Vert de rage !

Le règlement, c’est le règlement. Les «chars» ont un droit inaliénable à leur «parking» dans Ville-Émard… envers et contre les propriétaires qui ne veulent pas d’une dalle de béton dans leurs platebandes.

PolitiqueIl y a de quoi être vert de rage à la lecture d’un article de ma collègue du Devoir, Jeanne Corriveau, vendredi. Dans l’arrondissement du Sud-Ouest, l’administration du maire Benoit Dorais tente d’arracher 2 500 dollars à une famille qui a eu la folle idée de remplacer un garage par un peu de verdure.

Le maire Dorais apparaît sous un bien mauvais jour dans cette histoire où s’entremêlent l’application zélée du règlement d’urbanisme et la cupidité bureaucratique.

Isabelle Longtin et Vincent Morisette ont décidé de démolir un garage vétuste, dans le quartier Ville-Émard, afin de verdir et d’agrandir la cour… pour le plus grand bonheur de leurs enfants.

Or, le règlement d’urbanisme de l’arrondissement est formel : ils doivent aménager un espace de stationnement, dans la cour, pour remplacer le garage. Peu importe si le garage était à l’abandon depuis une dizaine d’années. Peu importe si la ruelle est inaccessible l’hiver parce qu’elle n’est pas déblayée.

Le règlement, c’est le règlement. Les «chars» ont un droit inaliénable à leur «parking» dans Ville-Émard… envers et contre les propriétaires qui ne veulent pas d’une dalle de béton dans leurs platebandes.

Le couple a tenté de raisonner avec l’administration Dorais. Peine perdue. Une surface de stationnement plus petite, en pavés ? Non. Une porte de clôture élargie pour permettre le passage d’une voiture, au cas où ? Non. Une promesse d’aménager un stationnement en bonne et due forme à la revente ? Non, non et non.

Le règlement, c’est le règlement. Il poursuit un objectif rationnel : éviter la prolifération des voitures stationnées dans les rues. Toujours plus pratique, et plus facile de les cacher dans la cour.

À la limite, on peut apprécier la droiture de Benoit Dorais. Il ne fait pas de compromis avec l’application des règlements municipaux. Il n’accorde aucun passe-droit. Les règles sont claires, et elles sont les mêmes pour tout le monde dans le Sud-Ouest.

Et c’est là que cette histoire d’absurdité bureaucratique devient carrément indécente. L’administration Dorais a trouvé un compromis pour le couple Longtin-Morissette. La seule option, a dit le maire, c’est que le couple paie 2 500 dollars pour obtenir une exemption !

Finalement, l’application du règlement et monnayable. À partir de 2 500 dollars, l’administration Dorais ne se soucie plus de la prolifération des voitures dans la rue. À ce prix-là, le maire ne se soucie guère des familles moins nanties de son quartier, qui n’auront pas les moins de payer cette taxe déguisée pour avoir un peu de gazon.

Un conseiller d’opposition de Projet Montréal, Alain Vaillancourt, a décrié l’approche du maire Dorais en des termes éloquents. «Pour nous, c’est une position difficile à défendre. Que quelqu’un indemnise la Ville pour verdir sa cour, ce n’est pas une orientation qu’on trouve intéressante», affirme-t-il.

Une taxe probéton ou une taxe antigazon. Appelez-la comme vous voulez, cette mesure est d’une infâme stupidité.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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J’ai bien lu votre article tout comme celui de Jeanne Corriveau ; il y a une petite chose qui néanmoins me chicotte, c’est de constater sur la photo que le vieux garage est détruit. Dans aucun de ces deux articles, il n’est fait mention du fait que ce couple de Ville-Émard ait obtenu un permis de démolir, ni non plus l’obtention d’un permis pour travaux, puisque ce couple entend procéder à un aménagement paysagé de leur cour arrière.

Ainsi dans cette affaire — je ne sais pas si c’est vrai –, nous avons l’impression de personnes qui mettent l’administration devant un « fait accompli » puis par après informent les journalistes, car cela donne une bonne histoire, en même temps cela donne un certain rapport de force puisque la presse est un peu ce « troisième pouvoir »….

Usuellement, où que vous viviez, vous devez avant de procéder à des travaux, vous enquérir des règlements municipaux. J’en conclus que logiquement ces personnes devaient savoir ce qu’elles faisaient. D’autre part, posséder un garage en ville a une valeur des plus certaines, surtout par les temps qui courent. Rien n’empêchait ces personnes d’aménager cet emplacement pour d’autres usages. Ce peut même devenir un espace habitable au besoin.

C’est pourquoi, je dois dire, le récit de cette affaire me laisse un peu sur ma faim. On cherche à montrer la rigidité d’une part du règlement, puis la vénalité et le manque d’empathie de Benoit Dorais. — Ne cherche-t-on pas à faire ici de la petite politique ?

À ce titre payer 2500$ une dérogation (exemption), pour régler un problème qui a fort mal commencé, ce n’est pas trop cher payé. C’est ce me semble un compromis des plus raisonnable que quant à moi je n’hésiterais pas à considérer.

Si ces personnes estiment que leurs droits citoyens ne sont pas respectés, elles ont toujours la possibilité de recourir aux tribunaux. Cela leur reviendra probablement à plus de 2500$. — Sans aucune garantie du moindre résultat.

Quant au fait que : « le maire ne se soucie guère des familles moins nanties de son quartier » (sic) ; faites-nous rire un peu merci… Les familles les moins nanties peuvent rarement devenir propriétaires de triplex et si elles le pouvaient justement, elles seraient sans doutes respectueuses des règlements.

Votre rectitude dans l’analyse d’une situation amène souvent une réflection intéressante , une 2e vision des choses. Monsieur Drouginsky c’est un plaisir de vous lire.

Il est logique que le gouvernement applique des règles concernant l’aménagement du territoire pour conserver une certaine uniformité parmi les domiciles. En effet, si tout le monde commençait à détruire son garage ou à modifier l’agencement de son terrain de n’importe quelle manière, ça poserai peut-être un problème pour la préservation du prestige des quartiers de Québec. De plus, si cette famille décidait de vendre sa maison pour aller s’installer ailleurs, peut-être que très peu de gens seulement seraient intéressés à l’acheter parce que la majorité des personnes utilisent au moins une voiture et ont donc besoin d’un garage. Par contre, ce qui est ridicule, c’est qu’il n’y a aucune règle concernant un maintien minimum de l’état du garage. Dans le cas en question, le garage était inutilisable et inutilisé. Donc personne n’aurait pu s’en servir sans le rénover au complet. C’est pourquoi ce cas-là est particulier; il est ridicule de mettre de la pression sur cette famille qui ne fait que rajouter un peu de vert dans notre monde si gris.