La taupe du SPVM et ses secrets

Une taupe est passée sous le radar d’enquêteurs chevronnés pendant des années. Comment est-ce possible? La question restera sans réponse.

Illustration: Mike McLaughlin/La presse canadienne
Illustration: Mike McLaughlin/La Presse Canadienne

PolitiqueL’enquêteur ripoux Benoît Roberge a reconnu sa culpabilité aux accusations portées contre lui cette semaine, évitant un procès gênant pour tous les corps policiers impliqués dans la lutte aux bandes de motards criminels.

Roberge a vendu à un membre en règle des Hells Angels, René Charlebois, des informations sensibles sur des enquêtes en cours, permettant à des suspects d’échapper à des rafles policières, entre autres lors des opérations SharQc et Loquace.

On comprend maintenant pourquoi certaines cibles avaient le don magique de se pousser dans un paradis tropical juste avant la visite des policiers. Dans Loquace, une enquête sur le trafic de drogue au profit des Hells et d’autres réseaux criminels, 17 suspects ont pris la fuite juste avant que la police ne vienne les arrêter, grâce aux perfides confidences de Roberge.

Pire encore, Roberge a vendu des renseignements sur trois informateurs de la police, mettant leur vie en danger. Il était même prêt à aider les Hells Angels à localiser le délateur vedette du mégaprocès SharQc, Sylvain Boulanger, un ancien membre du gang dans la filiale de Sherbrooke. Des accusations de complot pour meurtre ont flotté dans l’air, mais finalement, Roberge a reconnu sa culpabilité à des accusations d’abus de confiance et de gangstérisme.

Les audiences en détermination de la peine auront lieu à une date ultérieure. D’ores et déjà, la Couronne et la défense suggèrent une peine commune de huit ans de pénitencier.

C’est peu, compte tenu de la gravité des gestes posés par la taupe. Il a donné 200 noms aux Hells Angels et il a mis la vie d’une centaine de personnes en danger. Selon un estimé conservateur, le bordel qu’il a foutu dans les enquêtes, compromises par sa trahison, a occasionné des pertes évaluées à un million de dollars.

Un procès aurait été gênant pour les corps policiers qui n’ont pas su repérer les problèmes de déviance de Roberge. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), où il a passé la majeure partie de sa carrière, et la Sûreté du Québec (SQ), qui assumait la direction des escouades régionales mixtes (au sein desquelles Roberge a longuement travaillé), auraient mal paru.

Un procès public aurait été complexe à gérer autant pour la Couronne que la magistrature.

Roberge, un enquêteur spécialisé, vendait des informations confidentielles à des membres du crime organisé. Il y a des questions de vie ou de mort pour des informateurs dans cette affaire. Des méthodes d’enquête et des sources à protéger pour le monde policier… Et peut-être, quelques secrets honteux que les forces policières ne voudraient pas révéler.

Une taupe est passée sous le radar d’enquêteurs chevronnés pendant des années. Comment est-ce possible ? La question restera sans réponse.

Le dénouement de l’affaire Roberge est à l’avantage de toutes les parties impliquées. La taupe recevra une peine somme toute clémente dans les circonstances, et les autorités policières éviteront une séance de lavage de linge sale en public qu’ils abhorrent tant.

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À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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