Va-t-il tuer le projet d’un NPD-Québec?

L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois à Québec solidaire met en péril le décollage de la formation dont rêvent les fédéralistes de gauche depuis des années. L’analyse de Karl Bélanger.

(Photo : La Presse Canadienne / Mario Beauregard)

Tel un phénix, le NPD-Québec renaît de ses cendres. Très lentement, mais peut-être sûrement, le travail amorcé par des militants pour créer un parti frère provincial, à la suite de la vague orange de 2011, se poursuit.

Mais si une majorité de Québécois se disaient prêts à voter pour un éventuel NPD-Québec après 2011, qu’en est-il aujourd’hui ? L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois à Québec solidaire vient changer la donne, et met en péril le décollage de la formation dont rêvent les fédéralistes de gauche depuis des années.

La théorie est la suivante : il y a, au Québec, une tranche d’électeurs orphelins qui ont soif de voter pour un parti fédéraliste progressiste. Des électeurs trop progressistes pour continuer à voter pour le Parti libéral et n’ayant aucun intérêt pour la CAQ.

Des électeurs pour qui la souveraineté n’est pas (ou n’est plus) un attrait, ou un enjeu d’actualité, et empêche le Québec d’avancer. Exit le Parti québécois et Option nationale. Quant à Québec solidaire, son flirt avec le PQ, le pacte secret sur l’indépendance et la volonté du parti de devenir le pôle rassembleur des indépendantistes le rendent aussi moins attrayant.

Le Québec aurait donc besoin d’un NPD provincial. Le chef par intérim du NPD-Québec, Pierre Ducasse, a fait le travail en amont. Mais il a décidé de ne pas mener le parti au casse-pipe électoral en 2018.

Sur la scène fédérale, le NPD est la deuxième force en présence au Québec, derrière les libéraux de Justin Trudeau, avec 16 députés. Mais lorsqu’on regarde l’exemple du Parti conservateur du Québec, il n’y a aucune garantie de voir les votes d’un parti fédéral se transférer vers le parti frère provincial.

Il est cependant possible qu’un NPD-Québec puisse gruger à la fois le vote des partis progressistes et celui du PLQ. Mais dans quelle mesure ?

Lancer un nouveau parti est un défi de taille. Il faut bâtir tout un réseau d’organisation, trouver non seulement les candidats (et un chef… !), mais aussi les gens qui vont les entourer. Il faut trouver les fonds nécessaires pour mener une campagne crédible, voire une précampagne pour que les électeurs sachent que le parti existe ailleurs que sur le papier des bulletins de vote. Il faut convaincre les électeurs que l’arrivée d’un autre parti n’aidera pas le Parti libéral.

Et il faut de l’oxygène. Du soleil médiatique. Beaucoup de soleil.

Or, force est de constater que le paysage politique est déjà passablement rempli. Il sera difficile pour le NPD-Québec d’y occuper un espace important. Qui plus est, du côté gauche du spectre, il est évident que Québec solidaire est sur une lancée. Le genre de lancée qui permet à QS de dire non, sans équivoque, à la convergence souverainiste du PQ de Jean-François Lisée. Pour le chef du parti du Oui, c’est toute une gifle. Pour QS, c’est de l’eau au moulin, du vent dans les voiles, bref, une conjoncture favorable.

Et cette conjoncture a trois lettres : GND.

L’arrivée de l’ancien porte-parole de la CLASSE au sein de QS a donné une bonne poussée au parti dans les sondages. Même si le parti demeure largement sous les 20 %, il est presque au double de l’appui de la dernière élection. Dès l’annonce de ses intentions au mois de mars, plus de 5 000 nouveaux membres se sont joints à la formation en quelques jours, suivis d’une autre vague après son élection comme porte-parole au congrès de Québec solidaire. Un enthousiasme, parmi les militants, qui n’a jamais été suscité par le leadership serein de Françoise David.

Que les médias aiment ou détestent le personnage, peu importe, ils en parlent abondamment. Nadeau-Dubois est jeune, il est photogénique, il fait des déclarations qui suscitent le débat et la controverse. Et il apporte des clics ! Le poids médiatique de GND est disproportionné pour le « chef » d’un quatrième parti : en fait, selon Influence Communication, Québec solidaire a été le parti ayant la plus grande présence médiatique au cours des derniers jours. Ce n’est pas peu dire.

Comme l’écrivait Mathieu Charlebois, le degré de haine et d’amour que génère Gabriel Nadeau Dubois est… spectaculaire. Ceux qui le dénigrent à coups d’exagérations et d’épithètes à la sauce soviétique ne font que motiver ses partisans. Comme quand Sun News Network se déchaînait contre Justin Trudeau. Comme quand les grands médias américains se moquaient allègrement de Donald Trump.

Qui donc, au sein de la famille néo-démocrate, pourrait faire compétition à Gabriel Nadeau-Dubois ? Excluons d’entrée de jeu les députés fédéraux actuels. Il n’y a aucun intérêt pour eux d’abandonner leur poste et leurs avantages pour une aventure si risquée. Beaucoup d’entre eux, Alexandre Boulerice en tête, sont assez proches de Québec solidaire et ne voient pas nécessairement d’un bon œil l’arrivée d’un NPD au provincial.

D’ailleurs, plusieurs militants du NPD au fédéral se retrouvent déjà dans le camp de Québec solidaire au provincial, particulièrement à Montréal. Et d’autre part, une mauvaise performance d’un NPD-Québec pourrait nuire à son grand frère fédéral. Sans oublier qu’il y aura vraisemblablement des prises de position en porte-à-faux de part et d’autre, notamment sur les questions énergétiques.

Ne restent que les autres députés élus en 2011 à la recherche d’un projet politique. Parmi eux, le nom de Raymond Côté, ancien député de Beauport-Limoilou, est celui qui revient le plus souvent. Même s’il est fort sympathique, il n’a pas la notoriété de GND, une notoriété qui ira en grandissant dès qu’il deviendra député de Gouin, le 29 mai.

Mais peu importe qui devient chef, les médias ne lui donneront pas d’emblée le même oxygène qu’à Nadeau-Dubois. Sans oxygène, il est difficile de survivre. Ou même de naître.

QS, rejeton éloigné du NPD-Québec

Pour la petite histoire, la première mouture du NPD-Québec date de 1963, après la création du Nouveau Parti démocratique du Canada. Plusieurs Québécois de renom embarquent dans le projet, dont Robert Cliche, Gérard Picard, Fernand Daoust et Charles Taylor.

La formation, surtout active en tant que section de l’aile fédérale du NPD, présente une poignée de candidats en 1970 et en 1976, mais passe son tour lors des autres scrutins. Il faut attendre au milieu des années 1980 avant de voir les néo-démocrates tenter véritablement une percée au Québec.

À l’époque, un peu comme aujourd’hui, les néo-démocrates québécois voient un vide politique au Québec et des électeurs orphelins, laissés pour compte par le PQ et le PLQ.

Avec Jean-Paul Harney comme chef, le NPD-Québec présente 90 candidats aux élections de 1985. Il n’obtient que 2,42 % des voix (ce qui demeure un sommet… !), mais les militants persistent et continuent d’y croire. Profitant de la popularité du chef fédéral Ed Broadbent et de la division qui consume le Parti québécois à l’époque, le NPD-Québec obtient des scores raisonnables dans les sondages, autour de 15 %, avec une pointe à 22 % en octobre 1987.

Malgré les sondages prometteurs, le NPD fédéral ne parvient pas à percer lors des élections de 1988. La campagne québécoise est notamment marquée par la division du parti sur la question de la langue. Avant les élections provinciales de 1989, le NPD-Québec se sépare du parti fédéral. Par la suite, le parti vivote, change de nom en 1995 pour devenir le Parti de la démocratie socialiste.

Le PDS intègre la coalition de l’Union des forces progressistes en 2002, avec le Rassemblement pour l’alternative progressiste et le Parti communiste. L’UFP fusionne en 2006 avec Option citoyenne pour créer Québec solidaire. Québec solidaire est donc l’arrière-arrière-petit-rejeton du NPD-Québec!

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6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Avec les résultats de leur dernier congrès, je crois que ce parti s’est mis très profondément un doigt dans l’oeil. Tout pour demeurer dans le dernier banc derrière la 10e opposition.

Presque surréel cet article de M. Bélanger. On vient tout juste de comprendre de quel bois se chauffe QS avec le dossier de la convergence. Pas de chef, que des porte-paroles dirigés par un comité de coordination non transparent qui renie ce qu’il veut. Parti formé maintenant par près de la moitié de fédéralistes et qui regroupe les marginalisés aux intérêts plus personnels que collectifs. La voile a maintenant plein de trous et le vent y pousse moins fort.

Précision : le Parti vert du Québec a officiellement adopté une position «de gauche et fédéraliste». Son chef Alex Tyrrell occupe déjà l’espace théoriquement réservé au NPD-Québec.

Mais depuis que l’on sait par quelles manœuvres l’establishment de QS a dissimulé l’accord du OUI-Québec pour torpiller la convergence, il est clair que ce parti est lui aussi fédéraliste.

La seule fusion (ou convergence) désormais possible n’est pas QS+ON, mais bien QS+PVQ. Quoi qu’il en soit, QS restera toujours un parti montréalo-centrique.

Si Gabriel Nadeau-Dubois apportait de la verdeur avec une pointe de rouge lors du Printemps érable ; autant je trouve qu’il a perdu beaucoup de candeur depuis ce temps-là. S’il est élu député de Gouin (bien que tout le monde prenne cela pour acquis), ce sont ici les paroles de Corneille qui s’appliquent à la perfection : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », si bien que le député GND il va devoir apprendre et faire ses preuves rapidement comme tout bon député. Pas sûr qu’on ne lui disputera pas le « bout d’gras » pour les générales de 2018.

La mystique QS voudrait relancer la « foi souverainiste » avec une autre approche, plus à gauche, plus ouverte sur les communautés culturelles et plus jeune.

Cette mise en marché de la souveraineté est habile de prime abord à une époque où se désertent les lieux de culte traditionnels. Si ce n’est que cette « nouvelle foi souverainiste » ne peut tout au plus qu’affaiblir le Parti Québécois et non placer QS comme l’alternative pour fin de créer les conditions gagnantes susceptibles de former un pays.

Cette compréhension non verbalisée du déclin inéluctable du projet de pays, pousse la classe souverainiste à vouloir désormais faire la souveraineté par la bande : D’abord une Assemblée constituante, ensuite un projet de constitution, enfin un référendum gagnant sur ce projet de constitution, puis la souveraineté ou l’autonomie selon les paramètres du projet de Constitution adopté finalement.

Autant dire qu’il n’existe pas de stratégie claire pour rendre au Québec quelque forme que ce soit d’autodétermination.

— Alors GND pourrait-il à lui tout seul (tel l’archange du même nom) occire le projet d’un NPD-Québec ?

— N’y aurait-il pas plutôt une place à prendre au Québec pour des dragons Démocrates ?

Après tout Gabriel n’est pas Saint-Michel…. Comme par les temps qui courent, nous pouvons constater que les électeurs aiment à se déterminer sur la base de mouvements sensiblement hors des appareils politiques conventionnels. La base n’est plus essentiellement partisane, elle se détermine par rapport à des projets concrets. Et c’est tant mieux !

Cela prend bien sûr pour animer de tels mouvements des personnes authentiques qui plaisent à la population ; il faut plus pourtant. Pour se faire il faut présenter un programme de gouvernement (un plan) solide et crédible.

Dans un passé encore très récent, le programme électoral du candidat présidentiel Emmanuel Macron était solide et crédible ; il était étayé financièrement. Un cadre financier détaillé (comme cela était le cas) donne une probabilité certaine lorsqu’il s’agit de conquérir le pouvoir.

Cela permet d’aller chercher qui plus est des appuis dans le milieu économique. Même si les votes sont théoriquement égaux, certains soutiens valent plus qu’un simple vote dans la quête du pouvoir.

S’il est improbable qu’un NPD-Québec puisse former le prochain gouvernement. Un programme solide de gouvernement pourrait permettre l’élection de plusieurs députés et qui sait, donner la balance du pouvoir à ce parti advenant la formation d’une Assemblée nationale minoritaire.

— À partir de cet instant, tout devient possible.

Ce qu’on devrait attendre des « Démocrates » nouvelle vague, c’est devenir en ces prochaines années ce que les libéraux de Jean Lesage ont été à l’orée des années 60 : des bâtisseurs, des visionnaires, des réformateurs, des refondateurs.

De l’audace, une ligne claire, chaleureuse, novatrice, non partisane sera toujours susceptible d’attirer la population qui sentira qu’elle a vraiment le choix, qu’elle peut exercer son pouvoir démocratique souverain dans l’intimité feutrée de l’isoloir au moment juste, le jour venu.

La gauche au Québec a l’embarras du choix.

Presque TOUS les partis politiques sont de gauche et interventionnistes, mais à des divers degrés; sauf peut-être le parti Conservateur du Québec de Adrien Pouliot.

On a besoin d’un parti NPD Québec autant qu’un poisson peut avoir besoin d’une bicyclette.

Plus je lis sur le web les commentaires des péquistes déçus de ne pouvoir s’unir à QS et plus je me demande bien pourquoi ces mêmes péquistes rampaient devant GND voulaient tant courtiser Québec solidaire il y a moins d’une semaine.

QS est pourtant le même parti aujourd’hui qu’il était en fin de semaine dernière. Il n’a pas changé d’un iota.

Manque de jugement de leur « leader » Lisée? Fort probablement. Il lui aurait pourtant suffi de se renseigner sur le programme facilement accessible de QS et de lire le CV de GND pour constater qu’il n’y avait aucune convergence possible entre les deux formations; mais…bon…l’amateurisme et le bas opportunisme l’ont emporté avec les conséquences désastreuses pour le PQ que l’on connaît.