Une rentrée signée Accurso

Tony Accurso a déjà accompli un exploit en retardant son inévitable rendez-vous avec la commission Charbonneau. Mais la Cour suprême a statué, vendredi : l’entrepreneur devra bel et bien confronter son passé à partir du 2 septembre prochain. «Vivement l’automne», dit Brian Myles.

Antonio Accurso;
Photo : La Presse Canadienne

Il était à peu près temps. La Cour suprême du Canada a rendu une décision importante, vendredi, pour accélérer la conclusion des travaux de la commission Charbonneau.

PolitiqueLa Cour a entendu en accéléré la demande d’autorisation d’appel de l’entrepreneur Tony Accurso… pour le débouter aussitôt. Fidèle à son habitude, le tribunal n’a pas justifié sa décision (les demandes d’appel sont soit acceptées, soit refusées, sans plus d’explications).

En gros, Tony Accurso vient de perdre son pari. Il peut bien ouvrir de nouveaux fronts dans sa guérilla juridique pour échapper à la commission, mais c’est peine perdue.

Le plus haut tribunal du pays vient de donner le feu vert aux procureurs de la commission Charbonneau. Tony Accurso sera au menu de la rentrée. À partir du 2 septembre, il livrera l’un des témoignages les plus attendus et les plus pertinents depuis le début de la commission.

L’entrepreneur a déjà accompli un exploit en retardant son inévitable rendez-vous avec la commission Charbonneau. Pour la petite histoire, voilà un peu plus d’un an qu’il a reçu sa citation à comparaître. De rendez-vous médicaux en débats de droit, il a réussi à s’esquiver pendant tout ce temps.

Pour l’égalité des citoyens devant la justice, on repassera. Seuls les bien nantis peuvent se permettre le luxe de payer les meilleurs avocats pour étirer le temps.

Les arguments de droit sophistiqués avancés par l’entrepreneur auront servi en grande partie d’écran de fumée. Certes, l’entrepreneur accusé de fraude dans trois dossiers distincts a des raisons de s’inquiéter pour son droit au silence et son droit à un procès juste et équitable.

Cela ne lui donne pas le droit de multiplier les procédures dans l’espoir que la commission soit forcée de conclure ses travaux sans l’avoir interrogé.

Le juge de la Cour supérieure Jean-François Buffoni avait vu juste, en mai dernier. La commission Charbonneau n’est pas une enquête criminelle, et elle n’abordera pas les dossiers qui font l’objet d’accusations criminelles avec Tony Accurso. Qui plus est, les juges pourront prendre des mesures pour assurer l’équité des trois procès à venir de M. Accurso.

 «La pertinence et l’utilité du témoignage de M. Accurso crèvent les yeux», écrivait le juge Buffoni.

Tony Accurso sera enfin confronté à son passé. L’étendue de son réseau d’affaires, ses méthodes pour bâtir un petit empire, ses liens avec des personnalités du monde syndical et politique : il y aura amplement de terrain à couvrir avec lui, sans même qu’il ne soit nécessaire de parler des enquêtes de l’UPAC. Vivement l’automne.

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À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Tout çà…sous impunité.Croire qu’il laissera passer la petite faille, la petite miette de pain qui permettra aux enquêteurs de progresser, relève plus du pieux souhait que de la réalité.

Qu’a-t-il donc à cacher de plus? Qui protège-t-il plus que lui-même?

Un jour faudra se demander qui est plus coupable celui qui a acheté, qui a offert le pot de vin ou celui qui l’a accepté et s’est fait acheter?
Pour ma part, ce sera toujours celui qui était en devoir de faire son travail honnêtement. ( Il y aura toujours de ces travailleurs qui blameront les Tim Horton’s de leurs avoir fait perdre du temps de travail parce qu’ils y ont trainé les pieds plus que de raison.)
Le corrupteur ou le corrompu?
L’un n’existerait pas sans l’autre.

Dans l’entreprise privée ce sont des procédures normales qui font parties de la vente ( dans toutes les industries…) Doit-on blâmer Tony Accurso d’avoir maximisé ses relations d’affaires?

Qui sont ceux qui lui ont permis de devenir aussi puissant?

Personne n’osera s’en prendre à cet homme. Petit empire mon oeil ! L’emprise de ce monsieur sur la société québécoise relève des pouvoirs de l’ombre. Quiconque s’élèvera contre sa machine en paierai le prix de sa … La Commission Charbonneau ne fera qu’effleurer le sujet de la corruption. Même ses membres éprouveront de petites peurs à poser des questions indiscrètes à cet individu. Qui pourrait les en blâmer ?