Valse organisationnelle au chevet de l’Ukraine

Depuis la réaction musclée de Moscou au changement de pouvoir en Ukraine, les scenarii d’intervention n’ont cessé de se multiplier. Qui de l’ONU, de l’UE ou de l’OTAN réagira en premier ? À moins qu’il n’y ait un autre joueur moins connu…

Photo : AFP / Getty Images
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Depuis la réaction musclée de Moscou au changement de pouvoir en Ukraine, les scenarii d’intervention n’ont cessé de se multiplier.
Politique
Qui de l’ONU, de l’Union européenne (UE) ou de l’OTAN réagira en premier ? Et si l’Organisation de sécurité et de coopération en Europe (OSCE), cette grande inconnue, s’imposait comme la grande gagnante de ce jeu de pronostics ?

Quand l’OTAN fait dans la mesure…

Si l’OTAN a été une des premières à se faire entendre, elle l’a fait avec une mesure inhabituelle pour une organisation qui est maintes fois intervenue hors des dispositions prévues par le Traité de l’Atlantique Nord.

En effet, en tant qu’alliance militaire, l’OTAN est compétente pour intervenir en cas d’agression d’un de ses membres.

Ce sont les fameuses dispositions de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord qui disposent que «les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles […] sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties».

Cet article n’a été invoqué qu’une seule fois, au lendemain des attaques terroristes du 11 septembre. Son activation donne lieu à une réponse collective des membres de l’alliance au bénéfice du membre attaqué.

L’article 4, quant à lui, prévoit des modalités de consultation «chaque fois que, de l’avis de l’une d’elles, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties sera menacée».

Et c’est bien là que le bât blesse.

L’Ukraine est seulement liée à l’OTAN par une charte de partenariat spécifique datant de 1997. Cette relation privilégiée s’inscrit dans le cadre du Partenariat pour la paix que l’OTAN a instauré avec les anciens États du bloc de l’Est afin d’accroître son influence et, surtout, de conserver sa pertinence avec la disparation de la menace soviétique.

Ces partenariats sont conçus de manière flexible et axés sur les besoins de l’État partenaire. Dans le cas de l’Ukraine, le soutien de l’OTAN porte surtout sur la réforme du secteur de sécurité et sur la coopération entre militaires. En vertu de ce partenariat, l’Ukraine a contribué aux opérations de l’Alliance en Afghanistan, au Kosovo et au sein d’OceanShield, la mission de lutte contre la piraterie menée par l’OTAN dans le golfe d’Aden.

Dans la plupart des cas, la conclusion du partenariat débouche assez naturellement sur l’adhésion du pays partenaire à l’alliance.

Ironie de l’histoire, l’Ukraine a été l’un des tout premiers du bloc soviétique à bénéficier de ces mesures. Aux lendemains de la Révolution orange, elle s’était même engagée dans une série de réformes pour se porter candidate à l’adhésion, une décision sur laquelle le président déchu Viktor Ianoukovitch est revenu en 2010.

… pour ne froisser personne

La mise à pied de Ianoukovitch n’a sans doute pas manqué d’inquiéter Vladimir Poutine sur ce point.

Dès avril 2008, au sommet de Bucarest, les dirigeants des pays de l’OTAN ont convenu que l’Ukraine pourrait devenir membre de l’OTAN à l’avenir.

L’épisode n’est pas sans rappeler la crise géorgienne : l’ouverture des négociations entre la Géorgie et l’OTAN, le 18 septembre 2006, avait conduit à une crise durable entre la Russie et la Géorgie. Une crise qui s’est conclue, en 2008, par l’application d’un plan militaire russe de guerre contre la Géorgie et devant consacrer l’indépendance des régions séparatistes et majoritairement russes de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.

Reste les enjeux politiques et symboliques. Sur le plan politique, mobiliser l’OTAN sans l’aval des États-Unis est impossible, et on sait le peu d’empressement de l’administration Obama à voler au secours de l’Ukraine dans un contexte où elle a plus que jamais besoin de l’appui de la Russie dans d’autres dossiers.

Sur le plan symbolique, un déploiement de l’OTAN à la frontière russe aurait des relents d’un autre âge, dans un contexte où le Secrétaire général de l’OTAN a affirmé, il y a un mois, que «personne ne veut voir ressurgir les lignes de division et l’hostilité du passé — arrêtons donc d’utiliser les mots et les méthodes du passé, et allons de l’avant».

D’autant plus que la Russie est elle aussi liée à l’OTAN par un partenariat qui prend corps au sein du Conseil OTAN-Russie (COR), créé en 2002.

Même si la Pologne, soucieuse des développements en Ukraine, a invoqué — le 4 mars dernier — l’article 4 pour saisir l’alliance, la seule réponse envisageable par l’OTAN reste le dialogue avec la Russie via le COR.

L’UE et l’ONU hors course

Autre possibilité pour l’OTAN d’intervenir : invoquer une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies. Sauf à considérer un refus de siéger de la Russie, cette option est irréaliste, dans la mesure où la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, y dispose d’un droit de veto.

De son côté, l’UE peine à parler d’une voix unique, ses membres ne s’accordant déjà pas sur la conduite à tenir pour le prochain G8.

Dès lors, que dire de la perspective d’une intervention européenne, dans un contexte où un quart du gaz consommé au sein de l’UE provient de la Russie et 60 % transite par l’Ukraine ?

Le chantage au gaz est donc un argument de pression important sur les vingt-huit, dont la dépendance au gaz russe varie de 100 % (pour les pays baltes) à 15 % (pour la France).

Si une voix européenne sort grandie de la confrontation avec le voisin russe, c’est bien celle d’Angela Merkel, qui est parvenue à faire accepter la création d’un groupe de contact à Vladimir Poutine.

Et l’OSCE renait de ses cendres

C’est dans ce contexte de victoire par K.O. que le nom de l’OSCE a été ressorti des tiroirs. Et c’est une aubaine pour une organisation souvent qualifiée de moribonde, mais qui a plus d’un atout à faire valoir dans cette crise.

Il s’agit de la seule organisation qui réunisse autant les pays de l’Union européenne que les États-Unis, l’Ukraine et la Russie.

Son mandat, établi par l’acte d’Helsinki de 1975 dans un contexte de détente, est justement de faciliter le dialogue entre l’Est et l’Ouest sur les questions de sécurité.

L’organisation s’est illustrée lors des crises en Bosnie et au Kosovo et, plus récemment, en Géorgie. Surtout, il s’agit d’une organisation peu menaçante aux yeux de Moscou, qui fait tout pour rappeler que sa voix compte sur les enjeux de sécurité européenne. Quitte à employer la manière forte…

Clara Egger
Chercheure en résidence, Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires
Chaire @RDandurand @UQAM

 

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À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte plus de 30 chercheurs issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.

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En principe quelques soient les organisations, les grandes puissances militaires du monde ont fondé leurs stratégies sur une base de coopération et de réciprocité. Jusqu’à présent, la chose a relativement bien marché, permettant de limiter les conflits à des points précis dans le monde, évitant ainsi le développement toujours possible de conflits généralisés.

Ainsi, on contrôle le localisé pour éviter un prochain grand embrasement.

Cela n’est pas parfait, mais c’est moins pire qu’une vaste guerre mondiale dans laquelle plus aucune organisation politique, militaire et diplomatique ne disposera du moindre contrôle puisque même les puissances encore dominantes militairement ne disposent pas d’une quelconque suprématie et seule la puissance engagée sur le terrain, sur mer ou dans les cieux est susceptible de faire une réelle différence temporairement.

— Dans ce concert des nations, la Russie fait sa part et reste un partenaire fidèle et relativement plutôt fiable dans ce dispositif de collaboration.

En ce sens la question qui se pose, c’est de savoir qui devrait impérativement être le premier pour tirer sur la gâchette. Et accessoirement, si cela vaut vraiment le coût de déclencher une guerre mondiale dans laquelle il deviendrait peu glorieux mais stratégiquement parlant très intéressant de faire usage de l’arme suprême. Je veux parler ici de la maîtresse de tous les champs de bataille : les bombes atomiques qui ont désormais un pouvoir de destruction et une possibilité de déplacement planétaire assez considérable pour faire passer les bombes utilisées à Hiroshima et Nagasaki pour de simples pétards mouillés aux vapeurs hallucinogènes.

L’interrogation est pour moi de savoir, si un pays corrompu, même si les ukrainiens sont des gens bien sympathiques, noyé par ses dettes avec une classe politique tous partis confondus, objectivement qui ne se mériterait nulle part au monde d’exercer quelque mandat au service des citoyens ; qu’il soit justifiable politiquement et stratégiquement pour le bien des gens, de déclencher ce qui cette fois-ci sera belle et bien la « der-des-ders. »

Pour celles et ceux qui n’ont pas les connaissances en histoire je rappellerai que la « la der-des-ders », c’était la guerre de 14-18 dont on célèbre justement le centenaire ces derniers temps.

Quant à moi, je ne miserais pas un kopeck (1/100ième de rouble) sur la capacité des ukrainiens de s’attirer encore pour longtemps toutes les sympathies de l’occident. Usuellement quand il faut financer des personnes endettées jusqu’à la moelle, elles vont devoir obéir ou bien s’effacer.

Pour cette raison, je ne serais pas étonné outre mesure que la population de l’Ukraine ne trouve la pilule un peu dure à avaler avant peu. Pas mal plus indigeste à ce mettre en bouche que la bonne vieille pilule Russe qui jusque-là faisait encore ses preuves.

— Prenons garde aux excès de médications. Après tout, Il en va encore de notre équilibre et de notre santé. « Nasdarovie ! » (Santé)

Nota : Angela Merkel parle très bien le russe, cela aide peut-être pour faire avancer les négociations.

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