Vers une majorité à Ottawa ?

Si la pandémie au pays se stabilise et ralentit d’ici le printemps, les Canadiens se rendront probablement aux urnes. Voici à quoi pourrait ressembler le résultat, selon les prévisions de Qc125.

Montage : L'actualité

Y aura-t-il des élections fédérales au Canada en 2021 ? Les taux d’infection au coronavirus (COVID-19) grimpent en flèche au Québec et ailleurs au pays. Les provinces attaquent le fédéral sur la lenteur de la distribution des vaccins, alors que ce dernier déplore la lenteur de la vaccination, administrée par les provinces. Électoralement, ce va-et-vient politique n’est évidemment pas de bon augure à court terme. Si l’état de la pandémie au pays continue de se détériorer, bien des politiciens à Ottawa, tous partis confondus, essaieront d’éviter de forcer la tenue d’élections au milieu d’une crise.

Toutefois, si la propagation du virus au pays se stabilise et ralentit d’ici le printemps, c’est un secret de polichinelle que les Canadiens devront probablement se rendre aux urnes pour élire un nouveau gouvernement fédéral. Même s’ils ne sont pas défaits en Chambre lors d’un vote de confiance, les libéraux de Justin Trudeau pourraient être tentés par des sondages favorables et ainsi essayer de regagner la majorité qu’ils ont perdue aux élections générales d’octobre 2019. S’agirait-il d’une stratégie risquée ? Sans doute. Néanmoins, rappelons que trois élections provinciales ont eu lieu à l’automne 2020 et que dans chacun des cas, le parti au pouvoir a été réélu avec une majorité (le Parti conservateur au Nouveau-Brunswick, le NPD en Colombie-Britannique et le Parti saskatchewanais en Saskatchewan).

Voici donc les plus récents chiffres de la mise à jour fédérale Qc125. Vous trouverez la liste complète des sondages fédéraux sur cette page.

Selon le modèle électoral Qc125, le Parti libéral du Canada se maintient en tête, avec une moyenne de 36 % des intentions de vote au niveau fédéral. Depuis la fin novembre, les maisons de sondages au pays ont mesuré des appuis de 34 % à 40 % pour le PLC. Cette fourchette entre les différentes firmes peut sembler large au premier regard, mais il ne s’agit pas ici d’un écart particulièrement anormal. D’ailleurs, le modèle mesure une incertitude d’environ ± 5 points (sur une distribution gaussienne, voir graphique ci-dessous), ce qui signifie que, dans 95 % des simulations, le PLC se trouve entre 31 % et 41 % au niveau national.
De son côté, le Parti conservateur du Canada se situe à une moyenne de 30 %, avec des sondages oscillant entre 29 % et 33 % au cours de la même période. Ce niveau d’appuis est resté étonnamment stable tout au long de 2020, et ce, malgré une course à la direction et l’arrivée d’Erin O’Toole à la tête de la formation. Le PCC demeure compétitif, mais un tel écart entre ce dernier et le PLC se traduirait assurément par une victoire libérale quant au total de sièges, car le vote conservateur est toujours fortement concentré en Alberta et dans les Prairies.


Les sondages semblent avoir détecté une hausse modeste de quelques points du côté du NPD à la fin de 2020. Alors que les appuis au parti de Jagmeet Singh s’étaient maintenus entre 14 % et 17 % pendant toute l’année 2020, les firmes Léger, Ipsos, Research Co. et Angus Reid ont mesuré des appuis nationaux entre 19 % et 23 % pour les néo-démocrates en novembre et décembre. Cette hausse pourrait n’être qu’une fluctuation éphémère, alors nous devons attendre davantage de données pour savoir s’il s’agit d’une nouvelle tendance.


Sur le graphique ci-dessus, les chiffres indiquent les moyennes de sièges par partis, et les bandes colorées, les intervalles de confiance de 95 %. Pour les détails, visitez la page fédérale de Qc125.

En fonction des sondages fédéraux des dernières semaines par régions et par tranches démographiques, voici la projection de sièges :

La moyenne de la projection de sièges du Parti libéral s’élève à 170 — directement sur le seuil de la majorité à la Chambre des communes. Si nous comparons ces chiffres aux résultats des élections de 2019, nous remarquons que le PLC surperforme dans les provinces de l’Atlantique et en Colombie-Britannique. Les chiffres en Ontario, où le PLC se maintient en première place, n’ont pas bougé de façon significative depuis les élections.

Même si les sondages fédéraux des derniers mois sont demeurés généralement stables et favorables au PLC, atteindre le seuil des 170 sièges requis pour une majorité à Ottawa — d’un point de vue purement mathématique — serait loin d’être un fait accompli. Le PLC doit garder tous ses acquis de 2019 et trouver au moins 13 circonscriptions additionnelles.

Les conservateurs maintiennent leur domination en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba (hors de Winnipeg) et dans les régions rurales de la Colombie-Britannique et de l’Ontario.

Au Québec

Somme toute, les intentions de vote fédéral sont demeurées généralement stables au Québec en 2020. Naturellement, lorsque nous analysons les sous-échantillons régionaux des sondages, l’incertitude des données augmente (car les échantillons sont plus petits). Néanmoins, comme nous pouvons compter sur de nombreux sondages fédéraux (plusieurs chaque semaine), nous pouvons déceler des tendances.

Le PLC fait meilleure figure dans la province que son résultat de 2019, mais l’écart reste modeste : le parti se trouve en tête, avec une moyenne de 37 % au Québec, alors qu’il avait obtenu 34 % des suffrages dans la province lors des dernières élections :

Le Bloc québécois n’est pas loin derrière, avec une moyenne de 30 % (comparativement à 32,5 % en 2019). Les appuis au Bloc sont stables pour le moment. Toutefois, ils reposent sur une base d’électeurs qui seront assurément dans la ligne de mire du chef conservateur Erin O’Toole dans les prochains mois. Ailleurs au pays, le PCC est la formation dominante dans les régions rurales et elle est compétitive dans plusieurs banlieues des métropoles canadiennes — des tranches démographiques où le Bloc remporte presque l’entièreté de ses sièges au Québec. Or, depuis son arrivée à la tête du PCC, O’Toole a multiplié les entrevues dans les médias francophones québécois, y compris à l’émission Tout le monde en parle. Reste à voir si ses efforts porteront des fruits d’ici les élections, car les sondages n’ont pas détecté de mouvement en faveur du PCC jusqu’à maintenant.

Voici la projection de sièges fédéraux au Québec:
Les libéraux remportent une moyenne de 39 des 78 sièges fédéraux au Québec et le Bloc, 28. Les conservateurs maintiennent leurs acquis avec 10 sièges. Le député Alexandre Boulerice, dans Rosemont–La Petite-Patrie, demeure toujours le seul espoir du NPD au Québec.

Ces projections indiquent clairement à quel point il est difficile pour tout parti d’atteindre le seuil de la majorité sans une performance dominante au Québec. Du côté des libéraux, même la perte d’une poignée de circonscriptions dans la province rendrait cette tâche quasi impossible. Pour les conservateurs, avec des miettes dans les provinces de l’Atlantique et à peine une dizaine de députés au Québec, atteindre les 170 sièges requis est un défi colossal. Certes, Stephen Harper a remporté sa majorité « sans » le Québec en 2011, mais ce fut aussi le pire score du PLC depuis la Confédération (19 % des suffrages et 34 sièges au pays), un scénario qui ne risque pas de se répéter à court terme.

Nous continuerons de suivre les chiffres en vue de la prochaine campagne fédérale, peu importe quand elle surviendra au cours de 2021.

Pour tous les chiffres de cette projection, visitez la page fédérale de Qc125.

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Je ne crois pas qu’actuellement nous soyons entrés dans une logique électorale. Lors d’un prochain dépôt du budget au printemps un refus du NPD de le voter pourrait changer la donne. Mais… Il fait peu de doute cependant que le PLC ne se garde des marges pour répondre favorablement aux demandes du NPD.

On ne peut que constater que monsieur Trudeau est à l’aise avec cette forme d’exercice du pouvoir, de sorte que l’urgence de la quête d’une majorité ne semble pas être une priorité.

Je ne serais pas même surpris que ce mandat minoritaire aille jusqu’à son terme ou à tout le moins jusqu’à la fin de l’année ou l’année prochaine. Une réussite de la vaccination serait un argument puissant pour se reconduire au pouvoir lors d’une élection.

Comme notre système électoral ne donne pas beaucoup de chances de permettre à un tiers parti d’exercer un mandat de gouvernement, la performance d’Erin O’Toole sera fondamentale pour envisager un quelconque retournement de situation.

Indubitablement le chef conservateur attire les sympathies, il est plus « progressiste » que son prédécesseur et peut-être grâce aux conseils de Brian Mulroney, il serait susceptible de pouvoir remporter une bataille du Québec. Encore faudrait-il une contre-performance du Bloc Québécois ou un désaveu de l’électorat libéral pour Justin Trudeau ou les deux à la fois.

Sous-estimer monsieur O’Toole serait une erreur, je le sens capable de faire des gains partout au pays. Reste à savoir si ceci serait suffisant pour former le gouvernement. Les chiffres tels que présentés par Philippe J. Fournier ne semblent pas refléter cette tendance… pour le moment.

Les dernières semaines ont montré un gouvernement libéral sous l’égide du PM Trudeau complètement déboussolé en matière sanitaire et cela pourrait laisser des traces indélébiles. Le cafouillage des voyages n’en est qu’une partie et la vaccination est un problème qui risque de prendre beaucoup d’ampleur dans les prochaines semaines. C’est bien beau l’économie et les pipelines mais quand on perd un être cher, on est moins enclin à pardonner.

Actuellement, il est ironique de constater que Trudeau et ses libéraux gouvernent comme si nous avions la proportionnelle, avec l’appui d’autres partis. Quand les élections vont être déclenchées, nous retournerons au tout pour soi et rien ne prouve que les libéraux seront aussi chanceux que lors de la dernière élection surtout s’il y a d’autres dérapages au sujet du virus qui sera avec nous pendant encore plusieurs mois, voire années.