Vent de jeunesse sur la colline

Non seulement la vague orange a rajeuni la Chambre, elle a amené à Ottawa des jeunes à l’aise avec les réseaux sociaux… et le soccer !

Vent de jeunesse sur la colline
Hoang Mai (photo : NPD)

On est loin des Zinedine Zidane et David Beckham au tournoi de soccer qui réunit chaque printemps une quinzaine de députés fédéraux de tous les partis au collège Ashbury, dans un quartier huppé d’Ottawa. Lors de ce tournoi amical qui oppose les élus à des journa­listes et à des diplomates étrangers, les députés sont même parfois hilarants tant ils ne savent pas quoi faire de ce ballon qui arrive soudainement au bout de leur pied ! Mais attention, la « vague orange » qui a déferlé sur le pays ce printemps a aussi balayé le terrain de soccer, modifiant l’allure du tournoi. Cette même vague orange qui a redéfini le visage d’une Chambre des communes marquée par des années de stagnation, en lui apportant jeunesse, vigueur et talent.

Avant l’élection fédérale du 2 mai dernier, le Parlement comptait deux députés de moins de 30 ans. Au sein de la seule équipe de 103 néo-démocrates, 20 sont dans la vingtaine et 11 dans la trentaine. Et du nombre, certains ont grandi en jouant au soccer, devenu dans certaines régions le sport le plus populaire. C’est le cas des députés du NPD Hoang Mai, 37 ans, et Ève Peclet, 22 ans. Hoang Mai est même l’entraîneur d’une équipe dans la banlieue sud de Montréal.

« Hoang n’a pas besoin d’aller sur les lignes de touche pour reprendre son souffle. Il représente bien la nouvelle génération de députés », dit Peter Stoffer, député du NPD de la région de Halifax et gardien de but. Stoffer, élu pour la première fois en 1997, dit que son nouveau collègue « sera une vedette ».

Membre actif du parti de Jack Layton depuis quelques années, Hoang Mai, notaire montréalais né de parents vietnamiens, a rapidement impressionné les vétérans de tous les partis par son sang-froid à la Chambre des communes et son enthousiasme pour ses nouvelles fonctions.

Non seulement la vague orange a rajeuni la Chambre, mais elle a amené à Ottawa des jeunes à l’aise avec les réseaux sociaux et aptes à atteindre les électeurs là où ils se trouvent. Et avec cette jeune relève, le NPD n’aura pas de difficulté à se démarquer des autres partis fédéraux.

Les conservateurs n’ont pas de vedette montante au Québec, où leur caucus a fondu de moitié à la dernière élection. Le lieu­tenant politique du parti, le ministre de l’Industrie, Christian Paradis, devra tenter de trouver de nouveaux candidats et un message qui réussira enfin à attirer le vote des jeunes familles québécoises.

Chez les libéraux, qui ont perdu des plumes à la Chambre des communes pour une quatrième élection de suite, difficile de parler de Denis Coderre, Justin Trudeau ou Bob Rae comme des représentants d’un renouveau politique. Ils devront attendre la course au leadership, en 2013, pour trouver du sang neuf.

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HOANG MAI

Âge : 37 ans
Notaire
Objectif politique : « Représenter les intérêts de la population de Brossard-La Prairie à Ottawa, particulièrement en ce qui concerne le pont Champlain. »

 


ÈVE PECLET

Âge : 22 ans
Étudiante en droit à l’Université de Montréal
Objectif politique : « Je veux que les jeunes soient entendus, que les familles soient heureuses et stables financièrement, que toutes les personnes âgées de ma circonscription aient un revenu stable et suffisant. »

 

Dans ce contexte, le NPD tente de s’établir sur la scène fédérale comme un prétendant crédible au pouvoir. Et telle l’équipe de sport professionnelle dont le club-école est prêt à fournir des renforts, le parti entend faire « monter » ses recrues de talent dans le grand club. Dès le lendemain de l’élection, le NPD a mis en œuvre une stratégie pour s’assu­rer que ses nouveaux élus apprennent leur métier en commettant le moins d’erreurs de débutants possible, tant à Ottawa que dans leur circonscription.

On a affecté un mentor à chaque recrue. Pour Hoang Mai, il s’agit d’Olivia Chow, conjointe de Jack Layton, qui représente une circonscription torontoise depuis 2006. Ève Peclet, elle, apprend son métier aux côtés de Niki Ashton, députée du nord du Manitoba depuis 2008.

Pour donner à chacun l’occasion de rompre la glace, le leader à la Chambre, Thomas Mulcair, s’est assuré que chaque député a eu au moins une occasion de participer aux débats durant les quatre semaines où la Chambre a siégé, en juin, ou encore durant les 58 heures d’obstruction systématique du NPD au moment de l’adoption de la loi sur le retour au travail à Postes Canada.

Certains nouveaux élus qui ont davantage d’expérience en public sont déjà considérés comme des valeurs sûres, tel le syndicaliste Alexandre Boulerice (Rosemont-La Petite-Patrie).

Hoang Mai confirme que les nouveaux élus ont pris au sérieux leurs premières présences à la Chambre, un peu comme des sportifs qui veulent se faire remarquer par leurs entraîneurs lors des matchs préparatoires. « Il y avait de la pression, beaucoup de gens espéraient qu’on se casse la gueule. »

Après s’être trouvé un pied-à-terre à Ottawa (et parfois aussi dans leur circonscription), les députés ont dû trouver des bureaux, embaucher des adjoints et faire connaissance avec les autres élus locaux. Puis, ils ont rencontré leurs électeurs et ont commencé à assurer les services de base, que ce soit des cas d’immi­gration ou des demandes de passeport.

La prochaine étape : utiliser le système d’envois postaux offert gratuitement par la Chambre des communes et par Postes Canada pour inonder les boîtes aux lettres de leurs électeurs de messages politiques. « Ce sont ces détails qui font que les autres partis ont tant de difficulté à déloger les députés néo-démocrates », affirme le directeur national du parti, Brad Lavigne, qui dit que les députés bloquistes négligeaient cet aspect de leur travail.

Pour espérer ravir le pouvoir aux conservateurs en 2015, le NPD devra compter sur ses recrues, mais aussi sur d’autres nouveaux candidats, pour occuper les quelques dizaines de sièges supplémentaires nécessaires à la formation, à tout le moins, d’un gouvernement minoritaire.

Le parti a déjà dans ses rangs Pierre-Luc Dusseault, étudiant en sciences politiques à l’Université de Sherbrooke, qui, à 19 ans, est devenu le plus jeune élu dans l’histoire du Parlement. Lors d’une partie de soccer contre les journalistes en juin, sa conjointe, Joanie Boulet, est venue l’encourager. Devant une bière après le match, l’étudiante en notariat à l’Université de Sherbrooke faisait remarquer aux journalistes qu’elle était partisane du NPD depuis sa tendre enfance. Et que parmi les quatre circonscriptions encore entre les mains du Bloc québécois au Québec, il y avait Richmond-Arthabaska, juste au nord de Sherbrooke, son lieu de résidence actuelle…

 

 


PIERRE-LUC DUSSEAULT
Âge :
20 ans
Étudiant en sciences politiques à l’Université de Sherbrooke
Objectif politique :
« Porter la voix de ma génération à la Chambre des communes, redorer l’image des politiciens et améliorer la participation des jeunes en politique. » (Photo : A. Wyld / PC)


ALEXANDRE BOULERICE

Âge : 38 ans
Conseiller syndical aux communications au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP)
Objectif politique : « Améliorer la justice sociale, la démocratie, et défendre l’environnement. »