rocco Sollecito), Salvatore Cazzetta (membre en vue des Hells Angels), l’avocat Leonardo Rizzuto (fils de feu Vito Rizzuto) et Gregory Wooley (vétéran des gangs de rue proche des Hells) auraient joué un rôle de premier plan dans la coordination du trafic de drogue dans la métropole, en agissant un peu comme des filiales d’une même entreprise.

L’enquête, menée conjointement par la Sûreté du Québec, la Gendarmerie royale du Canada et le Service de police de la Ville de Montréal, renfermait quelques surprises. Un avocat lié au clan Rizzuto, Loris Cavaliere, a été arrêté. Il aurait permis que des membres du crime organisé utilisent son bureau du boulevard Saint-Laurent comme un lieu d’échanges et de rencontres. Cette utilisation perverse et tordue du secret professionnel par un avocat n’est pas nouvelle dans la profession.

Autre surprise: l’ancien président des Nomads (l’escouade de guerre des Hells Angels), Maurice Boucher, et sa fille Alexandra Mongeau auraient comploté pour tuer le caïd Raynald Desjardins. De sa cellule, Boucher aurait conservé le contrôle de certains territoires de vente de stupéfiants sur lesquels aurait empiété Desjardins (lui aussi en prison).

Outre ces deux surprises de taille, les spécialistes des affaires policières ne sont pas étonnés de ces fréquentations entre la mafia, les Hells Angels et les leaders des gangs de rue. Dans «Des crimes presque parfaits», un article publié en janvier 2015 dans L’actualité, l’ex-enquêteur Sylvain Tremblay racontait que les policiers avaient découvert l’existence d’une «table» autour de laquelle se réunissaient des membres importants des Hells Angels, dont Salvatore Cazzetta, et des hauts gradés du clan Rizzuto. Dans un restaurant mal fréquenté, ils discutaient autant du partage des territoires de vente de drogue que de l’infiltration de l’économie légale.

On reconnaît là l’héritage de Vito Rizzuto. Selon l’ex-parrain de la mafia, décédé d’un cancer, la tarte des activités criminelles à Montréal était assez grande pour que chaque groupe criminel obtienne sa part.

Les guerres sont rares dans le monde criminel. Les Hells Angels ont décimé les Rock Machines (devenus les Bandidos) pour avoir la mainmise sur la vente de drogue dans les années 1990. Les caïds siciliens et calabrais s’entretuent depuis près de 10 ans pour prendre le contrôle de la mafia et succéder au clan Rizzuto. Et les gangs de rue, rouges ou bleus, s’affrontent de manière épisodique pour régner sur un coin de rue ou un point de vente.

Mais il n’y a pas de guerre ouverte entre les principales factions. Elles ont toutes un rôle à jouer dans l’écosystème criminel.

C’est tout un coup de filet de l’UMECO. Il reste maintenant à espérer que les tribunaux seront en mesure d’absorber les procès à venir. Le spectre de SharQc, un cafouillage judiciaire monumental, n’est jamais bien loin lorsqu’on parle d’enquêtes sur le crime organisé. À première vue, il semble que l’UMECO a su tempérer ses ambitions. L’enquête porte sur une période de trois ans seulement, et elle vise 48 accusés.

Quand on analyse l’état des affaires d’envergure déjà devant les tribunaux, il y a lieu d’être légèrement inquiet. Il n’y aura pas de procès avant 2019 pour l’ancien maire de Laval Gilles Vaillancourt et ses présumés complices (arrêtés en 2012). Pas de procès avant 2017 pour l’ex-maire de Montréal Michael Applebaum (arrêté en 2013). Pas de procès avant 2016 pour Salvatore Cazzetta dans l’opération Machine (arrêté en 2009). La liste des gros dossiers qui traînent depuis trop longtemps dans l’appareil judiciaire devrait faire sourciller les ministres de la Justice et de la Sécurité publique, à Québec et à Ottawa.

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